Liban

Le chef de la municipalité de Hadeth défend l'appel à ne pas vendre à des non-chrétiens

La ministre de l'Intérieur met en garde contre "tout discours interdisant à une partie des Libanais d'habiter dans un endroit en particulier".

Le président de la municipalité de Hadeth, Georges Aoun (au centre) aux côtés d'Ali Ammar, député du Hezbollah (à gauche) et Ali Bazzi, député du mouvement Amal (à droite), lors d'une réunion à Hadeth, le 2 février 2018. Photo d'archives OLJ

Le président de la municipalité de Hadeth, Georges Aoun, a défendu jeudi, dans une déclaration à L'Orient-Le Jour, son appel à ne pas vendre ou louer des biens à des musulmans, assurant qu'il visait à "préserver la coexistence nationale" car les chiites sont devenus majoritairement propriétaires dans cette localité à majorité chrétienne à l'origine.

Le dossier du changement démographique à Hadeth, dans le caza de Baabda, est un serpent de mer. Avant le début de la guerre civile, la région allant de Hadeth jusqu’à l’aéroport était à prédominance chrétienne. Depuis la fin de la guerre civile, des investisseurs chiites s'intéressent à cette région et y achètent des terrains, notamment pour désengorger la banlieue sud limitrophe densément peuplée. En 2010, la municipalité nouvellement élue avait déjà lancé une campagne d'affichage dans la localité avec le message suivant : "Ne vends pas ton terrain, la municipalité ne signera pas".

La polémique a rebondi il y a deux jours, quand un internaute, Mhammad Awwad, a publié un message sur sa page Facebook dans lequel il explique qu'alors qu'il cherchait à louer un appartement à Hadeth, la propriétaire du bien immobilier lui a demandé s'il était chrétien ou musulman. Une question qu'elle a justifiée en expliquant que "la municipalité nous interdit de louer à des musulmans". M. Awwad a dès lors appelé la municipalité, qui lui a confirmé l'information sans donner plus d'explications.




Ce message a enflammé les réseaux sociaux et fait rebondir la polémique sur la politique de la municipalité de Hadeth.

Mardi soir, le président de la municipalité a confirmé, à de multiples médias, la position de la municipalité.

Jeudi matin, la ministre de l'Intérieur, Raya el-Hassan, a exprimé son rejet de "tout discours interdisant à une partie des Libanais d'habiter dans un endroit en particulier". "J'ai pris connaissance des déclarations du président de la municipalité de Hadeth. Je demanderai au mohafez du Mont-Liban de l'interroger sur ces propos. Si cette décision venait à être confirmée, nous demanderons à M. Aoun de revenir sur ces mesures anticonstitutionnelles", a ajouté Mme el-Hassan qui s'exprimait sur la chaîne locale LBCI. 

"Nous respectons la position et le rôle de Mme el-Hassan, qui est également animée par le souci de la coexistence. Notre décision s'inscrit dans le même cadre", réagit Georges Aoun, interrogé par L'Orient-Le Jour.



(Pour mémoire : Hadeth résiste difficilement aux « visées immobilières » du Hezbollah)



"Contre le changement démographique"
"Hadeth est historiquement une localité chrétienne. Entre 1990 et 2010, les chiites sont devenus propriétaires de 60% des terres de Hadeth. Aujourd'hui, nous appelons les chrétiens à préserver les 40% des biens restants qu'ils possèdent", explique M. Aoun. "Nous leur demandons et les encourageons à rester dans la localité et à ne pas quitter le Liban", ajoute-t-il. "Cette décision vise à préserver la coexistence, conformément à la Constitution, et l'intérêt national qui en découle. Nous nous battons contre le changement démographique", assure encore le président de la municipalité.

