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Liban

Le chef de la municipalité de Hadeth défend l’appel à ne pas vendre à des non-chrétiens

Polémique

La position de la municipalité s’inscrit « dans le cadre de l’entente parrainée par Michel Aoun et Hassan Nasrallah pour préserver la diversité du littoral du Metn-Sud », souligne Hikmat Dib.


21/06/2019

Le président du conseil municipal de Hadeth, Georges Aoun, a défendu hier, dans une déclaration à L’Orient-Le Jour, son appel à ne pas vendre ou louer des biens à des musulmans, assurant qu’il visait à « préserver la coexistence nationale » car les chiites sont devenus majoritairement propriétaires dans cette localité à majorité chrétienne à l’origine.

Le dossier du changement démographique à Hadeth, dans le caza de Baabda, est un serpent de mer. Avant le début de la guerre civile, la région allant de Hadeth jusqu’à l’aéroport, en passant par Haret Hreik et Mreijé, était à prédominance chrétienne. Depuis la fin de la guerre en 1990, des investisseurs chiites proches du Hezbollah s’intéressent à cette région et y achètent des terrains, notamment pour désengorger la banlieue sud limitrophe densément peuplée. En 2010, la municipalité nouvellement élue avait déjà lancé une campagne d’affichage dans la localité avec le message suivant : « Ne vends pas ton terrain, la municipalité ne signera pas. »

La polémique a rebondi il y a trois jours, quand un internaute, Mhammad Awwad, a publié un message sur sa page Facebook expliquant qu’alors qu’il cherchait à louer un appartement à Hadeth, la propriétaire du bien immobilier lui a demandé s’il était chrétien ou musulman. Une question qu’elle a justifiée en expliquant que « la municipalité nous interdit de louer à des musulmans ». M. Awwad a dès lors appelé la municipalité, qui lui a confirmé l’information sans donner plus d’explications.

Ce message a enflammé les réseaux sociaux et fait rebondir la polémique sur la politique de la municipalité de Hadeth. Mardi soir, le président de la municipalité a confirmé, à de multiples médias, la position de la municipalité.

Hier matin, la ministre de l’Intérieur, Raya el-Hassan, a exprimé son rejet de « tout discours interdisant à une partie des Libanais d’habiter dans un endroit en particulier ». « J’ai pris connaissance des déclarations du président du conseil municipal de Hadeth. Je demanderai au mohafez du Mont-Liban de l’interroger sur ces propos. Si cette décision venait à être confirmée, nous demanderons à M. Aoun de revenir sur ces mesures anticonstitutionnelles », a ajouté Mme Hassan qui s’exprimait sur la chaîne LBCI.

« Nous respectons la position et le rôle de Mme Hassan, qui est également animée par le souci de la coexistence. Notre décision s’inscrit dans le même cadre », a réagi Georges Aoun, interrogé par L’OLJ.

« Contre le changement démographique »

« Hadeth est historiquement une localité chrétienne, explique M. Aoun. Entre 1990 et 2010, les chiites sont devenus propriétaires de 60 % des terrains de Hadeth. Aujourd’hui, nous appelons les chrétiens à préserver les 40 % des biens restants qu’ils possèdent. Nous leur demandons et les encourageons à rester dans la localité et à ne pas quitter le Liban. Cette décision vise à préserver la coexistence, conformément à la Constitution, et l’intérêt national qui en découle. Nous nous battons contre le changement démographique. »

« Depuis que notre équipe est entrée en fonctions en 2010 à l’issue des dernières élections municipales, nous avons effectué des campagnes pour encourager les chrétiens de Hadeth à rester dans la localité, ajoute M. Aoun. Lorsque nous apprenons qu’un terrain ou un bien immobilier s’apprête à être vendu, nous essayons de connaître l’identité de l’acheteur. Tout cela se déroule de manière apaisée, et avec le soutien de l’ensemble des habitants. »

Le président du conseil municipal de Hadeth prend l’exemple de la colline de Warwar, « achetée par des chiites fortunés ». « Après plus de trois ans de concertations avec les notables de la localité, ces terres ont été rétrocédées à la municipalité », indique-t-il.

M. Aoun balaie également les accusations de racisme qui ont notamment fleuri sur les réseaux sociaux. « C’est une accusation infondée, insiste-t-il. Nous sommes tout sauf racistes. Au contraire, nous faisons cela pour préserver la coexistence entre les communautés. » Il affirme dans ce cadre bénéficier du soutien du chef de l’État, Michel Aoun, du président du Parlement, Nabih Berry, et du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. « M. Berry m’a affirmé que lui aussi essaie d’encourager les chrétiens à ne pas quitter leurs terres », assure M. Aoun.

Dans la journée, Hikmat Dib, député CPL de Baabda, a écrit sur son compte Twitter que « ce que fait la municipalité de Hadeth entre dans le cadre de l’entente parrainée par Michel Aoun et Hassan Nasrallah pour préserver la diversité du littoral du Metn-Sud ».

« Problème politique et non confessionnel »

L’affaire de Hadeth remet sur le tapis la crainte exprimée par les rues de certaines régions chrétiennes et druzes au sujet de l’expansion démographique, et donc militaire, du Hezbollah vers ces régions. Il suffit de rappeler dans ce cadre l’affaire de Debbiyé, village chrétien du Chouf. Au cours de la dernière décennie, un homme d’affaires maronite, Robert Moawad, avait acheté un terrain avec l’intention initiale de préserver le cachet chrétien de la région, mais il a fini par le vendre au richissime homme d’affaires chiite Ali Tajeddine, que certains considèrent comme étant le « paravent financier » du Hezbollah. Ce dernier voulait édifier un complexe résidentiel sur ce terrain. Il avait alors demandé que le coefficient d’exploitation du terrain soit amendé à cet effet. Son projet a toutefois réveillé les sensibilités confessionnelles des chrétiens et des druzes du Chouf, qui redoutaient d’être « envahis » et de voir s’établir une « continuité démographique chiite » à coloration politique particulière (le Hezbollah) entre la banlieue sud et Naqoura.

Si le leader du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, s’était alors fortement opposé au projet de Tajeddine à Debbiyé, en raison « du projet politique » du Hezbollah qui se cachait derrière, le PSP a sévèrement critiqué la prise de position du président du conseil municipal de Hadeth. De sources proches du parti ont affirmé à L’OLJ que « le président du conseil municipal n’a pas à prendre de telles décisions anticonstitutionnelles », estimant que « c’est une façon de créer une discorde entre les communautés ». « D’ailleurs, M. Aoun appartient à une partie politique (Courant patriotique libre) qui a des précédents dans ce sens et qui a consacré la haine et la xénophobie », fait-on remarquer des mêmes milieux.

Selon ces sources, « le problème est d’ordre politique et non confessionnel ». « Si le chef de l’État ne couvrait pas les armes du Hezbollah, nous n’aurions pas vécu ces tensions aujourd’hui, ajoutent-elles. Le changement démographique est dû à un projet politique financé par l’Iran et non aux fortunes personnelles des chiites, sachant que l’Église maronite n’a pas joué un rôle pour protéger ces régions. Le changement démographique a commencé à avoir lieu après l’accord de Mar Mikhaël et la guerre de 2006, puisque la banlieue sud a été entièrement détruite par les offensives israéliennes et les habitants ont dû être relocalisés. »

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Yves Prevost

Effectivement, sans l'accord contre nature de Mar Mkhayel et le soutien du CPL aux armes illégales du Hezbollah, tous ces problèmes n'existeraient pas.

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