À ce nom de Beyrouth, que pourrait-on ajouter ? Pour évoquer Beyrouth, en quelques lignes seulement, un titre aussi simple semblait indiqué. Toute adjonction n’aurait été qu’une restriction de ce que l’imagination est en mesure de lui offrir.
Les lieux de la terre sont tous habités d’une atmosphère qui est la leur. Celle de Beyrouth – bien que tout le temps pressentie – n’en demeure pas moins insaisissable. Les toits de ramleh, les souks qui pourtant nous eussent semblé éternels quelques décennies plus tôt, ne sont plus guère du paysage. Héritages du passé dont le temps compté s’est écoulé trop vite, leurs vestiges se devinent plus qu’ils ne se visitent. Toutefois, en leur offrant le temps qu’il faut, ils restent capables de faire revivre des ombres fugaces et antiques sur les façades renouvelées.
Difficile de poursuivre ce portrait sans évoquer les habitants. Au hasard des rencontres, c’est un monde qui se découvre. Chacune de ces entrevues, aussi banal que soit le cadre, contribue à ce rêve qui ne nous quitte pas, le rêve d’un Orient qui n’est pas si loin et d’un voyage néanmoins exotique. Malgré un centre-ville reconstruit à la pelleteuse hyperactive, des tours s’élevant au gré des projets immobiliers divers, pour peu qu’on la cherche, cette douce rêverie est à la portée de chacun. Puis la mer...
Écumant sur ses bords des querelles lointaines, c’est un front de mer toujours beau que l’on vient admirer. De la grandeur de Raouché aux teintes flamboyantes de la Corniche aux abords du soir, la douce volupté de la mer Méditerranée n’a pas quitté Beyrouth.
Narguant les flots, les baigneurs profitent ici du soleil d’Orient. Sans cesse portés par le flux peu commun, ils n’ont de cesse d’apprécier les vagues irisées, qui sont les amies toujours fidèles de la foule échauffée. Mais le soleil est haut, le trottoir cuisant et l’ombre semble plus propice.
Xylophage, le béton a grignoté les plantes grimpantes. Mais la nature n’a pourtant pas disparu. Écoutons la rumeur sourde des palmiers lorsque le vent du soir fait bruisser leurs longs ramages : si la végétation n’a pas eu le nombre à son avantage, que l’esprit ne s’en chagrine pas et s’emploie plutôt à rechercher ce qu’il reste de féerique dans ces arbres courbés sous un ciel inclément qui ne peut pourtant plus rien contre eux.
Alors que ce bruissement marque trop souvent la fin d’une journée, l’attente morne et nocturne de la suivante, il est ici l’annonce d’une heure nouvelle – qui n’existe qu’à Beyrouth. Dans la nuit légère, Beyrouthins, voyageurs et tous ceux qui voudraient s’y mêler semblent ne faire qu’un pour honorer une fête sublime. Impossible d’énumérer toutes les déclinaisons sous lesquelles elle apparaîtra ; sa folie, l’énergie qu’elle engendre sont les rares bribes que l’on peut en tirer. Heureusement, le soleil ne se lève jamais qu’avec la promesse de joies nouvelles qui ne passeront pas.
Rues montantes d’Achrafieh, escaliers de Mar Mikhaël, dédale d’impasses : ce sont autant de paysages que le promeneur matinal – égaré – ne pourra manquer. C’est alors que le furn le plus proche ouvrira ses portes, aussitôt franchies par les volutes chargées d’une odeur de zaatar. Rassasié et heureux, c’est dans cette ambiance unique que le promeneur continuera sa balade... au fil des rues, au fil des jours...
Alors, perdu au milieu de son été, interrogeant le ciel de ses yeux appesantis par le pressentiment du retour– et son avenir sans chimère– il voit la partition s’achever. Cher Beyrouth, météorite impatiente sur une orbite excentrique, je n’étais ici-bas que pour te croiser.
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Une pensée bien belle, un lyrisme élégant ! Bravo, vous faites honneur à cette ville aussi insaisissable que riche, à bien des égards.
02 h 37, le 29 août 2019