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Culture

Julia Domna, danseuse à Homs devenue impératrice à Rome

En librairie

Myriam Antaki* brosse dans son septième roman le portrait sans concession, à la fois un peu baroque et avant-gardiste, de l’impératrice de Rome d’origine syrienne.

18/09/2019

La voix feutrée, Myriam Antaki a le verbe simple et sans lyrisme quand elle évoque autour d’un café la figure et le parcours de son héroïne Julia Domna, à laquelle elle consacre une fiction romanesque Julia fille du Soleil, impératrice de Rome (aux éditions Erick Bonnier- 170 pages) déjà disponible en librairie. Une héroïne flamboyante, au destin marqué par la gloire, la beauté, la sensualité, les trahisons, le fratricide, la cruauté, la violence et la mort. Une héroïne jaillie, en toute impudence et superbe, des pages, des strates, de la poussière dorée, chargée de leçons et d’enseignements, de l’histoire.

Auteure francophone des rives du Barada depuis plus de trois décennies, auréolée du Hemingway Reward et du Prix de l’Amitié franco-arabe, Myriam Antaki renoue, après la biographie sur Zénobie (Souviens-toi de Palmyre, Grasset, 2003), avec le cortège des reines d’Orient couronnées de lauriers, mais à la fin assombries par les chutes du pouvoir…

Fascinée par l’Empire romain, c’est après une riche et minutieuse documentation (entre autres, une relecture du sublime et immortel Les Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar) que l’auteure des Versets du pardon (Actes Sud, 1999) entreprend de brosser le portrait sans concession, à la fois un peu baroque et avant-gardiste pour l’émancipation de la femme, de Julia Domna, impératrice de Rome, d’origine syrienne. Résultat : un roman historique (ou une fiction de l’histoire ?) basé sur des faits bien réels, parfaitement dans la ligne de ses préoccupations antérieures : dialogue des cultures, des civilisations, des religions, et la quête pour la liberté de la femme orientale.

Mais qui est vraiment cette si fascinante Julia Domna ? « C’est d’abord une prêtresse sacrée, fille du grand prêtre Bassianus au temple d’Emèse (actuellement Homs), qui dansait pour Héliogabale et le Soleil dans un rite lascif et érotique, raconte Myriam Antaki. « Elle dansait nue pour la divinité comme les bacchanales, dans un éclat de grande sensualité pour ne pas dire de débauche. Avec cette alliance de radieuse beauté et de culture remarquable qui sont les atouts majeurs des imparables séductrices. »

Julia Domna rencontre Septime Sévère, alors simple légionnaire, d’une ascendance phénicienne mêlée à une goutte de sang noir…. En la voyant danser au temple, il en tombe éperdument amoureux. Elle l’épouse et le porte au pouvoir. « Elle le pousse à la guerre, et les triomphes se succèdent jusqu’à avoir Rome où elle sera sacrée impératrice, indique Antaki. Elle symbolise la libération de la femme et le dialogue avec l’homme et l’autre. Surtout à travers les liens tissés par des racines différentes, des regards différents. Elle aura deux fils empereurs : Caracalla et Geta, qui assassinera son frère. Elle prend le pouvoir et, mécène de l’art, de la musique et de la philosophie, sera bientôt considérée comme une déesse. Quand elle perd tout, elle décide de rentrer mourir en son pays, la Syrie. Retour aux racines nourrissantes et rassurantes. »

Par-delà cette vie mouvementée, la complexité des rencontres, la prolifération des situations, des revirements, l’ivresse de l’ascension, la griserie du pouvoir, ce mélange étonnant de vulnérabilité, de fragilité et de poigne, comment l’auteure a-t-elle abordé le versant de l’écriture ? « Ma prose a toujours été fleurie, élaborée et orientale, indique l’intéressée. Mais je tends au minimalisme absolu. Julia Domna a une fin bien sombre, ce qui a accentué un certain lyrisme. L’écriture, c’est l’expression la plus fondamentale de soi, et elle garde une certaine cohérence, même à travers différents romans. »

Ce septième roman de Myriam Antaki a pour exergue cette belle phrase de Marguerite Yourcenar, tirée justement des Mémoires d’Hadrien : « La nuit syrienne représente ma part consciente d’immortalité. » En première page, avant d’entamer le récit, l’auteure souligne, en portant la violette de cette impératrice : « Julia est née en 170 de l’ère chrétienne à Emèse, au cœur de la Syrie. Elle pourrait être moi ou tout autre qui, ayant perdu sa patrie, espère y revenir pour mourir. »

Alors, qu’attend-elle de cet écrit-message qu’elle livre aux lecteurs ? « Écrire, c’est déjà un partage, confie l’auteure. Ce livre aura une vie chez les autres. Quand on termine un roman, on a le sentiment d’avoir posé son fardeau, mais aussi d’avoir près de soi quelque chose de très vivant. »

Le fardeau posé, a-t-elle déjà de nouveaux projets ? Avec le sourire, la réponse fuse : « Non, j’ai besoin d’une bonne respiration entre deux romans. Il semblerait qu’on attende un nouveau souffle car chaque roman est une existence. »

* Myriam Antaki donne ce soir mercredi 18 septembre, à 18h30, au musée Sursock, une conférence sur le thème : « L’Empire romain à l’est de la Méditerranée et les impératrices d’Orient », suivie d’une séance de signature de son récent ouvrage.


Pour mémoire 

Et Julia domina Rome pendant 40 ans

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