Mgr Raï à Bisri, sur la place de l’église, écoutant les doléances des habitants de Bisri. Photo ANI
La cause des opposants au barrage de Bisri (caza de Jezzine) a trouvé hier dans le patriarche maronite, Béchara Raï, un allié précieux. Lors d’une visite au village de Bisri où se trouve cette plaine au niveau de laquelle un grand barrage est prévu par le gouvernement, un projet financé par la Banque mondiale, Mgr Raï a certifié qu’il « ne se trouve pas là par hasard ». « Lundi prochain (aujourd’hui), ou au plus tard mardi, nous rencontrerons le directeur général du ministère de l’Énergie, porteurs du dossier de Bisri, a-t-il dit. Nous n’aurons pas besoin de créer un comité, nous nous occuperons personnellement de ce sujet. Nous avancerons des arguments scientifiques, afin qu’ils comprennent que la contestation n’est pas arbitraire, mais fondée sur des données géologiques et historiques. »
Mgr Raï participait à une tournée qui l’a pris des villages de l’est de Saïda, à Jezzine et ensuite à l’Iqlim el-Kharroub. Il a apporté son soutien à une cause chère à de nombreux environnementalistes et archéologues qui soutiennent que la vallée de Bisri est inadéquate pour un si grand barrage qui en noiera une importante partie. Leurs arguments sont nombreux, allant de la déforestation au terrain karstique peu apte à stocker de l’eau superficielle, aux failles géologiques importantes qui traversent le lieu (notamment celle de Roum) et qui pourraient être affectées par le poids de l’eau, aux très nombreux vestiges – religieux et autres – qui disparaîtraient avec le barrage… Sans compter que cette eau qui devrait être acheminée vers Beyrouth viendra en bonne partie du bassin très pollué du Litani.
Quant aux habitants, ils ne veulent pas être délogés et l’ont fait savoir hier au patriarche lors de son passage à l’église antique de la vallée. Le moukhtar Rachid Nemr a martelé que « le projet du barrage de Bisri est destructeur et il nous obligera à nous déplacer de nos terres ». « Personne ne peut influer sur le danger sismique, mais il ne faut pas non plus l’aggraver en y ajoutant un risque supplémentaire », a lancé Mgr Raï, à qui de nombreux habitants et spécialistes ont remis des études sur les différents aspects de la question. Le patriarche a par ailleurs reçu un accueil triomphal dans plusieurs villages de la localité, comme Mazraat al-Mathana, Kherbet Bisri ou encore Zaarouriyé dans l’Iqlim el-Kharroub, où il a été plébiscité par les différentes communautés. De l’est de Saïda, le prélat a déclaré « n’être pas favorable au partage de gâteau, qui nuit beaucoup au pays, mais avec la répartition des responsabilités et le partenariat au sein du pouvoir ».


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