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Culture

Ramzi el-Hafez : J’aime les portraits pour ce qu’ils me racontent de notre histoire

Collectionneurs

C’est un collectionneur qui n’a d’autre ambition que d’être entouré d’œuvres qui lui plaisent. Ou plutôt, pour reprendre un terme qui revient souvent dans ses propos, d’œuvres qui (lui) parlent...

Zéna ZALZAL | OLJ
17/08/2019

Il achète les toiles et les sculptures qu’il aime. Sans se restreindre à des signatures, une période, un thème ou un genre précis. Seule limitation à son acte d’acquisition : l’œuvre doit provenir du Liban, sinon des pays de la région comme la Syrie, l’Irak ou l’Égypte. « J’apprécie beaucoup l’art occidental, mais comme je ne peux pas tout acheter, j’ai décidé de rester au plus proche de ma culture moyen-orientale », assure Ramzi el-Hafez. L’éditeur et rédacteur en chef du magazine économique Lebanon Opportunities a tout de même accumulé jusque-là près de 300 œuvres. Essentiellement picturales, sur toile et sur papier. Et même si sa collection peut sembler un peu éparse thématiquement, on y relève d’emblée un goût marqué pour le figuratif, le portrait classique et, plus bizarrement, pour un bestiaire axé sur le cheval, le coq et l’âne.



Le cheval, le coq et l’âne
« Ma passion pour le thème du cheval remonte à une toile de Rafic Charaf que mes parents possédaient et qui a disparu lors du pillage de l’appartement familial durant la guerre. Comme j’y étais très attaché, j’ai essayé de compenser cette perte en me rabattant sur les œuvres de la même série du “Cheval de Antar au galop”. Quant aux coqs, j’ai commencé à m’y intéresser lorsque je suis tombé sur un très beau tableau de Hussein Madi représentant cet animal et intitulé Autoportrait. Et un peu plus tard sur les interprétations de Willy Aractingi et Jamil Molaeb du même sujet. Enfin, en ce qui concerne l’âne, je ne sais pas d’où me vient cet attrait pour cette bête que j’aime beaucoup », s’interroge le collectionneur en pointant du doigt un mulet croqué par l’artiste égyptien Sayed Saadeddine…



Un nu féminin initiatique…
Vous l’aurez deviné, Ramzi el-Hafez n’a rien du collectionneur spéculateur. « En fait, je n’ai jamais pensé monter une collection. C’est arrivé par hasard », indique-t-il. Né dans une famille d’amateurs d’art et de culture, il côtoie, très jeune, des artistes, écrivains et intellectuels amis de ses parents. Sa mère, Leyla Osseiran, romancière, et son père Amine el-Hafez, ancien Premier ministre du Liban, ne se contentaient pas d’accrocher les toiles de Omar Onsi, Rafic Charaf, Amine el-Bacha ou encore Hassan Jouni sur leurs murs, mais leur ouvraient grandes les portes de leur maison. « J’ai très bien connu Rafic Charaf et Mounir Najem qui faisaient partie, entre autres, du cercle des habitués… Et j’ai eu la chance de me nourrir d’art très tôt. Même si, enfant, les visites de musées lors de voyages à l’étranger avec mes parents ne m’enchantaient guère », avoue-t-il.

C’est une lithographie d’un nu féminin signé Halim Jurdak que lui offre sa mère pour ses 15 ans qui provoquera le déclic. « Ce cadeau m’a troublé. L’adolescent que j’étais n’y a vu que la femme nue. J’ai demandé à ma mère pourquoi elle avait choisi de me faire ce présent. Elle m’a répondu textuellement : “Mais c’est pour t’initier à l’art, imbécile !” » se souvient-il, amusé.

Une initiation qui portera ses fruits, puisque quelques années plus tard, Ramzi el-Hafez, alors étudiant aux États-Unis, entame une première collection d’affiches d’expositions. « À défaut de pouvoir m’offrir, à l’époque, des œuvres originales », dit-il.

De retour au Liban, il s’installe tout seul et commence à acheter des tableaux et à les accrocher dans son salon. Puis, au fil de ses coups de cœur, dans toutes les autres pièces de son vaste appartement. Le moment est vite arrivé où les murs ne suffisent plus à l’accrochage de toutes les toiles acquises. Plutôt que de se séparer de quelques-unes, il va leur… offrir un appartement dans le même immeuble, un étage en dessous du sien. « Sauf qu’une fois accrochées dans le nouvel espace, j’ai, très vite, éprouvé le sentiment de les avoir perdues. Puisque je ne les avais plus constamment sous les yeux », déplore sincèrement ce mordu d’art, qui n’hésite d’ailleurs pas à comparer son attachement à sa collection à ce qu’éprouvent les parents envers leurs enfants.



Un attachement indéfectible
« Je suis incapable de me séparer de la moindre pièce en ma possession. Car chacune me parle d’un moment, d’une histoire, d’un lien personnel… Je les ai toutes choisies en suivant uniquement mon inclination, sans me laisser influencer par les discours ou les goûts des marchands ou des critiques. Ni même par la personnalité de leurs auteurs », affirme Ramzi el-Hafez. Lequel avoue n’être sensible qu’au figuratif. « Je n’éprouve aucune affinité pour l’abstrait et encore moins pour le conceptuel. »

Il suffit d’ailleurs de jeter un rapide coup d’œil chez lui pour se convaincre de sa liberté de choix. Les signatures les plus connues ne sont pas celles qu’il met le plus en avant. À titre d’exemple, alors qu’il possède une très intéressante série de Bouquets de Bibi Zogbé et de belles peintures de Rafic Charaf, Hussein Madi, Fateh Moudaress ou encore Louay Kayyali, ce sont d’immenses toiles de Houmam (le Botero syrien) qu’il a accrochées dans son salon. Idem pour les très beaux paysages de Rafic Charaf qui se retrouvent phagocytés par les portraits néo-classicisants d’une artiste saoudienne totalement inconnue…



Entre passé et avenir…
« C’est vrai que je ne hiérarchise pas. C’est pourquoi je me sens plus un amateur d’art qu’un véritable collectionneur », se justifie-t-il. Avant de reconnaître tout de même que c’est dans la catégorie du portrait classique qu’il suit une vraie démarche de collectionneur. « C’est un genre qui a commencé à m’intéresser il y a une douzaine d’années pour son côté documentaire et ce qu’il révèle, à travers les costumes, les attitudes, les traits et les expressions des personnages de notre histoire passée. » Ces portraits signés Daoud Corm, Habib Srour, Khalil Saliby… ou encore ces autoportraits de César Gemayel et Omar Onsi – qu’il a accumulés dans une pièce aux allures de galerie d’ancêtres – représentent aux yeux de Ramzi el-Hafez un véritable trésor à préserver. « Parmi toutes mes toiles, ce sont celles qui me parlent le plus… De nos racines et nos traditions, à la fois communes et multiples. » C’est d’ailleurs parce qu’il envisage l’art comme une richesse éducative commune que cet éditeur a lancé, il y a un an, Gallery Magazine, un trimestriel dédié à rapprocher l’art du grand public. Dans ce même esprit, il est aussi à l’origine de plusieurs événements destinés à démocratiser l’art au Liban. À l’instar de la foire Rising Art dont la première édition s’est tenue en juillet dernier en collaboration avec quelques-unes des meilleures galeries de la ville.

C’est un peu dans des actions de la sorte que ce collectionneur pas comme les autres envisage de se tourner à l’avenir. Tout en continuant de rêver d’acquérir un jour une toile de l’Égyptien Mahmoud Saïd. « Un souhait encore très loin d’être à ma portée ! »

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