Mashrou' Leila, en cocnert à Rabat, en juin dernier. Photo tirée de la page Facebook du groupe
Le 9 août de l’an de grâce 2019, je traverserai l’autoroute de l’enfer, quelle que soit la température, et j’irai passer la soirée à Jbeil, ce petit port de pêche qui a donné à l’humanité l’outil qui l’a sortie de l’obscurité et de l’isolement, et qui a permis aux hommes de se lier à vie.
J’irai voir Mashrou’ Leila parce que je refuse qu’on m’impose un code d’une autre époque. Je refuse qu’on me conditionne à écouter, à lire, à voir ce qui est jugé politiquement ou religieusement correct. Selon un ordre qui ne me concerne et qui ne me représente pas.
J’irai voir Mashrou’ Leila parce que les hypocrites qui poussent des cris d’orfraie devraient balayer devant leur porte. Parce que les clergés qui hurlent au blasphème sont loin, très loin des enseignements des prophètes. Parce que, au long des siècles, ils ne servent plus leurs ouailles mais leurs poches et leurs proches. Parce que les ouailles ne comptent plus pour les pasteurs. Parce que les terres sont vendues ou louées aux plus offrants, mais pas aux plus démunis, parce que les écoles deviennent des clubs pour les plus riches, parce que la misère frappe à leurs portes, mais qu’ils sont aveugles et sourds. Parce que le pape François est bien seul dans son combat.
J’irai voir Mashrou’ Leila parce que le parti qui porte l’étendard de la vertu et du politiquement correct muselle ceux qui osent le contredire. Parce que la majorité issue de ce parti pense que nous sommes des moutons et que nous marcherons tous du même pas à la voix de notre maître. Parce que nous vivons, sous son règne glorieux, littéralement dans nos déchets. Que nous respirons les miasmes des dépotoirs. Que nous mangeons des fruits de notre labeur arrosés de l’eau des fleuves engraissés de nos déjections. Parce que tout cela me semble plus déviant et dangereux que quelques notes de musique.
J’irai voir Mashrou’ Leila parce que les partis d’opposition ont enfourché la mule de la calomnie, de la dénonciation et du confessionnalisme à des buts démagogiques, parce que les autres chevaux de bataille se dérobent sous leurs assises.
J’irai voir Mashrou’ Leila parce que je refuse qu’on s’adresse à moi comme chrétienne, ou musulmane, ou druze. Et qu’on prétende que quelques jeunes gens grattant de la guitare et taquinant la muse constituent un danger pour ma foi et forment un obstacle insurmontable sur mon chemin vers le paradis.
J’irai voir Mashrou’ Leila parce que ces cinq garçons dans le vent se sont rencontrés et fréquentés à une époque pas si lointaine où cela aurait dû être impossible et que la musique, mettant à plat préjugés et antagonismes, les a réunis pour le meilleur. Et pour le pire….
J’irai voir Mashrou’ Leila parce que je me souviens d’Abou Nawwas, d’Averroès, de Maïmonide, de Léonard de Vinci, de Galilée, de Spinoza, de Michel Ange, de Baudelaire, de Verlaine, de Rimbaud, d’Oscar Wilde, de Marcel Proust, d’Andy Warhol, d’Yves Saint Laurent, de Freddie Mercury, de Kurt Cobain… Et que je ne me souviens d’aucun des parangons de vertu et de morale qui les ont voués aux flammes de la géhenne.
J’irai voir Mashrou’ Leila parce que je me souviens de l’enseignement de mon Maître : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés, ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés… »
Enfin et surtout, j’irai voir Mashrou’ Leila parce leur musique est bonne. Et que de New York à Berlin, à Paris, ils font danser des foules qui ne comprennent mot à ce qu’ils disent. Et parce que, de nos jours, toute seconde d’insouciance, toute minute de joie est bonne à prendre pour affronter les heures de morne vide de notre quotidien.
J’irai voir Mashrou’ Leila le vendredi. Et puis j’irai prier le dimanche. Je remercierai le Seigneur de toutes ses grâces, je le louerai d’avoir révélé le secret des 7 notes et des couleurs à quelques initiés à travers les siècles. Je le remercierai de la diversité de Ses créatures qui fait la beauté de Sa création. Et avant de sortir, au moment de la bénédiction finale, j’aurai une pensée pour les inquisiteurs de l’ère moderne…
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Très bien dit Carine, Merci pour ton courage ,il faut dire la verité a n'importe quel prix, arretons les hypocrites en commencant par ne pas l'etre.
10 h 12, le 31 juillet 2019