La Dernière

Zombies, fantômes... Les films de genre hantent le tapis rouge

Cinéma / Festival de Cannes
OLJ
23/05/2019

Des zombies, des fantômes, des récits futuristes et dystopiques : de l’Américain Jim Jarmusch à la Franco-Sénégalaise Mati Diop, le cinéma de genre vient hanter cette année le Festival de Cannes, avec du fantastique revisité par le cinéma d’auteur. « Il y a une certaine prédominance du cinéma de genre », même si cela est « parfois masqué, pas toujours au premier plan, mais resurgissant quand on ne l’attend pas », avait prévenu Thierry Frémaux lors de l’annonce de la sélection, soulignant que les auteurs avaient besoin de « se régénérer » avec ce type de cinéma.

Dès le film d’ouverture, le ton était donné : The Dead Don’t Die de Jarmusch propose un voyage au pays des zombies, dans lequel une communauté se retrouve attaquée par des morts sortis de leurs tombes. Un récit très référencé, portant aussi un message politique sur la surconsommation et la catastrophe écologique qui guette. Le cinéaste n’a d’ailleurs pas manqué de rendre hommage à l’une des références du genre, George Romero, auteur de Night of the Living Dead. Une source d’inspiration, car il a « véritablement changé l’idée que l’on se fait des zombies et des monstres » qui deviennent, avec lui, une menace venant « de l’intérieur » de la société.

Dans la sélection parallèle de la Quinzaine des réalisateurs qui, elle, mettait à l’honneur dès le premier jour le maître de l’horreur et du fantastique John Carpenter, les zombies ont été également présents, mais d’une manière totalement différente dans Zombi Child de Bertrand Bonello. Revenant aux origines du mot, le film raconte l’histoire d’un homme « zombifié » à Haïti – selon les croyances vaudoues, c’est-à-dire un mort victime d’un sortilège l’ayant ramené à la vie – et de sa petite-fille, hantée par cette histoire 55 ans plus tard en région parisienne.

Les fantômes, eux aussi, ont été convoqués, notamment dans Atlantique de Mati Diop, une fable à Dakar, à la fois politique et onirique, dans laquelle les migrants morts en mer reviennent hanter les vivants. Un film sur « l’envoûtement et l’idée que les fantômes prennent naissance en nous », selon sa réalisatrice. Le fantastique a « toujours été un genre qui marchait par cycles », explique Frank Lafond, auteur d’un dictionnaire du cinéma fantastique et de science-fiction. « À certaines périodes, il y a quelque chose dans la société qui fait que ce genre-là rencontre un écho chez le spectateur », avec « une possibilité de discours politique ». Le fantastique est également « un bon moyen pour des réalisateurs qui sont plutôt dans le film d’auteur d’acquérir une sorte de liberté, à la fois thématique et formelle », poursuit-il.

Des récits d’anticipation dans des mondes qui n’ont rien d’utopique sont aussi venus envahir le tapis rouge, tel celui décrit par l’Autrichienne Jessica Hausner dans Little Joe, dans lequel la manipulation génétique a pris le dessus. Ou celui que décrivent les Brésiliens Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles dans Bacurau, mélange de western et fantastique, dans lequel un village est mystérieusement rayé de la carte. Le polar et les films de gangsters ne sont pas en reste, avec notamment Le Lac des oies sauvages du Chinois Diao Yinan et Les Siffleurs du Roumain Corneliu Porumboiu, qui revisitent les classiques du genre avec des trouvailles de mise en scène. Ou encore le thriller dans Parasite du Sud-Coréen Bong Joon-ho, qui mêle drame réaliste, comédie et « thriller horrifique », selon ses mots.

« Cette incursion du genre dans les films, c’est quelque chose qui a à voir avec le cinéma et la création aujourd’hui », souligne Philippe Rouyer, critique au magazine de cinéma Positif. « Il y a des gens qui font partie du cinéma d’auteur qui vont utiliser le genre d’une manière ou d’une autre pour nourrir leur création. C’est une très bonne nouvelle, poursuit-il. Toutes les pudeurs, aujourd’hui, sont tombées. »

Sophie LAUBIE / AFP

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