Suspendu hier par l’Usada pour « organisation et incitation à une conduite dopante interdite », et aussitôt éjecté manu militari des Mondiaux d’athlétisme de Doha par l’IAAF, le coach américano-cubain Alberto Salazar est le maître à penser de l’Oregon Project, un groupe d’entraînement de très haut niveau aux États-Unis financé par l’équipementier Nike. Adrian Dennis/AFP
Après la chaleur et le manque de public, une nouvelle polémique secoue les Mondiaux d’athlétisme de Doha : la suspension du renommé entraîneur américano-cubain Alberto Salazar par les autorités antidopage jette le doute sur tous ses athlètes, présents en masse au Qatar.
Et soudain, on regarde sous un autre angle le dernier tour supersonique couronné par le premier titre mondial de Sifan Hassan, samedi dernier sur 10 000 m. La Néerlandaise, comme six autres athlètes présents à Doha, est entraînée par l’ex-coach de Mo Farah, suspendu hier par l’Agence américaine antidopage (Usada) et éjecté manu militari des Mondiaux par la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), qui lui a retiré son accréditation. L’Usada a annoncé dans la nuit de lundi à mardi une suspension immédiate pour quatre ans de Salazar, maître à penser de l’Oregon Project, un groupe d’entraînement de très haut niveau basé dans le nord-ouest des États-Unis et financé par l’équipementier Nike, pour « organisation et incitation à une conduite dopante interdite ». Il est accusé de trafic de testostérone, d’injection à un entraîneur d’un complément au-delà des doses autorisées (lors d’un test) et de tentative d’altération de preuves lors de l’enquête de l’Usada.
Farah « soulagé »
La déflagration est énorme dans le petit monde de l’athlétisme et particulièrement de la course d’endurance : l’Oregon Project, et sa bannière sombre en forme de tête de mort surmontant des ailes blanches, a notamment façonné l’un des plus beaux palmarès de l’histoire, celui de la star britannique Mo Farah, quadruple champion olympique et sextuple champion du monde (5 000 et 10 000 m), et membre du groupe entre 2011 et 2017. « Je suis soulagé que (l’Agence antidopage américaine), après 4 ans, ait achevé son enquête sur Alberto Salazar (...). J’ai quitté le Nike Oregon Project en 2017, mais j’ai toujours dit que je n’avais aucune tolérance envers ceux qui enfreignent les règlements ou franchissent la ligne », a indiqué Farah dans un communiqué.
À Doha, les athlètes de Salazar ont déjà commencé à faire des étincelles : après Sifan Hassan donc, encore prévue sur 1 500 m, les Américains Clayton Murphy (bronze olympique en 2016) et Donovan Brazier font partie des favoris du 800 m messieurs, avant les entrées en lice de l’Éthiopien Yomif Kejelcha (10 000 m), de l’Allemande Konstanze Klosterhalfen (5 000 m), de l’Australienne Jessica Hull (1 500 m) et de l’Américain Craig Engels (1 500 m). Même si aucun athlète entraîné par Salazar n’a jamais été contrôlé positif, l’affaire éclabousse déjà les prochains Mondiaux qui auront lieu en 2021 à Eugene (Oregon), dans le fief même de l’équipementier Nike. « Je suis choquée par la décision d’aujourd’hui (...), cette enquête concerne une période antérieure à mon arrivée dans l’Oregon Project, donc n’a rien à voir avec moi », a assuré Sifan Hassan.
Alberto Salazar suspendu, c’est un coup de massue pour cet entraîneur de 61 ans à la réputation sulfureuse, ancien marathonien à succès (trois fois vainqueur du marathon de New York et une fois de celui de Boston dans les années 1980), parfois qualifié de « gourou » et controversé pour sa faculté à jouer avec les limites du règlement. « Justice. J’étais fatigué de ne pouvoir dire ce que je pense. La supercherie est terminée », a tweeté l’athlète néo-zélandais Nick Willis, double médaillé olympique du 1 500 m, notamment en bronze en 2016 sur une course remportée par l’Américain Matthew Centrowitz, alors membre de l’Oregon Project.
Salazar va faire appel
« Avec le Nike Oregon Project, MM. Salazar et Brown (un endocrinologue suspendu également) ont prouvé que la victoire était plus importante pour eux que la santé des athlètes qu’ils jurent pourtant de protéger », a estimé hier le patron de l’Usada, Travis Tygart, cité dans le communiqué de l’organisation. L’Usada assure avoir rassemblé durant son enquête « de nombreuses preuves », dont « des preuves oculaires, des témoignages, des messages électroniques et des bulletins médicaux ».
« Je suis choqué par la décision », s’est défendu Salazar, dans un communiqué où il annonce qu’il va faire appel de sa suspension. « Durant les six années d’enquête, mes athlètes et moi avons enduré un traitement injuste, non éthique et dommageable de la part de l’Usada. Je me suis toujours assuré que le Code mondial antidopage soit strictement respecté. Le Projet Oregon n’a jamais et ne permettra jamais de pratique dopante », a-t-il assuré.
Robin GREMMEL/AFP


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