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Moyen Orient et Monde

Des manœuvres politiques derrière les incendies dans le Nord-Est syrien

Éclairage
Noura DOUKHI | OLJ
13/06/2019

« Nous demandons à la coalition internationale d’intervenir pour éteindre les incendies en utilisant des avions spéciaux. ». Salmane Bardo, responsable kurde de l’autorité en charge de l’agriculture, a dès lundi appelé à l’aide la coalition internationale antijihadistes menée par les États-Unis pour mettre un terme aux incendies qui ravagent certains champs de blé dans le nord-est de la Syrie. Depuis le début du mois de mai, de nombreux incendies ravagent des dizaines d’hectares de champs de blé dans cette région, aujourd’hui tenue par les Kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS) qui, après avoir collaboré avec la coalition internationale menée par les États-Unis pour chasser l’État islamique (EI) de la zone, en occupent d’importants pans.

Certains de ces incendies sont causés par les conditions climatiques difficiles, comme les températures particulièrement élevées ainsi que d’autres facteurs. « Plusieurs de ces incendies peuvent être imputés à la mauvaise gestion des ressources en eau, la mauvaise qualité du carburant des tracteurs et la négligence des agriculteurs locaux », explique Nicholas Heras, chercheur au Centre pour une nouvelle sécurité américaine (CNAS) et expert des questions de sécurité au Moyen-Orient, interrogé par L’Orient-Le Jour.

Une bonne partie d’entre eux seraient cependant d’origine criminelle. L’EI en a ainsi revendiqué plusieurs, notamment dans les localités de al-Qahtaniya et Tal Kujar, et dans les environs de Hassaké. Le régime syrien serait également à l’origine de certains incendies. « Des feux ont été volontairement déclenchés par l’EI et par des agents de Bachar el-Assad », indique Nicholas Heras.

Le régime syrien, qui entretient des rapports tendus avec les autorités kurdes, viserait ainsi à accroître la pression sur la population pour faciliter le retour de ces régions dans son giron.

Pour Julien Theron, enseignant à Sciences Po et chercheur au Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep Paris), la stratégie poursuivie par l’EI est de maintenir un statu quo instable dans la zone. « Toujours présent dans la clandestinité dans le nord-est de la Syrie, l’EI tente de déstabiliser l’entité autonome kurde. Incendier des champs est une manière comme une autre de créer de l’insécurité et de pousser les populations locales à partir », indique le spécialiste.


La production de blé en danger
Ces incendies mettent en danger les agriculteurs locaux, dépourvus de leurs moyens de subsistance. Ils se voient ainsi obligés de négocier avec les autorités syriennes ou les autorités kurdes en compétition pour qu’elles achètent leur production de blé. « Le régime Assad et les FDS ont tous deux besoin de blé pour nourrir les populations qui sont sous leur contrôle », explique Nicholas Heras. « Cette crise pourrait en fait inciter les agriculteurs qui n’ont pas encore vendu leurs récoltes à négocier rapidement avec ces deux camps afin de tirer quelques bénéfices de leur travail », poursuit-il.

Le blé dans le nord-est du pays est un enjeu majeur pour ces deux camps, en particulier pour le régime syrien qui contrôle une population beaucoup plus importante. Or, cette région était le grenier à blé de la Syrie avant 2011. Elle fournissait en effet plus de 50 % de la production de céréales et 80 % de la production de coton.

« Ces terres sont essentielles au ravitaillement et donc à la paix sociale, c’est le grenier à blé du pays, et le régime a besoin de ces céréales pour garantir la paix sociale. Mettre la main sur ce blé permet à Damas d’éviter les contestations sociales et de maintenir son autorité sur les régions qu’il contrôle », explique Matthieu Brun, doctorant en sciences politiques à Sciences Po Bordeaux et au laboratoire « Les Afrique dans le monde » (CNRS), contacté par L’OLJ.

Le contrôle du blé dans le Nord-Est syrien semble, pour le moment, profiter au régime. « Bachar el-Assad a lancé une guerre du blé en augmentant son prix d’achat, ce qui rend difficile pour les autorités kurdes, même avec le soutien dont elles bénéficient, de s’aligner. Les agriculteurs, dans une réelle précarité après des années de conflits et de sécheresse, vont vendre leur production au plus offrant », conclut Matthieu Brun.



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