La polémique que suscite le dossier des employés et ouvriers palestiniens dans le cadre de la campagne menée par le ministère du Travail pour appliquer la loi relative à la lutte contre le travail illégal des étrangers est loin de se tasser. Hier, c’était au tour des députés de la « Rencontre consultative » (qui regroupe les six parlementaires sunnites pro-8 Mars) de critiquer le plan élaboré dans ce sens par le ministre du Travail, Camille Abousleiman.
Entré en vigueur le 11 juillet dernier, ce plan s’est traduit par la fermeture de nombreux commerces détenus illégalement par des étrangers ou employant des ouvriers non libanais, non détenteurs d’un permis de travail. De nombreux avertissements ont également été adressés. Cette mesure du ministère du Travail est contestée par certaines parties palestiniennes qui estiment que cette campagne ne doit pas englober les Palestiniens « vu la spécificité de leur présence au Liban, puisqu’ils sont des réfugiés et non des étrangers ». Des manifestations en guise de protestation ont été organisées, notamment dans le camp de Aïn el-Héloué.
La « Rencontre consultative » a ainsi estimé que « l’usage douteux du code du travail libanais, à un moment inopportun, pour éveiller l’incitation raciste à grande échelle à l’encontre des frères réfugiés palestiniens est une action irresponsable et non patriotique ». « Nous sommes en faveur de l’application stricte des lois libanaises, mais avec éveil, sagesse, patriotisme et responsabilité », a ajouté la « Rencontre consultative » dans un communiqué publié à l’issue d’une réunion tenue hier chez Fayçal Karamé, à Beyrouth.
Les députés ont estimé que « la stabilité sociale palestinienne est une partie principale de la stabilité sociale libanaise ». « Toute atteinte portée à cette stabilité fait encourir au pays de sérieux dangers », poursuit la « Rencontre consultative », appelant à une application « sage » de la loi « en publiant les décrets d’application des lois 128 et 129 du code du travail de la Caisse nationale de la Sécurité sociale » (voir par ailleurs la lettre ouverte de Camille Abousleiman).
La réponse des Forces libanaises ne s’est pas fait attendre. Le bureau de presse du parti a estimé que les remarques exposées par la « Rencontre consultative » vis-à-vis du plan du ministère sont « incorrectes » et « tronquées ». Dans un communiqué, les FL ont souligné que l’expression « à un moment inopportun » vise à « transformer le momentané en durable ». « Le momentané est le chaos, l’absence de l’État et la non-application des lois », a poursuivi le bureau de presse des FL, affirmant qu’un « pareil discours est une incitation raciste à l’encontre de l’État libanais, du ministère du Travail, des lois en vigueur et du peuple libanais ». « Le ministère n’a fait qu’appliquer les lois, ont encore insisté les FL. Son crime c’est qu’il a osé le faire. »
Un encouragement aux Palestiniens
Le bureau de presse des FL a en outre souligné que le communiqué de la « Rencontre consultative » est un encouragement aux Palestiniens à poursuivre leurs mouvements de protestation, après avoir réalisé que le ministère continuera à appliquer les lois, sachant qu’il « a donné toutes les facilités possibles aux Palestiniens dans le cadre des lois en vigueur ». Les FL ont estimé que « ce sont ceux qui provoquent les Palestiniens qui portent atteinte à la stabilité ».
Concernant les lois 128 et 129 du code du travail, le bureau de presse des FL a expliqué que celles-ci sont appliquées depuis 2010 et ne nécessitent pas, par conséquent, des décrets d’application. Et de conclure : « Personne n’a besoin des conseils des parties politiques qui font primer les intérêts non libanais à ceux libanais. Il est honteux que l’application de la loi soit considérée comme un complot par les parties qui refusent l’édification de l’État au Liban. »
En soirée, le bureau de presse du courant Karama de Fayçal Karamé a répondu à celui des FL, notant que ce parti « n’a rien à voir avec les activités du ministre du Travail », même si ce dernier y est affilié. « Nous aurions préféré que le ministre nous réponde en personne et nous dise comment les députés de la “Rencontre consultative” encouragent les réfugiés palestiniens à se retourner contre le Liban pour que nous puissions répondre », ajoute le communiqué.
Réaffirmant que la décision du ministre Abousleiman de réglementer la main-d’œuvre étrangère illégale a été prise à « un moment inopportun », le courant Karama a déclaré que jusqu’à une période récente, il considérait que le ministre du Travail a pris de fausses décisions, mais que celles-ci « ne s’élevaient pas au niveau du complot ». Le communiqué du bureau de presse des FL, cependant, a souligné « l’implication » du parti « dans l’exacerbation d’un conflit entre les Libanais et les Palestiniens du Liban, et cela n’a rien à avoir avec les lois libanaises et les slogans lancés par les FL ».
Par ailleurs, une réunion élargie de l’Autorité palestinienne au Liban a été tenue hier chez Bahia Hariri, députée de Saïda, à Majdelyoun. Les parties palestiniennes ont de nouveau appelé le Premier ministre, Saad Hariri, à geler la décision prise par M. Abousleiman jusqu’à la tenue du Conseil des ministres.

