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Moyen Orient et Monde

Espionnage émirati en Turquie : ce que l’on sait

Éclairage

Un des deux espions présumés des Émirats s’est suicidé dans une prison turque.

30/04/2019

Il aura tenu une dizaine de jours derrière les barreaux turcs. Dans un communiqué publié hier, le parquet d’Istanbul a affirmé que l’un des deux suspects incarcérés, il y a une dizaine de jours, pour espionnage au profit des Émirats arabes unis, s’était suicidé dans sa cellule de la prison de haute sécurité de Silivri, près d’Istanbul.Zaki Y. M. Hassan, un ancien commandant de brigade à la retraite de 55 ans, a été retrouvé pendu dimanche matin à la porte de sa salle de bains vers 10h22. Le bureau du procureur général d’Istanbul a ouvert hier une enquête sur l’incident. Celle-ci sera peut-être en mesure de révéler les conditions de ce suicide. Une autopsie a également été pratiquée par les services médico-légaux. L’autre suspect devrait quant à lui faire l’objet d’une observation plus importante de la part des autorités turques.


Un lien avec l’affaire Khashoggi ?
Les deux hommes avaient été arrêtés lors d’une opération des services de renseignements turcs, le MIT (Millî İstihbarat Teşkilatı) et le Service de la lutte contre le terrorisme, le 15 avril dernier, et inculpés d’« espionnage politique et militaire » puis d’« espionnage international » quatre jours plus tard. L’enquête ouverte après cette double arrestation et inculpation évoque deux versions quant à la raison de la présence de ces deux hommes sur le territoire turc. La première évoque un lien avec l’affaire Khashoggi, journaliste saoudien critique du régime wahhabite, assassiné en octobre dernier dans le consulat saoudien d’Istanbul et dont le corps n’a toujours pas été retrouvé. Cette affaire a fait couler beaucoup d’encre dans la presse internationale et la Turquie impute ce meurtre au prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane (MBS). Selon les médias turcs, les deux espions présumés s’étaient rendus en Turquie quelques jours après l’homicide. Le quotidien prorégime Yeni Safak affirme que les deux hommes avaient récemment multiplié les contacts avec un individu placé sous surveillance par le MIT dans le cadre de l’enquête sur l’affaire Khashoggi.


Espionnage d’opposants politiques arabes ?
La deuxième version, mise en avant dans la presse locale et par un haut responsable turc contacté par Reuters, porterait sur l’espionnage, pour le compte des EAU, d’opposants politiques arabes réfugiés en Turquie. Cette information aurait été récoltée durant l’interrogatoire des deux hommes par les autorités compétentes. Aucun commentaire n’a pu être encore obtenu auprès des autorités émiraties. La Turquie, quant à elle, n’a pas divulgué la nationalité de ces deux hommes. Mais selon le service en langue arabe de la radiotélévision publique turque TRT, il s’agirait de Palestiniens et non d’Émiratis.


Quel impact diplomatique ?
Dans l’attente des résultats de l’enquête, difficile de dire avec certitude si cette affaire d’espionnage pourrait refroidir davantage les relations diplomatiques entre la Turquie et les pays du Golfe, déjà au plus bas. Ankara reproche entre autres à Riyad et Abou Dhabi leur blocus commercial et diplomatique du Qatar, l’un de ses plus proches alliés dans la région. Doha est accusé par Riyad de financer le terrorisme et d’entretenir des liens avec l’Iran, rival du royaume wahhabite. Les EAU et l’Arabie saoudite condamnent par ailleurs le soutien de la Turquie, et en particulier du parti au pouvoir l’AKP (Parti de la justice et du développement), à la confrérie des Frères musulmans, honnie dans le Golfe.

Ankara pourrait être tenté d’instrumentaliser cette affaire d’espionnage à son profit, comme il l’avait fait pour l’affaire Khashoggi. Le gouvernement turc avait, à cette période, distillé des informations tendant à pointer la responsabilité du prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane, dans l’assassinat de Khashoggi afin d’accroître la pression sur lui. La Turquie pourrait reproduire un scénario similaire. Affaire à suivre...


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