Le constat est terrifiant. Le pays du Cèdre compte 1 350 carrières illégales et 950 dépotoirs sauvages. Avec sa centaine de fonctionnaires et un budget annuel de 9 millions de dollars seulement, le ministère de l’Environnement garde pourtant espoir de changer les choses. Avec l’aide de la Banque mondiale et des Nations unies, il a ouvert hier les travaux de la Conférence de Beyrouth pour l’environnement 2019, sur le thème « Une chance pour le Liban », destinée à mener le combat contre la pollution à un niveau supérieur. Un événement qui s’est déroulé à l’hôtel Hilton Habtoor sous le patronage du chef de l’État, au cours duquel la représentante de l’Union européenne, l’ambassadrice Christina Lassen, a insisté sur l’importance de l’économie verte, la nécessité d’identifier les priorités et de privilégier un partenariat entre les deux secteurs public et privé.
En relatant la réalité libanaise sous tous ses aspects, le ministre de l’Environnement Fady Jreissati n’a pas mâché ses mots. « Nos fleuves, notre air et notre mer sont pollués. Mais le Liban est notre patrie définitive et nous n’en avons aucune autre de rechange, a-t-il martelé. Notre seul choix est donc de faire face et de donner au pays sa chance, en transformant ses déchets d’une malédiction en une industrie créatrice d’emplois. »
Le nouveau ministre caresse d’ambitieux projets pour l’environnement. Il veut d’abord transformer son ministère en un ministère souverain. Il veut aussi privatiser le secteur des déchets et parle déjà de lancer des appels d’offres. « Nous pourrions ainsi appliquer la décentralisation prévue par la loi 80/2018, de sorte que chaque région traite ses propres déchets, en commençant par appliquer le tri à la source », a-t-il promis. M. Jreissati n’a pas manqué de dénoncer par le fait même « ces carrières qui défigurent nos montagnes, abattent nos arbres et polluent nos nappes phréatiques », faisant part de sa volonté d’interdire les carrières sur l’ensemble du territoire, tout en ouvrant la voie à l’importation de sable. Il ambitionne aussi de trouver une solution à la pollution des transports, aux eaux usées qui se déversent dans les fleuves et la mer. Pour ce faire, il a invité le chef de l’État Michel Aoun à amender la Constitution, comme l’ont fait nombre de pays, afin « d’adopter une charte nationale de l’environnement » qui déterminerait les droits et les devoirs environnementaux et partirait du principe de la protection et de la sanction. Représentant le chef de l’État, le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil a de son côté affirmé que la pollution de l’environnement s’apparente à la pollution politique. Il a rappelé que le Liban doit relever le défi du développement durable sur les plans environnemental, économique et social fixés par les Nations unies.


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