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Éclairage

Le Premier ministre irakien espère intégrer pour de bon les milices chiites pro-Téhéran

Les milices ont jusqu’au 31 juillet pour se conformer aux nouvelles dispositions.

Des combattants des Forces de mobilisation populaire (Hachd el-Chaabi). Photo d’archives Reuters

Le Premier ministre irakien, Adel Abdel Mahdi, a publié lundi soir un décret restreignant fortement les pouvoirs des milices chiites, soutenues pour la plupart par l’Iran, et les contraignant à s’intégrer plus étroitement dans l’armée régulière. « Dans l’intérêt du bien public et conformément aux pouvoirs qui nous sont conférés par la Constitution... il est décrété ce qui suit : toutes les forces de mobilisation populaire doivent fonctionner comme une partie indivisible des forces armées et être soumises aux mêmes règles », stipule le communiqué.

Les milices, sous la bannière du Hachd el-Chaabi (Forces de mobilisation populaire), ont aidé l’armée irakienne et les forces de la coalition internationale à mettre en déroute les jihadistes du groupe État islamique. Le sort de ces milices a été maintes fois discuté, le gouvernement précédent de Haïder al-Abadi ayant ordonné plusieurs décrets dans ce sens, sans toutefois parvenir complètement à réaliser les objectifs fixés. Certaines unités, dont celles qui collaborent avec Téhéran, espèrent garder leur indépendance en échappant à la tutelle du gouvernement. Directement liées à un État étranger, elles en sont devenues un instrument, souvent de déstabilisation.

Depuis l’élection parlementaire de 2018, ces milices ont une influence non négligeable sur la scène politique irakienne. Une alliance électorale composée de chefs de milice et de combattants est en effet arrivée en deuxième position et s’est poursuivie aux côtés du leader religieux chiite Moqtada Sadr, dont le groupe politique, arrivé en tête du scrutin, a été le premier à nommer conjointement M. Abdel Mahdi au poste de Premier ministre. Moqtada Sadr, qui se présente comme un nationaliste s’opposant à l’influence de Washington et de Téhéran, a rapidement manifesté son soutien au nouveau décret et annoncé la rupture des liens avec sa propre milice, qu’il a instamment priée d’intégrer les forces armées. « Le Premier ministre est arrivé au pouvoir grâce aux milices, qui voient en lui un potentiel allié pour surpasser cette question d’intégration de façon à ce qu’ils puissent continuer à maintenir leur pouvoir », analyse Renad Mansour, spécialiste de l’Irak au sein du think tank londonien Chatham House, contacté par L’Orient-Le Jour. Adel Abdel Mahdi est un indépendant qui n’appartient à aucun groupe politique et n’a aucun allié personnel au Parlement.


(Pour mémoire : En Irak, des complexes militaires et pétroliers où sont basés des Américains visés par des roquettes)


Politique ou armée
Le Hachd el-Chaabi est déjà sous l’autorité du Premier ministre, mais le nouveau décret oblige les groupes qui le composent à choisir entre activité politique et paramilitaire. Ainsi, les milices qui choisissent de s’intégrer à l’armée doivent abandonner leurs anciens noms et rompre leurs liens avec les groupes politiques. Celles qui choisissent la politique ne seront pas autorisées à porter des armes, précise le décret. Les quartiers généraux, les bureaux économiques et les points de contrôle tenus par des milices doivent être fermés. Les groupes ont jusqu’au 31 juillet pour se conformer à la nouvelle réglementation. Ceux qui ne le feront pas seront considérés comme des hors-la-loi. Cette décision intervient alors que Washington et Téhéran sont à couteaux tirés. Les États-Unis, qui cherchent coûte que coûte à endiguer l’influence iranienne dans la région, auraient fait pression sur le gouvernement irakien, selon l’expert. « L’Irak essaie de sortir de la période EI et de devenir une puissance régionale. Mais les Américains ont dû leur dire “Comment voulez-vous cela si vous n’arrivez même pas à contrôler votre propre armée?” », poursuit Renad Mansour.

Cette décision du gouvernement intervient également deux semaines seulement après plusieurs attaques non revendiquées contre des bases en Irak hébergeant des forces américaines et sur un site utilisé par une entreprise énergétique US. Des responsables locaux ont mis en cause les milices chiites pour l’un des incidents, alors que Téhéran n’a pas commenté. Le 15 mai dernier, Washington a rapatrié des centaines de membres du personnel diplomatique de son ambassade à Bagdad. Le gouvernement irakien craint plus que tout de devenir le champ de bataille d’un conflit armé entre les deux ennemis. Les déclarations hostiles de part et d’autre laissent craindre le pire. Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, alors en visite surprise à Bagdad en mai, a fait comprendre aux dirigeants irakiens que s’ils ne parvenaient pas à contrôler les milices soutenues par l’Iran, les États-Unis réagiraient avec force. De son côté, le chef de la brigade al-Qods (unité d’élite des gardiens de la révolution islamique) Kassem Soleimani a récemment appelé les milices irakiennes pro-Téhéran à « se préparer à la guerre par procuration ». Vendredi dernier, le Wall Street Journal a rapporté que des responsables américains avaient conclu que les attaques par drones contre l’industrie pétrolière saoudienne en mai avaient été lancées depuis l’Irak, et non du Yémen comme évoqué initialement. Selon ce média, ce ne seraient donc pas les houthis, mais bien des milices irakiennes également pro-Iran, à l’origine des attaques en question. Nombre d’entre elles seraient notamment des paramilitaires officiels intégrés au gouvernement depuis 2018. « Toute la question est de savoir comment le Hachd el-Chaabi, au regard des pressions américaines, va essayer, du moins prétendre, d’entamer leur intégration », conclut Renad Mansour.


Pour mémoire
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Le Premier ministre irakien, Adel Abdel Mahdi, a publié lundi soir un décret restreignant fortement les pouvoirs des milices chiites, soutenues pour la plupart par l’Iran, et les contraignant à s’intégrer plus étroitement dans l’armée régulière. « Dans l’intérêt du bien public et conformément aux pouvoirs qui nous sont conférés par la Constitution... il est...

commentaires (1)

L Irak bien que voisin de l Iran montre la voie en essayant de se desaffranchir de la tutelle perse.... e serait bien que d autres qui se trouvent a des milliers de kms de Teheran en fasse de meme....

HABIBI FRANCAIS

10 h 43, le 03 juillet 2019

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Commentaires (1)

  • L Irak bien que voisin de l Iran montre la voie en essayant de se desaffranchir de la tutelle perse.... e serait bien que d autres qui se trouvent a des milliers de kms de Teheran en fasse de meme....

    HABIBI FRANCAIS

    10 h 43, le 03 juillet 2019