Liban

Derrière les questions de Aoun, un appel à la conscience des dirigeants arabes

Décryptage
02/04/2019

Le trentième sommet arabe organisé par la Ligue s’est tenu à un moment particulièrement délicat pour la région, après la décision du président américain Donald Trump de reconnaître la souveraineté israélienne sur le Golan syrien. En principe, une telle décision – qui a suivi celle prise l’an dernier par le même Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État israélien et à laquelle le sommet de Dahran ( Arabie saoudite) avait été consacré ( avril 2018), en vain – aurait dû être suffisante pour pousser les dirigeants arabes à adopter une politique d’urgence et des mesures concrètes pour remettre en cause les décisions américaines en faveur d’Israël, ou, en tout cas, chercher à en limiter les dégâts.

Finalement, à part la condamnation exprimée dans le communiqué final, la seule décision nouvelle a été de saisir le Conseil de sécurité pour obtenir une décision qui contredise celle de Trump. Mais tout le débat qui a précédé le sommet sur une possibilité de demander à l’État syrien de reprendre son siège au sein de la Ligue n’a eu aucun impact ni aucun écho lors des réunions de ce sommet.

Le seul effort enregistré s’est limité au niveau de la participation, qui a poussé la plupart des dirigeants arabes à être présents à Tunis, même si l’émir du Qatar est reparti quelques minutes après la séance d’ouverture, ayant juste pris le temps d’écouter le discours du président tunisien et celui du secrétaire général de la Ligue arabe Ahmad Abou el-Ghaith, alors que le roi Salmane d’Arabie, lui, a quitté Tunis juste après avoir prononcé son propre discours.

Le sommet a donc poursuivi ses travaux et les participants ont réussi à se mettre d’accord sur une déclaration finale qui permet aux dirigeants arabes de sauver la face, sans se sentir liés par la moindre mesure concrète.

Dans ce contexte, le seul discours considéré comme franc et loin de la langue de bois si chère aux dirigeants arabes est celui du président du Liban, Michel Aoun. Ce dernier a pourtant bien pesé ses mots et contrairement à son discours au sommet de 2017 sur les rives de la mer Morte en Jordanie, il n’a pas donné de conseils ni présenté des suggestions. Il s’est simplement contenté de poser des questions qui devraient faire réfléchir les dirigeants arabes. Il a ainsi demandé : Si la terre est perdue, à quoi peuvent servir les négociations ? Il s’est aussi demandé que devient, dans, ce contexte, l’initiative de paix arabe, lancée par le prince héritier du royaume saoudien à l’époque Abdallah, au sommet de Beyrouth en 2002, qui reposait essentiellement sur le principe de la terre contre la paix, auquel le Liban avait ajouté in extremis le droit au retour des réfugiés.

Adoptant toujours le style interrogatif, pour ne pas braquer les dirigeants arabes, le président Aoun s’est demandé quel va être le sort des fermes de Chebaa, des collines de Kfarchouba et d’une partie de la localité de Ghajar à la lumière de la décision américaine et si le Conseil de sécurité sera en mesure de protéger les droits territoriaux du Liban et ceux de la Syrie ? Devenant encore plus précis, il a demandé comment la Ligue arabe compte faire face à de telles atteintes aux droits alors qu’entre les pays arabes, les frontières restent fermées et certains sièges au sein de la Ligue sont vacants ( dans une allusion à la participation de la Syrie) ? Aoun s’est encore demandé pourquoi la communauté internationale insiste-t-elle pour garder les déplacés syriens au Liban, alors que ce pays n’est plus en mesure de supporter un fardeau aussi lourd, tant sur le plan social, qu’économique ou sécuritaire. Le chef de l’État s’est aussi demandé pourquoi le million et demi de déplacés syriens présents au Liban sont considérés comme des réfugiés politiques, alors qu’une grande partie d’entre eux ont fui la Syrie pour des raisons économiques, ou à cause des combats ?

