Liban

Les coupures budgétaires et le malaise au sein de l’armée

Décryptage
22/06/2019

Au sein de l’institution militaire, la frustration est immense. Et elle augmente à mesure que l’on s’approche des séances parlementaires plénières pour le vote du projet de loi sur le budget, qui devraient commencer la semaine prochaine. Hauts officiers, officiers, sous-officiers, simples soldats... À tous les grades l’on se demande s’il y a une volonté occulte de saper le moral de l’armée. Le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, a bien exprimé ce sentiment lorsque, dans un discours prononcé au musée Fouad Chéhab, il avait dénoncé des velléités d’assiéger l’armée. Les propos, peu familiers dans la bouche d’un commandant en chef – surtout lui qui est très peu bavard –, avaient surpris et provoqué une secousse au sein de la classe politique. Mais pas au point de modifier les dispositions du projet de budget relatives aux dépenses de la troupe.C’est pourquoi aujourd’hui, les regards des 80 000 militaires de l’armée et ceux de tous les retraités de cette institution sont braqués sur le Parlement qui a la possibilité de changer certaines dispositions du projet gouvernemental.

Selon une source militaire, l’armée n’est pas opposée à l’idée d’adopter des mesures d’austérité dans les dépenses, même celles qui la touchent directement. Mais il y a deux grandes séries de réserves. D’abord, avant de toucher aux dépenses de l’armée, il faudrait s’être attaqué à toutes les autres sources de gaspillage. Ce qui ne semble pas évident si l’on examine le projet soumis au vote du Parlement. Ensuite, les mesures proposées concernant l’armée sont jugées injustes et inadaptées.

Concernant les autres sources de gaspillage, la source évoque le secteur des télécommunications – que l’on surnommait il y a quelques années « le pétrole du Liban » – dont elle estime qu’il n’a pas été touché par des mesures d’assainissement. Aujourd’hui, tout le monde affirme qu’il ne rapporte plus de recettes au Trésor. Comment se fait-il qu’en quelques années, « le pétrole du Liban » se soit asséché ? La question s’impose d’autant plus que le nombre d’utilisateurs de téléphones portables est passé à 4,5 millions de personnes (dont environ 2 millions de Syriens). Une partie importante d’entre eux achètent des cartes prépayées. Ce qui signifie que l’argent rentre immédiatement dans les caisses avant la consommation.De même au niveau des douanes. Selon les chiffres officiels, le Liban importe 80 % de ses produits de consommation. Comment se fait-il, dans ce cas, que les recettes douanières ne soient pas plus élevées ? C’est que probablement, il y a beaucoup de corruption dans les déclarations douanières. Une autre source de gaspillage pourrait provenir de certains événements organisés par différentes ONG ou associations. Celles-ci reçoivent de l’argent de l’État, s’arrangent pour avoir des sponsors et vendent leurs billets. Tous ces dossiers ont-ils réellement été épluchés avant de toucher aux dépenses de l’armée ? Ce ne sont là que quelques exemples, note la source.

Sur le plan des mesures prévues dans le projet gouvernemental au sujet de l’armée, la source militaire précitée les qualifient d’« injustes ». Par exemple, il a été décidé de fixer les dépenses en nourriture pour chaque soldat à 3 500 LL

par jour, alors qu’elles étaient de 7 500LL. Le soldat qui est au front ou qui est de mission loin de chez lui a donc 3 500 LL par jour pour se nourrir, sachant combien un soldat bien nourri est plus efficace non seulement sur le plan physique, mais aussi sur le plan moral. Une autre mesure prévoit des coupes dans le budget consacré à l’entretien des bâtiments militaires. Si une lampe est grillée, il ne faudrait donc pas la remplacer ? s’insurge la source.

