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Liban

Lara Saadé, avocate déterminée et engagée

Portrait

Détentrice d’une licence en droit de l’USJ, d’un master en droit international de l’Université de Paris-Sud, ainsi que d’un diplôme en politiques publiques de la Syracuse University (New York), Lara Saadé est conseillère juridique de Samy Gemayel et planche, à ce titre, sur les principaux dossiers à caractère législatif soulevés par le leader des Kataëb. Portrait.


Yara ABI AKL | OLJ
19/08/2019

Il n’est pas facile de se lancer dans une carrière à caractère politique au Liban. Au sein de la société libanaise, le défi est encore plus grand pour les femmes qui se doivent de prouver qu’elles peuvent opérer des changements significatifs et infléchir la décision politique dans le bon sens.

Lara Saadé, avocate et conseillère du chef des Kataëb, Samy Gemayel, pour les affaires législatives, fait partie de celles qui relèvent ce défi au quotidien. Aux côtés de M. Gemayel, elle a même remporté trois batailles en n’usant que de deux armes : la détermination et… la Constitution.

Si le père de Lara Saadé faisait partie du parti Kataëb, la jeune avocate tient à préciser que l’engagement partisan de son père est totalement étranger à son actuelle collaboration avec le député du Metn. « D’ailleurs, nous ne parlions jamais de politique en famille », confie-t-elle.

C’est donc dans une atmosphère « apolitique » que Lara Saadé décide, dans un premier temps, de suivre des études de médecine. « Il était normal de faire ce choix à la lumière de mon bon parcours scolaire », souligne-t-elle, précisant toutefois que ses bonnes notes n’étaient pas la seule raison de sa décision. « Il y avait aussi le désir de faire du bien en sauvant des vies», indique-t-elle. Puis le destin s’en est mêlé. « À la fin de ma première année de biologie à l’Université libanaise, et à la faveur de la mobilisation estudiantine pour l’indépendance et la souveraineté du Liban, j’ai compris que je pouvais servir mes compatriotes par un autre moyen, celui des lois, souligne Lara Saadé. J’ai donc intégré la faculté de droit de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. » Outre l’obtention d’une maîtrise en droit privé, son parcours à l’USJ revêt une autre dimension. C’est là qu’elle rencontrera Samy Gemayel, qui y est alors étudiant. Tout comme lui, elle prend part aux manifestations des étudiants de l’USJ contre la mainmise syrienne sur le pays.

Convergences de principes, divergences de parcours

S’ils se retrouvent sur ces principes, les itinéraires de Samy Gemayel et de sa future conseillère juridique divergeront à la fin de leurs études. Quand Lara Saadé s’engage avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Samy Gemayel fait sa première entrée au Parlement. Cette première phase de carrière, l’avocate l’évoque avec fierté. « Durant cette période, j’ai travaillé sur des dossiers à même de contribuer efficacement au développement et au progrès dans le monde arabe, notamment au niveau de l’évolution des législations et des Constitutions, mais aussi de la condition de la femme arabe », souligne la jeune femme. Ce n’est que peu après les législatives de 2009 que Samy Gemayel propose à Lara Saadé une opportunité qui infléchira les plans de l’avocate. Entre-temps, elle avait obtenu un master en droit international de l’Université de Paris-Sud, ainsi qu’un diplôme en politiques publiques de la Syracuse University (New York).

Forte de cette formation académique, la jeune femme, qui aujourd’hui prépare un doctorat en droit constitutionnel à l’université de Grenoble, adresse à Samy Gemayel, peu après le scrutin de 2009, un mail proposant quelques idées d’amendements législatifs qui devraient, selon elle, être adoptés au Liban. « Il m’a alors appelée et a demandé à me voir à Bickfaya, indique-t-elle. Il m’a proposé de faire partie de son équipe en tant que conseillère pour les affaires législatives. Dans un premier temps, j’ai refusé l’offre, ne voulant pas abandonner toute une carrière pour intégrer l’arène politique. Mais Samy Gemayel a eu cette phrase, qui m’a fait changer d’avis. Il m’a dit : “Vous voulez changer le pays, mais quand un député vous demande de vous joindre à lui dans cette bataille, vous refusez ? Si les jeunes ne contribuent pas à changer les choses, personne ne le fera.” J’ai fini par céder, et aujourd’hui, j’en suis fière. »

Les recours devant le Conseil constitutionnel

Avec Samy Gemayel, Lara Saadé prend désormais part aux grandes batailles politiques du pays. Une façon de contribuer à un progrès plus que jamais nécessaire, selon elle. « Je me souviens encore de la première proposition de loi que nous avons présentée, celle portant sur la modification de la loi sur les municipalités », confie Lara Saadé, avant d’évoquer les trois recours en invalidation que les Kataëb ont présentés, en obtenant gain de cause, entre 2017 et 2019, devant le Conseil constitutionnel. Ces recours portaient sur les mesures fiscales votées en juillet 2017 et annulées deux mois plus tard, ainsi que sur le budget 2018, dont certains articles ont été abolis, et la loi régissant l’application du plan de production de l’électricité approuvé par le gouvernement en avril dernier. « C’est surtout le premier recours dont je garde un bon souvenir dans la mesure où il s’agissait d’un défi politique mais aussi d’un tournant dans l’histoire politique du Liban, car nous avons imposé le vote à main levée à l’hémicycle, pour garantir le respect de la Constitution et permettre aux électeurs de demander des comptes à leurs représentants », lance l’avocate, aînée d’une famille de cinq enfants. « Le plus important, c’est le fait de créer un climat de confiance avec les gens et d’assurer le respect des législations en vigueur », ajoute-t-elle.

En attendant le combat pour la décentralisation administrative, la Zahliote passionnée de cinéma et de vin, fan de voyages à l’étranger mais aussi d’exploration de son propre pays, continue de lutter contre la discrimination à l’encontre des femmes, à l’instar de deux anciennes grandes figures du militantisme féminin, Laure Moughaizel et Simone Veil, dont elle s’inspire dans son action. Elle souligne sur ce plan : « En tant que première femme au Liban à occuper le poste de conseillère juridique d’un député, j’ai fait face à une sorte de discrimination, certains hommes ayant douté de mes capacités pour la simple raison que je suis une femme. J’ai voulu relever ce défi, en dépit de toutes les difficultés qui en découlent. Et j’invite les Libanaises à faire de même, face à une logique visant à réduire leur rôle et les éloigner du domaine politique. »

Dans le contexte présent, elle adresse ce message à Samy Gemayel : « Avec vous, j’ai appris qu’il suffit d’être convaincu de sa cause pour gagner les grandes batailles. Ne baissez pas les bras. Vous êtes le dernier soldat, gardien de la Constitution. »



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Pierre Hadjigeorgiou

Chapeau! C'est avec des gens comme ça que le pays ira vers l'avant!

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