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La Dernière

Simon Asmar s'en est allé, un chapitre de l'histoire de la télé libanaise se referme

Disparition

Le faiseur d’étoiles est décédé mercredi à l’âge de 76 ans. Ses funérailles auront lieu vendredi en la cathédrale Saint Georges, dans le centre-ville de Beyrouth, avant une inhumation à Ghazir, son village natal.


13/09/2019

À peine le décès de Simon Asmar annoncé, que les artistes du Liban se sont précipités pour faire part de leur émoi sur les réseaux sociaux. Comment ne rendraient-ils pas ce dernier hommage à « Estez Simon », lui qui a littéralement découvert et créé la plupart d’entre eux ? Certains, disait-il souvent, s’étaient révélés ingrats, et avaient manqué d’apporter leur soutien durant les jours difficiles qu’il avait traversés ces derniers temps. Mais la mort efface tout, rancunes, querelles et mauvais souvenirs. Tout, peut-être, sauf l’héritage artistique laissé par le plus grand « créateur de stars » de l’histoire du Liban, et le réalisateur d’émissions de variétés le plus connu. Disparu en silence à 76 ans des suites d’une longue maladie, mercredi soir, Simon Asmar aura participé à créer l’âge d’or du petit écran libanais. Sans son génie, il n’y a pas de doute que le paysage artistique local aurait été aujourd’hui totalement différent.

Passionné d’art et de médias, Simon Asmar a eu la chance de suivre sa passion jusqu’à Paris où il a fait ses études. Les années 60 sont pour lui un temps d’apprentissage. Réalisation, génie du son et management de stars, rien ne lui échappe, et font de lui le candidat idéal pour intégrer alors l’équipe de Télé-Liban. Il y réalise des émissions de variété pour la chaîne 7 et le Canal 9, francophone.

En 1971, le jeune réalisateur lance alors un concours de chansons pour amateurs baptisé Toute la ville chante. Le succès est éclatant. De célèbres chanteurs de passage au Liban, présidant le jury pour un soir, y ont participé, parmi lesquels Charles Aznavour, Barbara, Gilbert Bécaud et bien d’autres. En 1972, apparaît aussi et pour la première fois le télé-crochet Studio el-Fan, qu’il crée avec Alfred Barakat, et qui vise à repérer des talents, chanteurs, musiciens et présentateurs-télé. C’est sur cette plate-forme que Mona Maraachli, Walid Toufic et Abdel Karim Chaar chantent devant le public libanais pour la première fois. L’édition de 1974, elle, révélera une grande, à l’époque toute jeune, Majida el-Roumi !


À Adma, les années d’or  
Durant les longues années de guerre, Simon Asmar fait, un temps, le trajet quotidien sous les bombes jusqu’à Tallet el-Khayat. Face au danger qui va croissant, fatigué, il se voit contraint de cesser ces allers-retours. Studio el-Fan prend une pause, Simon Asmar se consacre alors à sa vie privée. Il épouse Nada Kreidi en 1977, avec qui il aura trois enfants.

Quand la LBCI lui propose d’accueillir Studio el-Fan, au début des années 80, il devient l’image de la chaîne et directeur des programmes de variétés. Ses programmes, Kaas el-Noujoum, Sa’a Bikorb el-Habib, et bien d’autres, rencontrent un grand succès et révolutionnent le petit écran. Il réitère même le succès de son programme francophone sur la chaîne C33 avec « Toute la ville chante et danse ».

Studio el-Fan, lui, engendre une nouvelle génération d’artistes qui vont conquérir les années 90 et devenir, tous, des stars : Assi Hallani, Ramy Ayache, Elissa, Bassem Feghali, Nawal el-Zoghbi, Ragheb Alama, Maya Nasri, Diana Haddad, Wael Kfoury, Myriam Fares, Ziad Bourji, Ghassan Saliba, Rudy Rahme, Fares Karam, Maya Diab, Fadel Chaker, Neshan, pour n’en citer que quelques-uns. Pointilleux, perfectionniste, Simon Asmar les coache, les guide, leur trouve des noms de scène, et choisit les chansons judicieusement. Même Najwa Karam qu’il n’a pas découverte, connaîtra le succès grâce à son émission Layali Lebnan, où elle a fait une apparition.