Mais le plus injuste aux yeux des militaires, ce sont les mesures portant sur les 3 % d’impôt sur le revenu qui devraient désormais toucher le salaire de base et tous les autres ajouts, qui sont pratiquement équivalents au salaire de base. D’ailleurs, les salaires ne sont pas élevés au sein de l’armée. Ils commencent à 1 100 000 LL et finissent aux alentours de 6 millions de livres libanaises. Dans chaque salaire, une somme est déduite pour alimenter le Fonds spécial pour les indemnités de fin de service. Où est l’argent ainsi collecté, d’autant que les indemnités de fin de service sont payées par le ministère des Finances ?

De plus, toujours selon la source militaire, on critique l’armée parce qu’elle comporterait trop de généraux dotés de salaires élevés. C’est vrai que l’armée libanaise compte beaucoup de généraux (entre 300 et 320), note la source. Mais pour devenir général, il faut plus de 30 ans de service, et ce n’est qu’à la fin qu’on atteint ce salaire. Dans le projet gouvernemental, il est aussi prévu de bloquer les retraites anticipées pendant trois ans. Le budget étant annuel, comment peut-il instaurer des mesures s’étalant sur trois ans ? se demande la source. Ensuite, si cette décision est maintenue, cela signifiera qu’il y aura encore plus de généraux auxquels il faudra payer des salaires élevés. De plus, en interdisant les retraites anticipées, on bloque tout le système de promotion des officiers. Ce qui est une injustice flagrante pour tous ceux qui servent au sein de l’armée.

On parle enfin de la nécessité de fermer les quelque 136 passages clandestins qui favorisent la contrebande à la frontière libano-syrienne. D’abord, la fermeture de ces passages exige des effectifs et du matériel. Il faut de la surveillance, des interventions directes et une force militaire capable d’empêcher l’ouverture d’autres passages après la fermeture de ceux existants, sachant que la frontière libano-syrienne s’étale sur 360 km. Il s’agit de voir, dans ce contexte, à combien s’élèvent les pertes publiques dues à la contrebande sur les voies de passage terrestres, face aux fuites douanières au port de Beyrouth et autres passages.

Selon la même source, il y aurait encore de nombreux points discutables, mais le plus grave est que toutes ces coupes, décidées sans coordination préalable avec le commandement, sont de nature à saper le moral des soldats. Or le moral est le premier facteur de réussite. Si le Liban bénéficie d’une certaine stabilité aujourd’hui (bien meilleure que celle de nombreux pays alentour), c’est parce que la troupe compte des militaires motivés ayant à cœur de bien servir la nation, assure la source. Les militaires donnent sans compter à la patrie et on veut leur retirer leurs acquis, sans raison valable, poursuit-elle. Juste dans un souci de présenter des chiffres de dépenses publiques réduites aux investisseurs de CEDRE ? Pourtant, la principale condition pour attirer les investisseurs, c’est la sécurité qui entraîne la stabilité, souligne la source.

Les Libanais, qui ont l’expérience des milices et des armées étrangères, ont eux-mêmes compris que l’armée est la colonne vertébrale du Liban car elle traite tous les citoyens à égalité et n’a d’autre allégeance qu’à la patrie, dit encore la source, ajoutant : Est-ce pour cette raison qu’on cherche à l’affaiblir en la démoralisant ?

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Irene Said

"...on cherche à affaiblir l'armée en la démoralisant...?"

Vous pensez vraiment que nos responsables ont de telles idées en tête ?

Mais ils sont trop bornés pour être capables d'élaborer de telles subtilités intellectuelles !

Chez eux, un seul neurone est en action:

comment plumer financièrement ceux qui ne peuvent leur échapper, comme l'Armée Libanaise (...3'500.- LL par jour pour leur nourriture...quelle honte !!!)
et ainsi éviter d'être privés eux-mêmes de tous les avantages financiers acquis grâce à la corruption généralisée depuis des années !

Sommes-nous encore une nation digne de ce nom...ou une entreprise financière lucrative pour une poignée de soi-disant responsables ?
Irène Saïd



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