Le représentant spécial des Nations unies au Liban Jan Kubis a été reçu hier à Baabda par le président Michel Aoun. Photo Dalati et Nohra
Le président Michel Aoun a prôné hier, en recevant le représentant spécial des Nations unies au Liban Jan Kubis, la « légitime défense » face à toute nouvelle agression israélienne, près d’une semaine après la flambée de violence du week-end dernier entre le Hezbollah et Israël dans la zone frontalière.
« Toute atteinte à la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban aura pour réponse une légitime défense dont Israël assumera l’entière responsabilité, quelles qu’en soient les conséquences », a déclaré le chef de l’État, qui a reçu M. Kubis en présence notamment du ministre d’État pour les Affaires de la présidence, Salim Jreissati.
Le chef de l’État, cité par l’Agence nationale d’information (ANI, officielle), a ajouté que la dernière attaque de drones israéliens contre la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, constitue « un écart majeur des règles d’engagement » fixées après l’adoption de la résolution 1701 (du Conseil de sécurité de l’ONU) en 2006, soulignant que le Liban respectait cette résolution depuis son adoption.
La semaine dernière, la confrontation entre le Hezbollah et Israël était allée crescendo. Elle avait commencé par un bombardement de l’armée israélienne en Syrie, qui a tué deux combattants du Hezbollah, avant de se poursuivre par des accusations d’attaques de drones israéliens, dans la nuit du 24 au 25 août, contre la banlieue sud, qualifiées de « déclaration de guerre » par le président Aoun. Dimanche dernier, le Hezbollah avait tiré des missiles antichars sur le nord d’Israël, qui a répliqué par des frappes dans le sud du Liban, provoquant des incendies. Cette semaine, la tension est quelque peu retombée.
Le président Aoun a réaffirmé l’attachement du Liban à la résolution 1701 et remercié M. Kubis pour ses efforts, ainsi que ceux du secrétaire général de l’ONU et des pays amis du Liban pour le prolongation, sans amendement, pour une durée d’un an du mandat de la Force intérimaire des Nations unies, malgré les pressions américaines pour en réduire les effectifs. « L’armée libanaise, déployée aux côtés de la Finul, accomplit son devoir conformément aux décisions du pouvoir politique et du Conseil supérieur de défense », a déclaré M. Aoun.
De son côté, le représentant de l’ONU a déclaré sur son compte Twitter avoir eu une « discussion franche avec le président Aoun sur les récents développements sécuritaires et le rôle des différents acteurs et forces » à ce niveau. Il a également exprimé « l’engagement des Nations unies à soutenir les efforts du Liban dans le cadre des réformes nécessaires pour faire face à l’urgence économique » dans le pays.
Après son entrevue avec le Premier ministre Saad Hariri, M. Kubis s’est rendu à Aïn el-Tiné pour s’entretenir avec le président du Parlement, Nabih Berry. Réaffirmant l’engagement du Liban envers la résolution 1701, ce dernier a déclaré qu’Israël est la seule partie à violer cette résolution « de manière quotidienne ». M. Kubis a également rencontré le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, et indiqué l’avoir remercié pour « la coopération et la communication de dimanche dernier, lorsque nous avons tous œuvré pour contenir et désamorcer la situation de crise dans le Sud ».
Le responsable onusien avait rencontré jeudi des responsables du Hezbollah, dont le groupe parlementaire avait promis une « riposte dissuasive » en cas de nouvelle attaque israélienne, quatre jours après l’annonce par le secrétaire général du parti Hassan Nasrallah de la fin des « lignes rouges » dans la confrontation avec Israël.
Entretien Hariri-Macron
De son côté, le Premier ministre Saad Hariri s’est longuement entretenu hier au téléphone avec le président français Emmanuel Macron, qui a réaffirmé l’engagement de la France en faveur de la stabilité et la sécurité du Liban, du renforcement de l’État et de ses institutions, insistant sur la nécessité de maintenir le calme à la frontière sud, selon le bureau du chef du gouvernement.
M. Hariri a pour sa part remercié le président français pour les efforts qu’il a déployés pour contenir l’escalade après l’attaque israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth. Il a exprimé « la gratitude du Liban pour le rôle de premier plan joué par la France dans l’extension du mandat de la Finul », soulignant l’attachement du Liban au plein respect de la résolution 1701.
M. Macron a, par ailleurs, exprimé sa satisfaction concernant le progrès accompli pour le lancement des projets d’investissement du programme CEDRE, lors de la rencontre de l’émissaire français Pierre Duquesne avec le Premier ministre Hariri, d’après la même source. MM. Macron et Hariri ont convenu de poursuivre les discussions approfondies pour accélérer la mise en œuvre des réformes et des projets d’investissement au Liban ainsi que des moyens de renforcer la stabilité au Liban et dans la région, lors de leur rencontre prévue le 20 septembre à Paris.
À Beyrouth depuis lundi soir, le diplomate français chargé de la mise en œuvre des résolutions de la conférence de Paris avait esquissé un calendrier pour aller plus vite dans la mise en place des réformes structurelles réclamées par les donateurs. Ces derniers se sont engagés à débloquer 11,6 milliards de dollars en prêts et dons devant financer des projets d’infrastructures inclus dans le Capital Investment Plan (CIP) préparé par le gouvernement. Des fonds qui ne seront déboursés que si le pays, très endetté et mal géré, lance d’importantes réformes structurelles. Or les dirigeants libanais ont accumulé les retards depuis la conférence de Paris, laissant craindre une remise en question des engagements financiers formulés.


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10 h 16, le 07 septembre 2019