"Depuis que notre équipe est entrée en fonction en 2010 à l'issue des dernières élections municipales, nous avons effectué des campagnes pour encourager les chrétiens de Hadeth à rester dans la localité. Lorsque nous apprenons qu'un terrain ou un bien immobilier s'apprête à être vendu, nous essayons de connaître l'identité de l'acheteur. Tout ceci se déroule de manière apaisée, et avec les soutiens de l'ensemble des habitants", explique M. Aoun.

Le président de la municipalité de Hadeth prend l'exemple de la colline de Warwar, "achetée par des chiites fortunés". "Après plus de trois ans de concertation avec les notables de la localité, ces terres ont été rétrocédées à la municipalité", indique Georges Aoun.

Le président de la municipalité balaie également les accusations de racisme qui ont notamment fleuri sur les réseaux sociaux. "C'est une accusation infondée. Nous sommes tout sauf racistes. Au contraire, nous faisons cela pour préserver la coexistence entre les communautés", souligne M. Aoun, qui affirme bénéficier du soutien du président Michel Aoun, du président du Parlement Nabih Berry et du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. "M. Berry m'a affirmé que, lui aussi, essaye d'encourager les chrétiens à ne pas quitter leurs terres", assure le chef de la municipalité de Hadeth. 

Dans la journée, Hikmat Dib, député CPL de Baabda, a écrit sur son compte Twitter que "ce qui fait la municipalité de Hadeth entre dans le cadre de l'entente parrainée par Michel Aoun et Hassan Nasrallah pour préserver la diversité du littoral du Metn-Sud".



Pour mémoire

Hadeth dans l’œil du cyclone... du Hezbollah



Le président de la municipalité de Hadeth, Georges Aoun, a défendu jeudi, dans une déclaration à L'Orient-Le Jour, son appel à ne pas vendre ou louer des biens à des musulmans, assurant qu'il visait à "préserver la coexistence nationale" car les chiites sont devenus majoritairement propriétaires dans cette localité à majorité chrétienne à l'origine.

Le dossier du...

commentaires (3)

Entre encourager et forcer à rester il y a une différence. Et puis l’autre qui compare l’incomparable. Israelien et palestinien c’est un groupe de peuple contre un autre. Ici on parle d'échange de biens et services entre Ça commence par l’immobilier à hadeth et ça peut s’étendre à tous les domaines dans toutes les régions ce genre d’idéologie discriminatoire. C’est très dangereux. Et sur le marché du travail? Il faut aussi de la discrimination pour protéger les status-quo? Vous êtes donc pour la mention de la religion sur le passport ou la carte d’identité c’est ça?

Chady

07 h 40, le 21 juin 2019

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Commentaires (3)

  • Entre encourager et forcer à rester il y a une différence. Et puis l’autre qui compare l’incomparable. Israelien et palestinien c’est un groupe de peuple contre un autre. Ici on parle d'échange de biens et services entre Ça commence par l’immobilier à hadeth et ça peut s’étendre à tous les domaines dans toutes les régions ce genre d’idéologie discriminatoire. C’est très dangereux. Et sur le marché du travail? Il faut aussi de la discrimination pour protéger les status-quo? Vous êtes donc pour la mention de la religion sur le passport ou la carte d’identité c’est ça?

    Chady

    07 h 40, le 21 juin 2019

  • Encore une déclaration qui va enflammer un peu plus notre pays qui brûle déjà de toutes les discordes possibles: politiques et religieuses. Décidément, les Libanais ne retiennent jamais les leçons du passé ! Les seules choses qu'ils ont retenues sont la corruption, le mensonge et la vantardise. Irène Saïd

    Irene Said

    15 h 06, le 20 juin 2019

  • BUT DE CERTAINS : CHANGEMENT DEMOGRAPHIQUE DANS LE PAYS EN SUIVANT L,EXEMPLE DE CEUX QUI ONT ACHETE LA PALESTINE PUIS CHASSE LES PALESTINIENS. CANTONS ICI ET MAINTENANT POUR PRESERVER L,UNITE DU PAYS !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    14 h 05, le 20 juin 2019