Liban

Hariri à Washington : Chaque partie campe sur ses positions

Décryptage
17/08/2019

Depuis la publication jeudi dernier du communiqué de l’ambassade américaine au Liban sur l’affaire de Qabr Chmoun qui demandait aux autorités de ne pas intervenir dans le cours de l’enquête et, en quelque sorte, de préserver le leadership de Walid Joumblatt, les milieux politiques libanais ont les yeux fixés sur la visite du Premier ministre Saad Hariri à Washington.

Certes, la visite avait été motivée par des raisons familiales, mais son timing, dans la foulée de la crise provoquée par l’affaire de Qabr Chmoun, lui avait donné une dimension politique particulière.

Des médias et des parties politiques ont vu dans cette visite, notamment dans les rencontres prévues entre Saad Hariri et différents responsables américains, dont Mike Pompeo et David Hale, une volonté américaine d’augmenter les pressions sur le Hezbollah, en haussant le ton à l’égard des autorités libanaises et en particulier à l’égard du Premier ministre. Certains avaient même été jusqu’à prévoir que les responsables américains allaient presser le président du Conseil de relancer le mouvement du 14 Mars, plus ou moins mis en veilleuse après la conclusion de ce qu’on appelle « le compromis présidentiel ». D’autant que la visite de Hariri à Washington intervient après celle des trois anciens Premiers ministres en Arabie saoudite, en principe pour préserver les droits de la communauté sunnite, et après les déclarations du chef des Forces libanaises sur le fait que le 14 Mars est une « ligne rouge ».

Saad Hariri s’est donc rendu à

Washington et il s’est entretenu avec les responsables américains. Il a même pris soin de bavarder avec les journalistes, en particulier avec les correspondants des médias arabes, après la conférence de presse commune qu’il a tenue avec le secrétaire d’État.

Il est sans doute encore trop tôt pour évaluer en profondeur les résultats de la visite du Premier ministre à Washington, mais selon un ancien ambassadeur du Liban aux États-Unis, on peut déjà se faire une idée précise des positions américaines à l’égard du pays du Cèdre.

Apparemment, trois grands sujets ont été principalement évoqués dans le cadre des entretiens de Hariri avec les responsables américains : les sanctions économiques américaines contre le Hezbollah et la détermination de Washington à affaiblir cette formation et « à œuvrer à libérer le Liban de son joug » ; le contrôle des frontières et des points de passage maritimes, aériens et terrestres pour empêcher la contrebande qui profiterait au Hezbollah ; et enfin la médiation américaine pour le tracé de la frontière maritime entre le Liban et Israël.

Concernant le premier sujet, Saad Hariri a été d’une grande franchise dans sa conversation à bâtons rompus avec les représentants des médias. « Nous ne pouvons pas changer la position de l’administration américaine à l’égard du Hezbollah, a-t-il déclaré, mais nous tentons d’épargner au Liban les conséquences de ces sanctions. » En même temps, le Premier ministre a insisté sur le fait que l’administration américaine compte poursuivre ses programmes d’aides à l’armée libanaise qui s’élèvent à près de cent millions de dollars par an. De son côté, le secrétaire d’État a souligné l’appui de son pays à la stabilité du Liban et à ses institutions publiques. Selon l’ancien ambassadeur du Liban à Washington, ces déclarations sont importantes et montrent que l’administration américaine campe sur ses positions concernant le Hezbollah, tout en prenant soin de ne pas mettre en cause la stabilité du Liban. Autrement dit, le statu quo devrait se poursuivre, l’administration américaine ayant été apparemment sensible à la position libanaise qui estime que le fait d’augmenter les pressions économiques pourrait aboutir à l’effondrement du Liban ou provoquer une déstabilisation de ce pays. Cette thèse avait d’ailleurs été développée par la délégation parlementaire envoyée par le président de la Chambre à Washington pour défendre la position libanaise.

Dans sa conversation à bâtons rompus avec les représentants des médias, Saad Hariri a aussi annoncé un prochain lancement des projets entant dans le cadre de la CEDRE dans lesquels des sociétés américaines pourraient obtenir certains contrats. Ce qui est aussi, selon l’ancien ambassadeur à Washington, un signe positif, sachant que certaines rumeurs avaient commencé à circuler sur une volonté américaine d’entraver l’exécution des contrats prévus par la conférence internationale qui s’est tenue à Paris en avril 2018. Dans le même sillage, le fait d’évoquer le dossier du tracé des frontières maritimes entre le Liban et Israël est aussi un signe positif. Il montre que l’administration américaine souhaite relancer cette médiation, en dépit de l’atmosphère négative qui avait plané sur la dernière visite de David Satterfield au Liban et en Israël. Il faut rappeler à cet égard que seul le président de la Chambre Nabih Berry avait récemment fait preuve d’optimisme sur ce dossier, assurant qu’il devrait connaître des développements positifs en septembre, et que de nombreux obstacles ont été surmontés. D’ailleurs, des sources proches de Aïn el-Tiné précisent qu’un émissaire américain, probablement le diplomate David Schenker qui a remplacé David Satterfield en tant que secrétaire d’État adjoint chargé des Affaires du Proche-Orient, devrait venir au Liban et en Israël pour relancer ce dossier après les élections israéliennes prévues le 17 septembre.

Enfin, concernant le dossier du contrôle des points de passage, pour mettre un terme à la contrebande, l’État libanais est déterminé à traiter ce dossier parce qu’il nuit à l’économie libanaise déjà mal en point.

En conclusion, l’ancien ambassadeur du Liban à Washington estime que les entretiens de M. Hariri à Washington ont confirmé le statu quo qui prévalait dans les relations entre Washington et Beyrouth avant l’affaire dite de Qabr Chmoun. En termes plus clairs, l’administration américaine poursuivra sa politique d’assèchement des sources de financement du Hezbollah, mais elle reste soucieuse de ne pas mettre en cause la stabilité du Liban. Toutes les rumeurs sur une politique américaine plus agressive à l’égard du Liban ne semblent donc pas vérifiées.

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET L,INTERET ET L,EXISTENCE DU PAYS RELEGUES PAR TOUS CES ABRUTIS AUX CALENDES GRECQUES.

PAUL TRONC

Comme c'est bien expliqué pour les nuls que nous sommes.

Scarlett c'est la Jeanne d'Arc de l'olj.

Hitti arlette

Tout est expliqué et décortiqué dans cet article riche en informations et dans ce souci du moindre détail auquel Scarlett nous a habitués .

Chucri Abboud

Et vous allez me convaincre que ce n'est pas de la pure et dure ingérence ?

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