Rencontre

Fouad Fakhouri : Ne jamais croire qu’on est arrivé au sommet du savoir

Le chef d’orchestre libanais, au magnétisme envoûtant, est de retour au pupitre de l’Orchestre philharmonique du Liban. L’occasion idéale pour retracer son parcours et sa vision de la musique savante.

Fouad Fakhouri, un chef d’orchestre magnétique.

« Il est toujours à la recherche du son parfait », confie l’un des musiciens de l’Orchestre philharmonique du Liban (OPL) à l’issue d’une dernière répétition avant concert. En effet, Fouad Fakhouri traduit avec délicatesse la moindre intention des compositeurs dont il dirige les œuvres. Et avec une énergie indomptable, il transporte son auditoire dans des imaginaires nouveaux puisant aux profondeurs de l’inconscient. Cet expert des harmonies fines détient l’art de construire une scène, de faire vivre les instruments et de donner à chaque musicien la place qui lui convient dans l’ensemble. Il réunit le sentimentalisme et la poésie sensuelle d’une part, la méticulosité et l’élégance de l’autre. Des qualités qui ont caractérisé des figures de géants de la musique savante. Retour sur les moments-clés de la carrière prolifique d’un chef d’orchestre, au sens le plus vrai du terme, comme il n’en existe presque plus au Liban.

Issu d’une famille de musiciens professionnels, il est le petit-fils du compositeur libanais Joseph Fakhouri et le fils de Kifah Fakhouri, ancien directeur du Conservatoire national jordanien. « Je n’avais donc pas trop le choix que d’apprendre la musique », estime-t-il. À trois ans, il joue ses premières notes au violon. Deux ans plus tard, il se tournera vers le piano. Mais, comme disait Boileau, « chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs » : à l’adolescence, le désir de pouvoir profiter pleinement de sa jeunesse le pousse à se rebeller contre l’autorité de ses parents en décidant d’arrêter ses études musicales. Et son professeur de piano était parfaitement d’accord, lui qui répétait constamment au père du chef d’orchestre : « Votre fils est en train de vous faire perdre votre temps et votre argent. »

Sous le signe de Pavarotti et Dave Brubeck

Malgré tout, ses parents refusent de baisser les bras et c’est ainsi que le déclic se produit. Le jeune homme découvre la voix de stentor la plus populaire du XXe siècle, celle de Pavarotti. « J’étais abasourdi par sa voix merveilleuse au timbre d’une éblouissante clarté. » Et c’est, aussi, en écoutant les improvisations jazz de Dave Brubeck, le célèbre compositeur de Take Five, sur des thèmes de Bach que surgit chez lui l’idée de devenir musicien. « Le hasard a voulu que je devienne, plus tard, ami avec Chris Brubeck (le fils du compositeur américain) et que je dirige trois de ses compositions. » Son baccalauréat en poche, il opte sans hésitation pour la musique. Il part étudier à West Texas State University, d’où il sortira quatre ans plus tard, avec une licence en théorie musicale et composition. Il perfectionne ensuite son talent à la Penn State University, où il décroche, au bout de trois ans, son master en composition, mais également un autre en direction d’orchestre. Car il ne voulait pas passer toute sa vie « enfermé dans une salle à composer derrière un piano », dit ce compositeur pour qui « le contact avec les musiciens reste primordial ». Élevé dans une famille qui considère, à l’instar de Mandela, que l’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde, Fouad Fakhouri décide de poursuivre ses études doctorales à l’University of North Texas, l’une des plus importantes universités de musique aux États-Unis. Il y composera un concerto pour violoncelle et orchestre qui sera joué une première fois aux États-Unis et une autre fois en Bulgarie. Très reconnaissant envers ses professeurs, le docteur en musique tient à rendre hommage à deux d’entre eux : « Le Dr Krause, mon professeur de théorie et d’histoire de la musique, qui nous a appris à nous acquitter de notre responsabilité en tant que garants de la musique savante en imposant une discipline de fer, et le Dr Phil Wensor, l’un des pionniers de la musique électronique et mon maître de thèse de doctorat, qui, à travers la maïeutique, m’a prouvé que les meilleurs professeurs sont ceux qui, par le biais de questionnements, laissent les étudiants trouver eux-mêmes les réponses. »

À vingt-sept ans, le jeune diplômé tente sa première et unique expérience d’enseignement à la Penn State University avant de renoncer à une carrière de professeur universitaire, car ce qui lui tient à cœur, c’est le monde orchestral. Après de longues années d’auditions et de répétitions, il est nommé à la tête de l’orchestre de North Carolina. Un poste qu’il occupera pendant dix ans avant de devenir le directeur musical de deux autres orchestres : Saginaw Bay Symphony Orchestra à Michigan et Wichita Falls Symphony Orchestra au Texas. Fort de son expérience avec ces grands orchestres, il retourne dans son pays d’origine, où il regrette cependant « l’absence de vision et de structure hiérarchique dans l’Orchestre philharmonique du Liban ». Et de donner l’exemple des deux orchestres qu’il a dirigés aux États-Unis, où une stratégie musicale est établie sur plusieurs années afin d’assurer « la qualité de la musique interprétée, l’épanouissement musicale des instrumentistes et la diversification des répertoires joués ». Par ailleurs, le niveau de ce vivier musical oscille, selon lui, d’une année à l’autre. En effet, Fouad Fakhouri note que « le choix des nouveaux musiciens ou bien ceux occupant des positions-clés doit se faire suite à un ensemble d’auditions à l’aveugle afin de placer la bonne personne au bon endroit, chose qui ne se fait pas au Liban ». Et d’ajouter : « Il y a cinq ans, le sérieux et la discipline dans les rangs de l’orchestre étaient beaucoup plus au rendez-vous. » Le musicien libanais indique cependant que « cela ne veut en aucun cas dire que l’OPL n’est pas en train de progresser et de jouer de belles musiques, mais il y a toujours du pain sur la planche ».

Trois conseils

En guise de conclusion, Fouad Fakhouri adresse trois conseils à la communauté musicale libanaise. Aux chefs d’orchestre : « Premièrement, il faut toujours continuer à apprendre et ne jamais croire qu’on est arrivé au sommet du savoir. Et ceci en cherchant continuellement ses faiblesses afin de les combler. Deuxièmement, la connaissance musicale est primordiale pour diriger un orchestre et savoir ce que l’on fait. Troisièmement, il faut savoir ce que l’on veut et éviter de prétendre qu’on peut diriger tout genre d’orchestre. » Aux musiciens de l’OPL : « Entraînez-vous, jouez de la musique de chambre et apprenez à vous écouter. » Au public : « Continuez à assister aux concerts. Vous êtes la preuve qu’il existe toujours des gens cultivés qui apprécient la musique classique au Liban. On se revoit le 14 juin pour un deuxième et avant-dernier concert de cette saison. »


« Il est toujours à la recherche du son parfait », confie l’un des musiciens de l’Orchestre philharmonique du Liban (OPL) à l’issue d’une dernière répétition avant concert. En effet, Fouad Fakhouri traduit avec délicatesse la moindre intention des compositeurs dont il dirige les œuvres. Et avec une énergie indomptable, il transporte son auditoire dans des...

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