Selon les échos retransmis par les journalistes arabes présents à Tunis pour couvrir le sommet, le discours du président libanais a été le plus écouté, car le plus clair et le plus direct, allant droit au but sans passer par les effets de littérature si chers aux Arabes. En même temps, il contenait entre les lignes un appel à la conscience des dirigeants arabes en cette période particulièrement délicate, au cours de laquelle l’administration américaine est en train d’aligner totalement sa position sur celle des Israéliens, en leur faisant des cadeaux en territoires sans la moindre contrepartie. Si la forme interrogative du chef de l’État était destinée à atténuer l’impact négatif des propos, le contenu n’en était pas moins dérangeant, tout en laissant entendre en filigrane que face aux nouvelles réalités, l’option de la résistance reste indispensable. Aoun a ainsi rappelé que l’an dernier, il y a eu la reconnaissance par Trump de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël, cette année, cela a été le tour du Golan, laissant entendre que l’an prochain ce sera peut-être le tour d’une partie de la Cisjordanie, ou plus encore, si les Arabes n’y prennent pas garde. Officiellement, il n’y a pas eu de réaction apparente chez les dirigeants arabes aux interrogations du président du Liban et en fait nul ne s’attendait à ce qu’il y en ait. Mais dans les archives des sommets arabes, il y aura sûrement la trace de ce discours qui a voulu alerter les Arabes avant qu’il ne soit trop tard.


Lire aussi

La décision américaine sur le Golan menace la souveraineté du Liban, dénonce Aoun

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Honneur et Patrie

Des soldats druzes de l'armée israëlienne occupent 1200 km2 du Golan druze syrien depuis 1967. Les mouches du coche arabes portent plainte en 2019 au Conseil de Sécurité.
Une milice pro-iranienne équipée, habillée, payée, armée par un pays non-arabe occupe une partie très importante du territoire national du Liban...
Quelles mouches du coche arabe ou international, porteraient plainte au Conseil de Sécurité ?

MAKE LEBANON GREAT AGAIN

Quand le President comprendra que les Arabes ont plus peur de l'Iran que d'Israel, il comprendra alors de ne pas dire ou faire des choses qui mettrons les Arabes contre ce pays

Sans le soutien Arabe et le soutient de l'Occident le Liban aurait deja ete une autre Willaya Perse

LIBAN D'ABORD DIT LIBAN D'ABORD
ET LAISSER LES PROBLEMES DU GOLAN ET DU YEMEN A D'AUTRES
NOUS AVONS ASSEZ DE NOS PROBLEMES DEJA AVEC LES REFUGIES PALESTINIENS ET SYRIENS


Lebinlon

Nos frères/amis/cousins/voisins arabes sont tellement nuls qu'il est étonnant qu'ils aient réussi à garder le peu qui leur reste.
Je ne suis pas souvent d'accord avec Michel Aoun, mais la ? il leur a fait quasiment un dessin de ce qui va leur tomber dessus et comme d'hab..."la hayat li man tounadi"

gaby sioufi

HALLELUJA ,
NOUS VOILA TOUS PRETS A UN CHAMBOULEMENT DE 180/o DANS LES MOEURS DES COLLEGUES ARABES !
POUR TRES BIENTOT, TENEZ LE VOUS BIEN POUR DIT.
NE VENEZ PAS PLEURNICHER PLUS TARD FAUTE D'AVOIR RATE LE COCHE DE LA MODERNISATION DU MONDE ARABE.

MIROIR ET ALOUETTE

C'est vrai que parler d'une chose qui n'existe pas est pure perte de temps.

Mais au moins le Phare Aoun aura été celui qui aura dit les choses, sans peur ni honte et surtout SANS LANGUE DE BOIS, que cela serve de leçons à celles qui en ont fait un usage inapproprié.

Ce courage que le Liban a de dire tout haut ce que les autres arabes craignent de dire tout bas à une origine, ça s'appelle la RÉSISTANCE.

IL EN FAUDRA PLUS ENCORE.

Irene Said

Un long discours, des questions...et après ???

Les compliments à peine voilés, comme d'habitude, en attendant d'en recevoir...

Et vive le prochain sommet arabe, le 31ème !
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

EN POLITIQUE IL N,Y A PAS DE CONSCIENCE TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD IL Y A DES INTERETS. LA CONSCIENCE ETANT DE LA FAIBLESSE. L,INTERET DES ARABES C,EST LES DEUX ETATS EN PALESTINE.

Bery tus

Mais quel conscience ?!? De quoi parlez vous ?! Comment pouvez dire des choses comme ça à des gens cultiver ?!? Le Golan depuis son annexion n’a jamais été un terrain de conflit?! Pouvez vous le citer une seule fois (peut être quelque tirs) ou il y a eu une guerre dans ses hauteurs de la part du régime syrien déjà pour pouvoir écrire « un appel à la conscience arabe » ça peut passer avec les millenuims mais pas avec des personnes d’ages Mûres !!!! À c’est vraiment se moquez de l’intelligence des gens

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Pas de changement dans l’approche libanaise du tracé des frontières avec Israël, selon Aïn el-Tiné

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants