L'éditorial de Issa GORAIEB

Du bon et du mauvais usage des gros sous

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
24/04/2019

La question ne cesse de se poser depuis que les groupes humains se sont constitués en sociétés ou même en nations, et elle n’est pas près d’être tranchée car la perfection n’est pas de ce monde : quels critères de justice président-ils à la levée de l’impôt, ainsi qu’au bon usage des ressources de l’État ? Chacun à sa manière et dans des conditions fort différentes, Français et Libanais sont, au même moment, tenus d’y répondre. Sous pression, ce qui n’arrange rien.


Si profonde paraît aujourd’hui la fracture sociale en France, illustrée par la crise des gilets jaunes, que tout, ou presque, est voué à se greffer sur le grand débat institué à l’échelle de l’Hexagone par le président Emmanuel Macron, qui est sur le point d’en annoncer le produit. Tout ou presque, comme en témoigne cette incroyable polémique surgie autour des dons alignés en un temps record par les grosses fortunes pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris qui venait d’être ravagée par un incendie. Que les grosses fortunes ne soient pas en odeur de sainteté auprès des économiquement faibles, qui, de surcroît, les accusent d’évasion fiscale, n’étonnera guère. On peut tout aussi bien déplorer les cruelles fins de mois que connaissent, elles aussi, d’admirables associations de lutte contre la pauvreté, suite à une notable baisse des dons.


Tout à leurs revendications souvent légitimes et relatives au pouvoir d’achat, aux heures de travail et aux prélèvements d’impôts à la source, les manifestants ne devraient pas oublier cependant que les grandes entreprises se trouvent être aussi le premier créateur d’emplois. Plus grave encore : non contente de se tirer une balle dans le pied, c’est sa propre tombe médiatique que creuse l’aile dure de la contestation quand elle lance l’ignoble, le scandaleux slogan Suicidez-vous à l’adresse des policiers. Dont près d’une trentaine, submergés par le stress, ont précisément mis fin à leur vie depuis le début de l’année.


À défaut de débordements de gilets jaunes, c’est d’une véritable peste noire que souffre quant à lui le Liban, sous la forme d’une caste dirigeante aussi inamovible qu’indigne. Laquelle, après avoir sciemment mené le pays à la ruine, se perd aujourd’hui en gesticulations sous prétexte de l’en sauver. C’est pour des raisons bassement démagogiques, et contre l’avis unanime des experts financiers, qu’à la veille des dernières législatives, ces irresponsables décrétaient une hausse substantielle des traitements des fonctionnaires qui plombait un trésor déjà exsangue. Par pur clientélisme, ils se livraient, de surcroît, à une vaste campagne d’embauche, parasitant d’autant, au moyen d’une nouvelle fournée d’emplois fictifs, une administration pléthorique.


Peccadilles cependant que tout cela, face au double fléau du gaspillage et du pillage, aux adjudications entachées d’irrégularités et d’opacité, aux commissions et autres dessous-de-table. C’est maintenant seulement que l’on se ravise et qu’on vante les vertus de l’austérité, que le chef du gouvernement met en garde contre un effondrement à la grecque. C’est maintenant qu’un ministre (par ailleurs enfant chéri du régime et lui-même objet d’accusations d’affairisme publiquement formulées par plus d’un de ses collègues ou anciens collègues) évoque imprudemment une inévitable amputation des traitements des fonctionnaires. Imprudemment en effet, puisqu’il s’attirait une véritable levée de boucliers.


Commencez donc par vous-même : tout trouvé, n’est-ce pas, était le thème de cette révolte des droits acquis contre les biens mal acquis.


Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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