Spectacle de danse au cours de la cérémonie.
Une fois n’est pas coutume : des jeunes de tous les horizons se sont retrouvés au campus de l’Université américaine de Beyrouth, plus précisément dans le grand hall, où à l’occasion de la journée internationale de l’enfance, l’ONG Mercy Corps a organisé, dans le cadre du programme « Jeunes d’aujourd’hui, leaders de demain », un évènement invitant les jeunes à exprimer leurs désirs et leurs aspirations pour l’avenir.
Ce sont près de cinquante adolescents, âgés de 12 à 19 ans et venus de Tripoli, Saïda, Barja (dans le Chouf) ou encore du camp palestinien de Aïn el-Heloué, qui ont organisé pendant près de deux heures une célébration à travers une série de spectacles de danse et de musique, et surtout de pièces de théâtre et de discours visant à illustrer les difficultés rencontrées par les enfants laissés pour compte dans le système éducatif libanais.
L’ambassadrice du Canada à Beyrouth, Emmanuelle Lamoureux, était notamment présente. Elle a ouvert la cérémonie par un discours insistant sur l’importance de l’éducation, mais aussi de l’environnement et du soutien pour le développement personnel des jeunes. « Nous sommes ravis de voir que ce projet crée des espaces d’opportunités nécessaires pour les jeunes, les aidant à développer de nouvelles compétences et à forger de nouvelles amitiés, afin qu’ils aient confiance en leurs capacités à influencer la société de manière positive », a déclaré l’ambassadrice.
L’aide humanitaire du Canada
Le programme est financé entièrement par des dons du gouvernement canadien pour une durée de trois ans. Trois centres locaux sont gérés par Mercy Corps, en partenariat avec trois ONG libanaises : Nabad for development (à Barja), DPNA à Saïda et Akkarouna à Tripoli. L’ambassadrice a profité de l’opportunité pour rappeler l’action humanitaire du Canada au Liban, ainsi que la politique internationale d’assistance centrée autour de la jeunesse et des femmes, menée par le gouvernement du Canada dans de nombreux pays. Les centres concentrent leurs actions sur les jeunes déjà vulnérables, tels que les enfants déscolarisés, handicapés moteur ou mentaux, réfugiés syriens et palestiniens, ou encore les filles mineures déjà mariées ou mères. L’aide apportée est axée sur un soutien psychosocial aux enfants, marqué par des activités de groupe, de jeux et d’exercices physiques afin de les aider à évoluer dans un environnement favorable à leur réussite.
« Nous accordons également une attention particulière aux hormones qui influencent le développement des jeunes de manière déterminante à cette période de leur vie, en organisant des activités qui stimulent l’intérêt et le bonheur lors de l’apprentissage », explique Rena Timsah, responsable de la communication du projet. « Nous sommes extrêmement satisfaits des résultats du programme jusque-là, souligne-t-elle. En deux ans, nous avons eu près de 15 000 jeunes impliqués dans des cycles d’apprentissage de trois mois. Nous les aidons à agir à leur manière pour défendre des causes qui leur sont chères à l’échelle de leur ville. »
Le problème de financement
Une jeune fille originaire de Tripoli et impliquée dans le projet témoigne de ses progrès. « Avant, je m’intéressais à la photographie, mais je ne savais pas manier un appareil photo, indique-t-elle. En deux mois, j’ai pu apprendre à m’en servir, à faire des photos, et maintenant j’aimerais continuer sur cette voie-là. »
Désormais, le défi pour Mercy Corps est de trouver des financements pour assurer la survie du projet à long terme. En effet, le financement canadien du projet se terminera en décembre 2019, au terme de trois ans. « Si rien n’est fait, les centres devront être fermés à la fin de l’année, confie la responsable de la durabilité du projet. Nous devons faire des plans budgétaires, réduire une partie des coûts et étendre les programmes de bénévolat afin d’obtenir un modèle de financement pérenne .»
En effet, si à petite échelle les actions des ONG telles que Mercy Corps peuvent être efficaces, l’envergure du problème trouve ses racines dans les lacunes du système éducatif libanais. En 2016, l’éducation ne représentait que 6,2 % du budget de l’État, 90 % des dépenses étant consacrées aux salaires des professeurs. En conséquence : des infrastructures éducatives mal entretenues et peu propices à fournir un cadre favorable à l’apprentissage, notamment dans les zones les moins favorisées du pays, et une diminution drastique des élèves scolarisés dans l’enseignement public, d’année en année.
De plus en plus nombreux sont les parents choisissant de placer leurs enfants dans des écoles privées financées par la communauté, en conformité avec le principe de liberté scolaire inscrit dans la Constitution. Malheureusement, cette privatisation progressive de l’enseignement, qui s’ajoute à la baisse du niveau de recrutement des professeurs du système public, mène inévitablement à une augmentation des disparités au niveau de la qualité de l’enseignement entre les régions et les établissements et, in fine, entre les élèves.


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