Rien qu’à observer la manière d’être et l’aspect d’un homme marié, on peut deviner assez exactement la qualité des sentiments que sa femme lui porte. Si elle l’aime autant qu’aux premiers jours, d’ordinaire il se tiendra droit, sa mise sera soignée, enfin il aura l’air assuré de quelqu’un qui est bien à ce qu’il fait. De même, beaucoup ont réussi à se maintenir grâce à la présence d’une femme affectueuse et prévenante.
L’inverse est également vrai. Trop souvent, si un homme paraît négligent et négligé, insouciant et faible de caractère, c’est qu’il est marié à une femme pleine d’elle-même, chez qui tout sentiment est mort et pour qui son mari n’est plus qu’un compagnon de route.
Car si nous savons assez bien ce que nous faisons, nous ignorons fréquemment ce que nous sommes car ce que nous sommes parle si fort qu’on ne peut pas entendre ce que nous disons. « Ce que nous sommes », ce sont nos caractéristiques telles que les révèlent nos multiples actions subconscientes ou demi-conscientes ; notre façon à nous de travailler, de plaisanter, de flâner, de nous asseoir, de nous tenir debout ; nos gestes, notre manière de rire ; de nous coiffer, d’éternuer et même de fumer.
Peu d’entre nous mesurent l’effet considérable de ces gestes habituels, de ces échantillons automatiques de notre comportement. Faute de nous en rendre compte nous-mêmes, nous ignorons à quel point leur manifestation est irritante pour les autres ; et lorsqu’on nous signale quelques-unes de nos manies, nous ne nous y arrêtons pas, comme si cela n’avait aucune importance. Qu’il nous arrive de tripoter un stylo, de froncer les sourcils, de nous racler la gorge sans nécessité, de porter une cravate qui dépasse le pantalon, les personnes amies nous le font remarquer en nous apostrophant amicalement : « Oh ! Pas possible ? »
Sans une critique amicale de ces façons choquantes, il nous est difficile de nous rendre compte de l’impression que nous produisons et jusqu’où nous nous compromettons, à cause d’elles, dans nos affaires ou notre carrière. Car de bonnes manières et une élocution correcte sont de précieux avantages en ce siècle difficile où les hommes doivent se dépasser et où il y a de plus en plus de concurrence. Celui qui ne sait pas se tenir droit, qui est vêtu n’importe comment ou qui a « de la bouillie dans la bouche » a de fortes chances d’être laissé pour compte.
Nous ne voulons pas dire par là qu’un homme doive être un aimable automate ou une gravure de mode. Un mari a droit, dans le privé, à son confort et à sa liberté. Mais si sa femme le laisse s’avachir, interrompre la conversation, avoir des tics, faire « oh! la la » ou « mince… » sans répit, ou se livrer à d’aussi fâcheuses habitudes, ce manque d’éducation se fera sûrement ressentir quand il est en société et il en supportera les conséquences et les critiques.
Il est ahurissant de voir une femme sourire avec complaisance quand son mari bâille, se cure les dents, se gratte la tête, répète deux fois la même anecdote ou s’esclaffe à l’occasion de ses propres astuces. Si elle avait à cœur son intérêt à lui, elle pourrait le corriger de tout cela. L’épouse aimante et sage sait arrondir les angles et faire en sorte que ses conseils soient acceptés.
« Tu es si merveilleux, dit-elle à son mari, et je suis si fière de toi ! Il faut que je le sois encore davantage. Tu veux bien, dis chéri, que j’émette une toute petite idée ? »
De telles critiques peuvent même devenir une sorte de meilleure compréhension pour les époux. Il y a des quantités de stratagèmes pleins de finesse qui peuvent éviter l’embarras de la critique directe.
Pour de nombreux ménages, la critique est uniquement pour chacun un prétexte à exhaler sa mauvaise humeur. Ils n’ont pas envie de s’entraider, mais de se blesser. Nous avons demandé à un mari : « Que faites-vous quand votre femme vous critique ? » Réponse : « Je lui rends la pareille, tout simplement, et la mets en face de ses propres défauts à elle : toujours emportée, gauche, parlant sans articuler, et aussi n’ayant même pas donné de la netteté à ses ongles. »
La femme exerce plus souvent une influence secourable sur son mari que le mari sur la femme. L’instinct maternel d’une épouse amoureuse la pousse à venir en aide à son mari, à tout faire pour qu’il réussisse, exactement comme s’il s’agissait de ses enfants. Mais beaucoup de femmes, en revanche, s’appuient sur les hommes parce que c’est le sexe fort et viril et craignent de faire des remarques, même bienveillantes. Pour eux, la vraie justice et la compassion n’existent pas.
Si donc vient un jour où votre femme vous laisse complètement livré à vous-même, faites attention ! C’est un signal de danger sur la route du bonheur conjugal. Il se pourrait que vous soyez en train de perdre votre amour et le respect qu’elle avait pour vous. Mais si, tous les deux, vous faites de votre progrès mutuel un petit jeu de société, vous vous présenterez sous votre jour le meilleur, à la fois dans vos affaires, auprès de vos ami(e)s et dans vos relations sociales.
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