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Moyen Orient et Monde

La solution en Libye ne va pas se jouer en Europe, mais à Washington

Interview express
11/05/2019

Jalel Harchaoui, chercheur à l’institut Clingendael aux Pays-Bas, spécialiste en géopolitique du Moyen-Orient et plus précisément de la Libye, répond aux questions de L’Orient-Le Jour sur les enjeux de la visite cette semaine du chef du gouvernement libyen d’union nationale (GNA) Fayez al-Sarraj en Europe, où il a rencontré la chancelière allemande, le président français et le président du Conseil italien, plus d’un mois après le début de l’offensive militaire des troupes du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est libyen, pour prendre le contrôle de Tripoli.


Quels enseignements Sarraj peut-il tirer de ces rencontres ?

Il a sûrement compris que la France ne va pas changer d’un iota sa position. La France a toujours abordé la Libye à travers un prisme extrêmement idéologique influencé par les Émirats arabes unis et l’Égypte. Par conséquent, étant donné que Paris n’est pas affecté par les répercussions des détériorations sécuritaires en Tripolitaine, les autorités françaises ne vont pas changer leur opinion. La France est détachée de la réalité tripolitaine. Elle ne comprend pas pourquoi Sarraj vient à Paris. La France ne comprend pas pourquoi on lui reproche de soutenir le maréchal Haftar. Elle considère vraiment que tout le monde devrait penser que sa position est neutre. Paris est entièrement idéologisé sur ce dossier-là, tout en étant sincère dans sa croyance que l’option militaire va porter ses fruits d’une manière bénéfique et constructive dans les mois qui viennent. La France ne va rien changer à sa position car sa position est trop enracinée.



(Lire aussi : A l'entrée du ramadan, la Libye plus que jamais embourbée dans le chaos)



Qu’en est-il de l’Italie et l’Allemagne, dont Sarraj a rencontré les leaders ?

L’Allemagne et l’Italie ne peuvent pas se permettre d’être complètement divergentes avec Paris. Les Pays-Bas suivent l’Allemagne et la France, donc à partir du moment où l’Allemagne s’aligne sur Paris, il n’y a plus grand-chose à voir en Europe. L’Italie est très seule, elle sait très bien que la Grande-Bretagne qui a habituellement une attitude similaire à la sienne sur le dossier libyen est en train de se noyer dans son Brexit.

L’Italie est un peu coincée dans le sens où elle subit déjà les conséquences néfastes de ce que le maréchal Haftar a initié en Tripolitaine en termes de risques migratoires et en termes de perturbations d’exportations d’hydrocarbures. Même si l’Italie est consciente que cela va mal pour ses intérêts, elle ne peut pas se permettre d’un point de vue officiel de lancer une diplomatie qui soit à l’encontre de celle des autres pays européens. Rome a conscience qu’il y a un grand élan international en faveur de l’offensive militaire de Haftar, donc il ne peut pas être à contre-courant. Donc d’un point de vue officiel, l’Italie se montre sympathique avec Haftar, car c’est semble-t-il lui qui va gagner. Mais dans la clandestinité, peut-être que l’Italie va venir honorer ses pactes militaires avec Misrata et Tripoli et retarder ainsi la victoire de Haftar.



(Lire aussi : En Libye, les habitants de Tripoli abordent le ramadan les poches désespérément vides)



Alors, que peut bien espérer Sarraj de la communauté internationale ?

La communauté internationale est très brouillonne dans sa politique. Le grand espoir de Haftar est que cette politique brouillonne continue sur le terrain afin de recueillir un soutien international grâce à sa violence accrue. Il faut regarder vers les autres pôles d’influence que sont la Maison-Blanche et ceux qui sont capables de dépenser de l’argent, ceux qui sont capables de contourner l’embargo sur les armes, donc les États du Golfe. Selon moi, cela ne va pas se jouer en Europe. Cela va se jouer à Washington. L’administration Trump est dans l’interrogation en ce moment. Tout ce qu’on sait, c’est que le 15 avril, le président des États-Unis a caractérisé la campagne de Haftar de lutte contre le terrorisme, ce qui est une bénédiction. Mais depuis, rien n’a été dit. Les autres politiques qui sont plutôt pro-Tripoli sont en place officiellement. Le Pentagone considère officiellement encore Tripoli comme son partenaire. Washington est entre deux chaises, il cherche son camp. Il y a donc beaucoup de lobbying en ce moment. Donc si Sarraj fait du lobbying à Washington, ce qu’il fait, cela peut porter ses fruits et adoucir la position pro-émiratie de Trump.



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