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Nos lecteurs ont la parole - Par Ronald Barakat

Lettre ouverte aux chrétiens zélés

« Et voici, l’un de ceux qui étaient avec Jésus étendit la main et tira son épée ; il frappa le serviteur du souverain sacrificateur et lui emporta l’oreille. Alors Jésus lui dit : remets ton épée à sa place; car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l’instant plus de douze légions d’anges ? » (Mt. 26:52).

Chers chrétiens zélés,

Votre appel à boycotter le spectacle de Mashrou’ Leila m’est bien parvenu puisqu’il crève tous les tympans et les écrans, et envahit l’actualité. Je comprends votre colère et votre zèle à vouloir défendre le Christ, mais il ne faut pas confondre le Fils de l’homme avec le fils de tout homme, et encore moins avec un chef dont il convient de préserver l’honneur, en référence à vos remarques selon lesquelles les chrétiens sont prompts à descendre dans la rue pour leur « zaïm » plus que pour Jésus.

Jésus n’a pas besoin qu’on le défende. Il aurait la même attitude que dans l’épisode mentionné ci-haut, lors de son arrestation. Il a ses légions d’anges pour le faire. Le Seigneur n’est pas un de nos seigneurs de guerre, il est le Fils du Dieu vivant. Jésus se moque des moqueries à son égard et a pitié de ses moqueurs, parce qu’ils auront, le moment venu, des comptes à Lui rendre, à moins qu’ils ne se soient repentis.

Et c’est justement là votre rôle de chrétiens zélés. C’est de prêcher ces gens-là, et ceux qui leur ressemblent, et non de les persécuter au nom de Jésus. C’est de les accueillir et de leur annoncer le règne de Dieu, et non de les chasser, les pourchasser jusqu’à les poursuivre en justice. Laissez faire la justice de Dieu et œuvrez à proclamer Sa Parole pour le salut des âmes. Montrez-leur le vrai visage du christianisme, celui de la commisération, de la tolérance, de l’amour. Face à leurs chants irrévérencieux, entonnez des cantiques, pour les exorciser.

Montrez-leur que, sans être indifférents à leurs offenses, vous êtes en mesure de faire preuve de tolérance. Montrez-leur qu’à l’image du Christ, et avec Lui, vous savez et vous pouvez essuyer les avanies pour leur propre rédemption, comme l’a fait le Christ dans sa Passion.

Par votre attitude exemplaire, votre stoïcisme, votre sagesse, vous pourriez gagner ces blasphémateurs à la cause du Christ, sinon d’autres de la même espèce. Vous pourriez les conduire au repentir, en posant des gestes pacifiques, et non pas belliqueux. Et c’est ainsi que vous ferez la volonté de Dieu.

J’ai bien vu cette fameuse « icône » parodiée, dans laquelle la Madonna prend la place de la Madone. Est-ce à dire qu’elle s’est réellement substituée à la Mère de Dieu ? Cette icône est-elle entrée dans l’iconographie de la Sainte Vierge ? Pourquoi en faire grand cas? Pourquoi ne pas ignorer les provocations ? Pourquoi ne pas plaindre les provocateurs ? Pourquoi ne pas prier notre Madone de prendre en pitié cette Madonna si obsédée d’elle qu’elle s’est pervertie pour devenir sa négation ? En englobant dans nos prières ces pauvres dévoyés.

Mashrou’ Leila est un « projet » pour vous, une épreuve pour votre sanctification. N’en faites pas une occasion de chute, pour vous et ceux qui vous écoutent, mais une occasion d’élévation!

Au lieu de crier au sacrilège, comme les scribes et les pharisiens, lancez un appel à la prière, une invitation pour une messe à l’intention de ces âmes égarées !

Au lieu de vouloir leur interdire le territoire, de militer pour annuler leur spectacle, faire figure de censeurs, et donc mauvaise figure, laissez-leur le champ (et chant) libre, le droit de s’exprimer, et ouvrez votre propre champ pour offrir un autre spectacle de chants liturgiques à la gloire du Seigneur !

Contentez-vous de mettre en garde vos frères et sœurs sur le caractère irrévérencieux de leur spectacle et proposez l’alternative d’un spectacle opposé, en même temps ! Alors ceux et celles qui seront sensibles à vos avertissements n’iront plus assister au spectacle de Mashrou’Leila. Ils iront à « votre » spectacle, ou ailleurs, ou resteront chez eux. Et les recettes de Mashrou’ Leila en pâtiront. Informer plutôt qu’interdire ; conseiller sagement ; proposer l’alternative seront des armes bien plus efficaces, et vous en sortirez grandis… et gagnants !

Il y en a même parmi vous qui s’insurgent de voir des fidèles accourir à leurs pasteurs pour qu’ils prennent des mesures coercitives envers les blasphémateurs, alors qu’il leur incombe de le faire eux-mêmes en tant que membres du Corps du Christ. Il est vrai que nous sommes le peuple de Dieu, mais soyons un peuple à Son image et selon Ses recommandations.

Demandons plutôt à nos prêtres, dont certains ont des réactions et des comportements par trop « laïques », au point d’oublier et de faire oublier leur sacerdoce, non pas de sévir contre les impies, mais de leur tendre les filets de la piété ; non pas de chasser ces « pécheurs », mais de les pêcher ou repêcher, en tant que pêcheurs d’hommes, comme le veut Jésus !


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

« Et voici, l’un de ceux qui étaient avec Jésus étendit la main et tira son épée ; il frappa le serviteur du souverain sacrificateur et lui emporta l’oreille. Alors Jésus lui dit : remets ton épée à sa place; car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l’instant plus de douze légions d’anges ? » (Mt. 26:52).Chers chrétiens zélés,Votre appel à boycotter le spectacle de Mashrou’ Leila m’est bien parvenu puisqu’il crève tous les tympans et les écrans, et envahit l’actualité. Je comprends votre colère et votre zèle à vouloir défendre le Christ, mais il ne faut pas confondre le Fils de l’homme avec le fils de tout homme, et encore moins avec un chef dont il convient de préserver l’honneur, en...
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