Les années 90 font de la LBCI la destination télévisée préférée des Libanais qui rêvent de décrocher les étoiles, et cela en grande partie grâce aux émissions de variété. Avec le succès de ses poulains, Simon Asmar comprend rapidement le potentiel lucratif de son job. Il crée alors un bureau de direction d’artistes qui porte le nom de son émission-phare, et fait signer aux artistes de longs contrats d’exclusivité qui lui seront plus tard reprochés. Les artistes sont interdits d’apparaître ailleurs que sur la LBCI, et sont appelés à se produire à Nahr el-Founoun, un complexe artistique à Nahr el-Kalb (aux soirées bien arrosées). Le Liban décroche une belle place sur la carte artistique du monde arabe, tout comme Le Caire. Mais alors que les années 2000 confirment le statut de pôle musical de Beyrouth, Simon Asmar disparaît brièvement du paysage avec l’arrivée d’un nouveau genre de télé-crochets.


Un éternel renouveau
« Quand je décide de ne pas soutenir un talent, c’est que je sais d’avance qu’il ne le mérite pas », affirmait Simon Asmar dans une interview il y a quelques années. Peu soucieux de faire preuve de diplomatie, l'homme était d’une franchise parfois déroutante. Ses commentaires dans l’émission Celebrity Duets, dont il était membre du jury entre 2015 et 2019, choquaient et étaient souvent relayés sur les réseaux sociaux.

Le 31 décembre 2018, dans le cadre de l’émission, Simon Asmar accueillait à l’antenne de la MTV 2019, sa dernière nouvelle année ; cette chaîne lui avait donné la chance de produire une dernière saison de Studio el-Fan en 2009. C’est là aussi qu’il a récemment annoncé être ruiné et qu’il attendait de pouvoir vendre sa villa pour rembourser ses dettes. En 2013, en effet, le génie de l’audiovisuel avait purgé une peine de 10 mois de prison pour avoir émis des chèques sans provision. Il était également soupçonné d’avoir participé à un meurtre, un crime alors nié par sa famille. Un chapitre noir dans une vie riche et prolifique.

À bien des égards, Simon Asmar était un homme comme on en rencontrait peu. Raffiné à souhait, francophone, chose rare dans l’industrie musicale, le créateur de stars exposait toujours ses projets avec une note d’humour et débordait de vie malgré la maladie. « C’est comme si je venais de commencer, disait-il. Je travaille comme si c’était le premier jour de ma carrière, avec le même enthousiasme, car la télévision est synonyme de renouveau ».

Jusqu’à la semaine dernière, Simon Asmar rêvait de relancer l’une de ses émissions-phares, Kaas el-Noujoum, alias le trophée des stars. Il ne le fera pas, mais ce trophée des stars, c’est bien lui qui le mérite. Aujourd'hui, c'est un pan de l’histoire de la télévision au Liban qui vient de tomber, même si les accomplissements de Simon Asmar perdurent. Mercredi soir, le maestro a tiré sa révérence, mais les voix qu’il a découvertes continueront encore de chanter de longues années.


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Marionet

L'article ne mentionne pas ses émissions radio,c'est pourtant là que je l'ai connu, à l'époque où il faisait équipe avec Danièle camillieri, une émission avec des jeux qui permettaient de gagner De 45tours...si,si, cet objet a existé !

LA VERITE

Ce que je n'ai pas compris c'est comment cet homme qui a tant fait pour le Liban dans le domaine artistique a du passer 9 mois en prison pour des cheques sans provision

OU ETAIENT LES ARTISTES QU'IL AVAIT LANCES ET QUI FAISAIENT DEJA UN ARGENT FOU POUR NE PAS SE COTISER ET SORTIR CETTE PERSONNE UNIQUE DE LA PRISON?

Il paye bien cher une erreur commerciale mais le Liban n'a pas su lui render le minimum de credit pour tout ce qu'il a fait pour le monde musical Libanais et autre

Reste en Paix mon cher Simon, nous avons tous etaient tres heureux de te revoir dans les emissions de MTV en jure fin et distingue

Les Libanais et ta Patrie te sont reconnaissant a jamais

Georges Breidy

SIMON ASMAR, UN PERSONNAGE CONTROVERSE MAIS DONT ON NE PEUT NIER L'ENORME TALENT DE CHASSEUR D'ARTISTES ET DE TALENTS. QU'IL REPOSE EN PAIX

Antoine Sabbagha

Un homme sombre qui a disparu dans le monde des étoiles ou espérons-le , il brillera mieux .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL ETAIT UN GRAND HOMME. QUE SON AME REPOSE EN PAIX.

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