X

Santé

Choyés par leurs proches, les centenaires cubains visent les 120 ans

Reportage
OLJ
06/07/2019

Face au miroir, Delia Barrios applique fard à joues et rouge à lèvres : elle veut être la plus belle pour fêter ses 102 ans, entourée de ses proches comme nombre de centenaires cubains, dont la longévité intrigue les experts.

« Je n’ai pas l’impression d’avoir cet âge. J’ai une famille (...) qui m’aime beaucoup, cela aide à se sentir bien », confie-t-elle, en maniant habilement son fauteuil motorisé, avec sur ses genoux son arrière-arrière-petite-fille Patricia, âgée de 7 ans. Sur le gâteau d’anniversaire, seules deux bougies ont été disposées. Delia les souffle sous les applaudissements de la trentaine d’invités, dans la cour d’un immeuble du quartier Playa, à La Havane.

À la soixantaine, les médecins lui avaient diagnostiqué un cancer du côlon et donné un an à vivre. Elle a démenti leur pronostic puis quitté Cuba en 1993, en pleine crise économique, pour les États-Unis où réside son fils. Mais en 2013, comme elle tombait presque toutes les semaines, son médecin lui a dit qu’elle ne pouvait plus vivre seule. Delia est rentrée à Cuba et cohabite avec sa petite-fille Yumi, 59 ans.

L’île compte 2 070 centenaires pour 11,2 millions d’habitants et une espérance de vie de 79,5 ans : des chiffres similaires à ceux observés dans un pays riche, alors que le salaire public moyen n’y est que de 30 dollars par mois.

Des chiffres à atteindre

Dans ce pays socialiste à la forte densité de médecins et au système de santé gratuit, un « Club des 120 ans » encourage les habitants à viser cet âge vénérable. « Biologiquement, il est prouvé que l’homme peut vivre 120 à 125 ans », affirme le Dr Raul Rodriguez, président de cette institution créée en 2003 par le médecin personnel de Fidel Castro, Eugenio Selman-Housein. Le club « essaie de promouvoir dans toute la population des modes de vie sains car c’est l’unique moyen d’atteindre cet âge ».

Alors que les retraités touchent généralement une pension de 10 dollars par mois, l’État a ouvert des cantines sociales pour ceux qui ne peuvent compléter ce montant avec une aide de leur famille à l’étranger. Les centenaires sont les plus choyés : « Nous essayons de leur assurer un suivi très particulier », explique la Dr Alina Gonzalez Moro, du Centre de recherches sur la longévité. « Tous les centenaires de La Havane peuvent nous appeler en cas de problème de santé et, immédiatement, un gériatre va les voir », explique-t-elle.

La spécificité cubaine interpelle les spécialistes. Certes « le soutien familial tend à favoriser la longévité, on voit cela au Japon », note Robert Young, directeur du Groupe de recherche sur la gérontologie (GRG), aux États-Unis. Le climat chaud aide également. Mais clamer que dans un pays, on vit plus longtemps qu’ailleurs, c’est aussi « à des fins de propagande idéologique ».

Selon Vincent Geloso, professeur d’économie au King’s University College au Canada et auteur d’un article sur le sujet pour l’université d’Oxford, les médecins cubains « ont des chiffres à atteindre, sinon ils sont punis ». Il évoque des manipulations statistiques similaires à celles pratiquées en URSS : des mortalités néonatales comptabilisées comme décès de fin de grossesse pour ne pas grossir les taux de mortalité infantile, ce qui réduirait l’espérance de vie. Pourtant, « même dans le pire scénario de manipulation, Cuba demeure un endroit à haute espérance de vie par rapport à son niveau de revenus », relève M. Geloso. Pour expliquer ce « paradoxe », il avance notamment un facteur : « Cuba a un des plus bas taux de possession automobile », ce qui diminue les risques d’accidents de la route.

Il cite aussi les restrictions alimentaires durant la période spéciale (crise économique des années 90) qui ont réduit le diabète, ou les « mesures coercitives de santé publique », comme la mise en quarantaine de séropositifs dans les années 80. « Cuba réussit très bien à garder les gens en vie très longtemps », dit M. Geloso. « Mais si on offrait aux Cubains le choix entre une année de vie en plus et, par exemple, des revenus plus élevés ou une éducation différente, que choisiraient-ils ? »

Katell ABIVEN / AFP

À la une

Retour à la page "Santé"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Salam, Mikati et Siniora en Arabie : un rééquilibrage face à l’influence iranienne grandissante

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants