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Tension et accusation après l'arrestation d'un candidat à la présidentielle en Tunisie

politique

Le parti de Nabil Karoui accuse le Premier ministre tunisien d'avoir "orchestré l'arrestation".

OLJ/AFP
25/08/2019

Le parti de Nabil Karoui, candidat à la présidentielle, arrêté pour "blanchiment d'argent", a accusé samedi le Premier ministre Youssef Chahed de chercher à barrer la route de ce rival potentiel, faisant grimper la tension à trois semaines d'un scrutin indécis. Inculpé le 8 juillet avec son frère Ghazi pour "blanchiment d'argent", M. Karoui a été arrêté vendredi alors qu'il revenait de Béja (nord-ouest), où il venait d'ouvrir un nouveau local de son parti Qalb Tounes ("Le cœur de la Tunisie").

"Nous adressons une accusation directe envers Youssef Chahed et son gang, (celle) d'avoir orchestré cette arrestation", a déclaré lors d'une conférence de presse Iyadh Elloumi, un dirigeant du bureau politique de Qalb Tounes. Dénonçant des "pratiques dégradantes et dictatoriales", ce responsable a ironisé en remerciant M. Chahed "pour cette publicité gratuite qui ne va que dans l'intérêt de Nabil Karoui". M. Elloumi a assuré que "la campagne électorale aura lieu en présence ou en l'absence de Nabil Karoui, qui va remporter la présidentielle dès le premier tour".

M. Chahed n'a pas réagi jusque-là à ces accusations.

Après s'être déclaré candidat, Youssef Chahed, 43 ans, a délégué jeudi ses pouvoirs de chef de gouvernement au ministre de la Fonction publique Kamel Morjane, une ancienne figure du pouvoir sous le président déchu Zine El Abidine Ben Ali (1987-2011).

Intervenant à trois semaines du premier tour de la présidentielle, cette arrestation fait monter la tension autour de ce scrutin particulièrement indécis, dans l'unique pays rescapé des Printemps arabes de 2011. Prévue en fin d'année, cette élection a été anticipée en raison du décès fin juillet du président Béji Caïd Essebsi.


(Pour mémoire : Tunisie : près de 100 prétendants à la présidentielle)



"Des explications"
Pour la Ligue tunisienne des droits de l'Homme l'arrestation "précipitée dans un temps record" de Nabil Karoui "suscite beaucoup de doute et porte atteinte à la magistrature puisque elle fait penser à son instrumentalisation politique dans le but d'éliminer des rivaux", dans la course présidentielle. Dans un communiqué, cette ONG a appelé également à "l'ouverture d'une enquête sérieuse pour connaître les circonstances de cette décision".

Rached Ghannouchi, chef du parti d'inspiration islamique Ennahdha, principale force au Parlement, a dit n'être "pas ravi de cette arrestation ni de voir un parti ou un responsable de parti entravé". "Nous tenons à l'indépendance de la magistrature et nous attendons des explications de la justice sur cette arrestation", a ajouté M. Ghannouchi, cité par une radio locale.

Le ministre de la Justice Karim Jamoussi a ordonné à l'inspection générale de son ministère "d'enquêter sur les circonstances de l'émission de deux mandats de dépôt à l'encontre de Nabil et Ghazi Karoui et de s'assurer de la légalité des procédures empruntées", a indiqué à l'AFP un responsable au sein de ce ministère, sous couvert d'anonymat.

Dans un communiqué, l'Association des juges tunisiens a appelé le procureur général de la Cour d'appel de Tunis à fournir "des explications à l'opinion publique sur les procédures de cette affaire et les derniers développements". Elle a également exhorté le Conseil supérieur de la magistrature à "garantir le bon déroulement de la magistrature et son indépendance" durant cette période "très sensible", conformément à ses prérogatives constitutionnelles.

La liste définitive des candidatures doit être annoncée le 31 août. Samedi, l'instance électorale (Isie) a précisé que Nabil Karoui, essentiellement connu en tant que fondateur de la chaîne Nessma TV, restait candidat à la présidentielle. Même des candidatures de personnes condamnées peuvent être acceptées en Tunisie, sauf si les jugements sont assortis d'une interdiction spécifique, a précisé le président de l'Isie, Nabil Baffoun, sur une radio privée.


(Pour mémoire : Présidentielle en Tunisie : le parti Ennahdha présente un candidat, une première)



"Renforcer sa popularité"
M. Karoui et son frère Ghazi sont visés par une instruction judiciaire du pôle financier depuis 2017, après le dépôt par l'ONG anticorruption I-Watch d'un dossier les accusant de fraude fiscale. Le juge d'instruction au pôle financier avait décidé en juillet "le gel de leurs biens et de leurs fonds financiers" et ils avaient reçu une interdiction de quitter le territoire.

Selon un communiqué du ministère de l'Intérieur transmis vendredi soir, Nabil Karoui a été conduit à la prison de Mornaguia, près de Tunis. Mais aucune information n'a été fournie sur l'arrestation de son frère, Ghazi.

Vendredi, l'Isie ainsi que l'instance chargée du contrôle de l'audiovisuel (Haica) ont annoncé avoir décidé d'interdire à trois médias émettant illégalement, dont Nessma TV, de couvrir la campagne électorale.

"Le climat politique inquiète de nombreux Tunisiens et il y a des interrogations sérieuses sur ce qui s'est passé", a souligné le politologue Slaheddine Jourchi. Ce dernier a ajouté craindre que "cette tentative visant à réduire les chances de Nabil Karoui ne fasse que renforcer sa popularité et que l'opinion publique le considère désormais comme une victime politique".



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Présidentielle anticipée en Tunisie : un après-Essebsi "plein de surprises"


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