Spécial Orientation professionnelle / Édition 4

Le « fact-checking » fait son entrée dans les métiers du journalisme

02/04/2019

Apparue aux États-Unis au début des années 2000, la pratique journalistique du fact-checking ou vérification des faits n’a cessé d’évoluer et de prendre de l’ampleur, à la faveur de la révolution technologique. Avec un numérique à portée de main générant un flux abondant et rapide d’informations, véridiques ou fausses, le métier de fact-checker s’impose désormais afin de lutter contre les fake news ou désinformation, révolutionnant ainsi le monde journalistique actuel.

Nature du métier

« La vérification de l’info est une nouvelle pratique qui a récemment vu le jour dans le domaine des médias, à la lumière de ce pompage continu d’informations qui nécessite d’en vérifier l’authenticité », explique Daoud Ibrahim, journaliste, formateur et enseignant de fact-checking et de journalisme d’investigation, entre autres.

À la différence du journaliste qui doit vérifier en amont ses informations avant de rédiger son article ou diffuser ses propos pour la télé et la radio, le fact-checker traque les informations relevant de la sphère publique. Il va ainsi vérifier un texte, une citation, des chiffres, des photos ou des vidéos contenus dans les rapports des médias, les propos des politiciens, les bases de données, les blogs, les sites web, les documents publiés ou autres. Son but est de réduire les fake news afin de livrer des informations exactes, pertinentes et authentiques au grand public.

Au niveau de la démarche, Daoud Ibrahim souligne que « vérifier est souvent un comportement, avant d’être une boîte à outils ». Le fact-checker doit par conséquent se fier d’abord à sa logique. « Souvent, lorsque vous vous trouvez face à un article d’actualité, posez-vous la question suivante : l’article est-il logique ? crédible ? Si vous le trouvez suspect, vous devriez commencer à le vérifier », assure-t-il.

Le fact-checker doit en outre rechercher « la source de l’info, ses dessous, ses réseaux, ses liens et ses orientations ». « Enfin, il examinera l’info en elle-même, ainsi que ses finalités », indique M. Ibrahim, avant de donner un exemple de vérification d’une photo publiée. « La personne qui a partagé la photo est-elle celle qui l’a prise ? On peut vérifier la date de partage et chercher si la photo a été publiée avant, vérifier le lieu, la météo, l’heure et même les bâtiments à proximité. »

De plus, en procédant à la vérification des faits énoncés, le fact-checker va également se baser sur les archives écrites, audiovisuelles et photographiques.

Les aptitudes et les compétences requises

Créatif et cultivé dans des domaines précis, un fact-checker possède un esprit logique et de synthèse. Il doit pouvoir également accorder une attention particulière aux détails, avoir le sens de la précision et de la diligence et travailler avec rigueur.

Par ailleurs, pour être fact-checker, il faut maîtriser des compétences rédactionnelles, mais aussi de compréhension, de communication, de recherche et d’analyse sur internet.

Les difficultés et les défis

« Le fact-checker est engagé dans une course contre la montre quand il s’agit d’informations urgentes. Et, selon les médias, cette course est souvent en faveur du scoop », estime le spécialiste.

Travaillant sous stress, le fact-checker doit ainsi respecter des horaires de travail déterminés par des délais. En outre, l’une des difficultés du métier repose sur le fait d’éviter de se tromper. Une seule erreur nuira à la crédibilité du fact-checker, même lorsque ses futures vérifications seront exactes..

Les débouchés

Métier en plein essor aujourd’hui, le fact-checker exerce sa profession dans les différents médias, télévisions, journaux, mais aussi sur le web. Des journalistes fact-checkers créent et alimentent des plateformes en ligne dédiées à la vérification des faits.

« Jusqu’à présent, peu d’établissements du monde arabe utilisent une telle expertise pour remplir ce rôle. Le métier de fact-checker est pourtant équivalent à celui d’un rédacteur expert, sur le plan de la rémunération », souligne toutefois Daoud Ibrahim, qui précise que désormais « les médias ne pourront plus travailler sans un département dédié à la vérification des faits ou sans un fact-checker ».

Comment devenir fact-checker ?

Parallèlement à des études en journalisme ou en communication, des formations spécialisées sont souvent disponibles. « Nous avons organisé de nombreux ateliers de formation, en coopération avec Facebook et le Centre international pour les journalistes (ICFJ), basé à Washington », note Daoud Ibrahim, qui relève aussi qu’un fact-checker peut développer ses compétences grâce à certains sites qui fournissent des références et des exercices en ligne.


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