Si le Premier ministre britannique, Boris Johnson, avait fait du Brexit sa priorité, il aurait prorogé la session parlementaire dès le 3 septembre et non une semaine plus tard. Il s’est mis lui-même dans le pétrin en affrontant l’opposition en Chambre pendant cinq jours. Pourquoi ?
Boris Johnson sait qu’un Brexit sans accord sera suivi d’une période d’austérité, peut-être même d’une crise économique, ce qui enverra fort probablement le Parti conservateur (PC) – divisé, minoritaire, exsangue – sur les bancs de l’opposition au prochain scrutin prévu dans moins de trois ans (à moins qu’il ne soit défait avant). Pour résister aux turbulences de l’après-Brexit, il doit pouvoir compter sur un parti fort et un plein mandat de cinq ans (ainsi, le pays aura le temps de se refaire une santé, économiquement parlant). Or cela ne peut s’obtenir qu’avec de nouvelles élections.
En clair, Boris Johnson se sert du Brexit pour renforcer son pouvoir. Ce qui montre qu’il n’est pas un vrai de vrai « brexiter », comme Nigel Farage, qui, si près du but, n’aurait pris aucune chance.
Mais Boris Johnson n’a pas obtenu ses élections anticipées qu’il espérait tant. D’ici au 31 octobre, date de sortie prévue du Royaume-Uni de l’Union européenne, il négociera pour la forme un nouvel accord avec cette dernière, sachant d’avance qu’il est déjà trop tard. Le 14 octobre, il demandera à la reine Élisabeth II de reconduire la prorogation du 15 au 31 octobre. Comme il ne demandera pas un nouveau report du Brexit, la sortie se fera comme prévu le 31 octobre (qui sait, Johnson se retrouvera peut-être en prison pour avoir désobéi au Parlement, qui a voté une demande de report du Brexit si aucun accord n’est intervenu au 19 octobre).
Le retour au Parlement se fera donc le vendredi 1er novembre. Par la suite, l’opposition ne se pressera pas et laissera le gouvernement conservateur s’enliser dans la crise qui s’ensuivra, ce qui la mettra en bonne position aux prochaines élections. Cette période profitera aussi à l’Écosse, qui tiendra un nouveau référendum sur l’indépendance.
« BoJo » ne fera pas de vieux os comme Premier ministre, mais passera néanmoins à l’histoire comme celui qui a sorti le Royaume-Uni de l’UE, l’Écosse du Royaume-Uni et éloigné l’une de l’autre les deux Irlande, comme aux beaux jours de l’IRA.
Montréal-Québec
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