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Liban

Des Rameaux de paix portant l’empreinte de la guerre et de la précarité

Communautés
Fady NOUN | OLJ
15/04/2019

Cette année encore, la fête des Rameaux, qui marque l’entrée dans la semaine sainte, semble avoir été marquée par le climat de guerre et de précarité qui est non seulement celui du Liban, mais celui de toute la région. Cette empreinte est visible dans toutes les homélies prononcées à cette occasion.

C’est ainsi que, dans son homélie dominicale, le chef de l’Église maronite, le patriarche Béchara Raï, a plaidé une fois de plus pour le retour des réfugiés syriens sans plus attendre dans les régions pacifiées de leur pays. Le chef de l’Église maronite a exprimé la crainte qu’en prolongeant leur séjour au Liban en tant que réfugiés, « ils ne soient les victimes de deux guerres, celle des armes, qui a détruit leurs habitations, et celle de la politique d’attentisme, qui détruira leur identité culturelle et leur histoire ». Et le patriarche de déplorer que « pour des raisons politiques, la communauté internationale ne les encourage guère à rentrer au pays ».

Le patriarche maronite a également prié pour la paix en Terre sainte, et en particulier à Jérusalem, « où le Dieu trinitaire s’est révélé et où le Christ a accompli le mystère de la rédemption ».

« Nous ne pouvons accepter que le plan de salut de l’humanité soit contrarié, et que la Terre sainte soit transformée en patrie exclusive des juifs, et que Jérusalem, la ville de la paix, soit réduite à n’être que la capitale d’un Israël juif, plutôt que d’être la ville ouverte aux trois religions monothéistes », a dit Mgr Raï.

L’hypocrisie et le double langage condamnés

À la cathédrale Saint-Georges des maronites, Mgr Boulos Matar a choisi d’évoquer le geste sans précédent du pape se prosternant, à 83 ans, devant deux chefs de guerre soudanais chrétiens, baisant leurs pieds et les implorant de limiter leurs différends à la politique, et d’épargner à leur population les affres de la guerre. L’entrée pacifique de Jésus à Jérusalem, aux cris de joie des enfants et de la population, n’est autre qu’un cri « pour que la guerre cesse », a déclaré Mgr Matar, qui a appelé à prier pour que « le Liban-message » triomphe.

En l’église Saint-Maron de Tripoli, Mgr Georges Aboujaoudé a dénoncé « l’hypocrisie, les voies détournées et le double langage » à tous les niveaux, à l’image d’une foule versatile qui, à Jérusalem, à quelques jours de distance, a accueilli triomphalement le Christ à Jérusalem, avant de crier devant Pilate : « Nous n’avons d’autre roi que César. » Et l’évêque d’appeler les membres de la classe politique à se montrer « sincères et transparents », et à ne pas recourir à des voies détournées « dans leurs décisions ».

C’est sur un ton imprécatoire que l’évêque maronite de Batroun, Mgr Mounir Khairallah, s’adressant implicitement au président américain Donald Trump et à son équipe, a affirmé de son côté : « Malheur à vous qui piétinez les droits des peuples et leur dignité, et offrez leur capitale comme si elle vous appartenait. » « Je vous le dis, a ajouté l’évêque indigné, si les peuples se taisent, ce sont les pierres qui crient, c’est chaque grain de terre de cette terre qui réclamera son droit à l’autodétermination. »

À Jezzine, et pour la première fois, les autres paroisses Saint-Maron, Notre-Dame, Saint-Josèphe et Saint-Antoine ont joint leurs efforts pour procéder à une longue et festive procession qui a rempli l’artère principale de l’agglomération. À Saïda, deux grandes cérémonies religieuses ont marqué le dimanche des Rameaux, la première célébrée par l’évêque maronite de la ville, Mgr Maroun Ammar, l’autre par Élie Haddad, l’évêque grec-catholique.

L’indifférence, un mal de ce temps

Ce dernier a choisi de mettre en avant le document sur la fraternité humaine signé par le pape François et l’imam d’al-Azhar à Abou Dhabi. L’évêque a par ailleurs déploré l’extension de l’indifférentisme religieux qui marque la mondialisation. « L’homme, aujourd’hui, n’aime être lié par rien ni personne. Il ne refuse pas Dieu, mais la question de l’existence de Dieu ne se pose plus à lui. L’indifférence est le problème de ce siècle », a-t-il dit.

Mgr Haddad a par ailleurs déploré que le Liban se fasse « la caisse de résonance de toutes les idéologies nouvelles qui surgissent çà et là ». « La seule chose que nous avons en propre, c’est la fête commune islamo-chrétienne à l’occasion de l’Annonciation, a-t-il dit, et fasse le ciel qu’elle soit approfondie et ne se limite pas aux bienséances sociales superficielles. »

Tel est le bref tour d’horizon non limitatif des cérémonies du dimanche des Rameaux, célébré par ailleurs sans incident notable aussi bien à Beyrouth qu’au Nord, notamment à Békaa-Kafra et Bécharré, à Nabatiyé, dans la Békaa, à Bint Jbeil, au nord et au sud, dans le caza de Bécharré et à Zghorta, dans le caza du Koura, à Kaa et Kobeyate, et dans les villes et villages du Chouf.

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christiane sacy

Même le Patriarche Rai parle de la guerre en Terre Sainte au sud du Liban, alors qu'il devrait savoir que la Terre Sainte, c'est aussi Saida, Sarafand et Tyr, et tout le Liban Sud où le Christ a passé et préché. La Terre Sainte, c'est aussi chez nous, et nous aurions peur de le clamer haut et fort? Israel et la Palestine, c'est aux politiciens et aux peuples, la Terre Sainte, c'est aux religieux et aux croyants.

MIROIR ET ALOUETTE

Que ce jour des rameaux puisse être annonciateur de paix dans LA région, sous l'ombrelle d'un Liban nouveau fort indépendant des forces mauvaises du passé.

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