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Conflit

Dans le sud du Yémen, la présence émiratie contestée

Abou Dhabi réduit le nombre de ses troupes en évacuant le port d’Aden et la côte ouest du pays, ont affirmé des diplomates occidentaux à l’agence Reuters vendredi dernier.

Un soldat loyaliste devant une peinture murale du fondateur des Émirats arabes unis, cheikh Zayed ben Sultan al-Nahyane, dans une rue de Moukalla, le 8 août 2018. Karim Shahibi/AFP/Getty Images

Acteur majeur du conflit yéménite, les Émirats arabes unis réduisent le nombre de leurs troupes en évacuant le port d’Aden et la côte ouest du pays, ont affirmé des diplomates occidentaux à l’agence Reuters vendredi dernier. « Il est vrai qu’il y a eu des mouvements de troupe... mais ce n’est pas un redéploiement du Yémen », a néanmoins indiqué un officiel émirati, avant de préciser qu’Abou Dhabi restait engagé au sein de la coalition et qu’il « ne laisserait pas un vide ».

Cette décision aurait été facilitée par les progrès effectués grâce au cessez-le-feu dans la ville portuaire de Hodeida, selon les diplomates occidentaux, permettant de réorganiser le déploiement des troupes émiraties dans un contexte de tensions grandissantes entre l’Iran et les pays du Golfe. « Dans le même temps, les EAU essayent de renforcer les forces locales avec la formation de nouvelles élites comme à Socotra », indique à L’Orient-Le Jour Ahmad Nagi, chercheur non résident au Centre Carnegie du Moyen-Orient, basé à Beyrouth. « Cela ne veut pas forcément dire qu’ils se retirent du pays, mais que c’est une nouvelle manière de contrôler les forces locales », ajoute-t-il. Ce mouvement de troupe pourrait, aussi, être lié aux problèmes auxquels doivent faire face les Émirats dans le sud du Yémen, région stratégique du point de vue d’Abou Dhabi.

Des troubles ont, en effet, eu lieu dans le sud-est du pays avec des affrontements entre la force d’élite de Chabwa, appuyée par Abou Dhabi, et certaines forces locales. Un pipeline et un oléoduc de gaz liquide ont également été attaqués dans la province de Chabwa la semaine dernière, à deux reprises, sans que les auteurs de l’attaque ne soient identifiés.Source de tensions, la présence des EAU dans le sud du Yémen divise de plus en plus. Alors que certains estiment qu’elle permet de sécuriser la région, d’autres la voient comme s’inscrivant dans un projet de soutien aux séparatistes du Sud, ou encore d’expansion de son influence.

À la tête d’une coalition depuis 2015 avec l’Arabie saoudite pour appuyer le gouvernement yéménite contre les houthis soutenus par l’Iran, les Émirats arabes unis sont engagés sur plusieurs fronts. Lancée suite à la demande du président yéménite, Abd Rabbo Mansour Hadi, d’intervenir pour contrer la montée en puissance des rebelles houthis contrôlant alors la capitale Sanaa, la coalition dispose de forces aériennes, de troupes au sol, dont des mercenaires étrangers et des miliciens, pour asseoir son influence. Des troupes saoudiennes ou émiraties sont éparpillées dans la région ; présentes à Aden (Sud-Ouest), dans la province de Chabwa (Sud-Est), dans la ville portuaire d’al-Moukalla ou encore sur l’île de Socotra. Des forces de la coalition émiraties et saoudiennes sont également basées dans la ville portuaire de Hodeida ou encore à Mahra, à la frontière entre le Yémen et Oman. Les deux leaders du Golfe n’ont, toutefois, pas le même agenda. « L’Arabie saoudite est plus intéressée par les provinces de Marib ou de Hadramaout, tandis que les EAU sont plus tournés vers la zone côtière avec al-Moukalla et l’île de Socotra », souligne Ahmad Nagi. « Une zone comme Mahra (Sud-Est) est plus stratégique pour l’Arabie saoudite, car elle représente un moyen alternatif et économique pour transporter du pétrole au lieu de passer par le détroit d’Ormuz par exemple », poursuit-il. Tissant des liens avec les populations locales, Abou Dhabi a, pour sa part, entraîné 60 000 soldats yéménites depuis 2015, mêlant miliciens, d’anciennes forces de sécurité et des membres de tribus, rapportait le quotidien britannique The Independent en février dernier. Les EAU appuient également un grand nombre de factions réparties dans différentes parties du sud du Yémen, telles que le groupe Ceinture de sécurité à Aden, l’élite de Hadramaout ou encore l’élite de Chabwa.

Tissu local

La cible principale des EAU ? L’île de Socotra, située à quelque 350 kilomètres des côtes yéménites, où Abou Dhabi a renforcé sa présence en mai 2018, y envoyant plus d’une centaine de troupes, du matériel militaire et des chars. Prise sans concertation préalable avec le gouvernement yéménite, la décision émiratie a été activement dénoncée par le Premier ministre yéménite, Ahmad ben Dagher, tandis que le ministre émirati des Affaires étrangères, Anwar Gargash, a rappelé qu’Abou Dhabi « a des relations historiques avec les familles et les habitants de l’île de Socotra ».

L’île de Socotra présente des intérêts stratégiques pour les EAU. Offrant une route maritime commerciale supplémentaire en mer d’Arabie, Socotra pourrait également être une installation militaire de plus pour les forces émiraties qui disposent de bases navales dans la Corne de l’Afrique, notamment en Érythrée et au Somaliland. La « normalisation » de la situation, quelques semaines plus tard, avec le gouvernement yéménite amorçant un retrait partiel d’Abou Dhabi de l’île n’a cependant pas calmé les tensions alors que des manifestations ont eu lieu dimanche pour protester contre la présence militaire émiratie. Du côté continental, le sud du Yémen présente également des intérêts commerciaux et militaires pour les EAU. En ce sens, Abou Dhabi cherche à encourager les indépendantistes du Conseil de transition du Sud (CTS), estiment de nombreux observateurs, quitte à mener une politique contradictoire à l’égard du gouvernement central yéménite et de son allié, l’Arabie saoudite. Un Yémen du Sud indépendant « serait plus facile à contrôler pour les EAU qui, à défaut, auraient au moins un certain poids après avoir soutenu ce pays dès le début », indique Ahmad Nagi, soulignant que cette stratégie s’inscrit sur le long terme.

Les velléités sécessionnistes du CTS, devenu acteur à part entière du conflit yéménite, ne trouvent toutefois pas écho dans l’ensemble de la région. Le tissu local peut drastiquement différer d’une province à une autre où les tribus peuvent avoir une importance cruciale. À Mahra, les EAU et le CTS ont recruté des hommes pour former une force d’élite, mais « bien que certaines élites locales soutiennent le CTS, ils ont trouvé ce processus plus difficile que dans d’autres gouvernorats, car les Mahris n’ont pas partagé le même sentiment vis-à-vis d’un État du Sud indépendant du point de vue historique », écrit Brian Perkins, analyste à The Jamestown Foundation, dans un article intitulé « Saudi Arabia and the UAE in al-Mahra : securing interests, disrupting local order and shaping a Southern military ».


Acteur majeur du conflit yéménite, les Émirats arabes unis réduisent le nombre de leurs troupes en évacuant le port d’Aden et la côte ouest du pays, ont affirmé des diplomates occidentaux à l’agence Reuters vendredi dernier. « Il est vrai qu’il y a eu des mouvements de troupe... mais ce n’est pas un redéploiement du Yémen », a néanmoins indiqué un officiel...

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