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Moyen Orient et Monde

Au Maroc, le retour surprise du service militaire inquiète les jeunes

Reportage

Treize ans après sa suppression, le service militaire vise à « renforcer le sens de citoyenneté », mais il est aussi vu comme une mesure autoritaire après les récentes manifestations dans le royaume.

18/03/2019

« Je n’ai pas compris cette décision. Les jeunes n’ont pas besoin de service militaire, ils ont besoin de santé, de travail, d’éducation… Et pourtant, mon père était dans l’armée. S’ils me choisissent, je fuis ! » lance Yassine en riant. En septembre prochain, ce Casablancais de 25 ans pourrait être appelé pour réaliser un service militaire de 12 mois, comme les millions de Marocains entre 19 et 25 ans.

Le 25 janvier, la loi réinstaurant le service militaire a été promulguée. 10 000 jeunes seront appelés sous les drapeaux en septembre 2019 puis 15 000 l’année suivante. Le retour du service militaire, supprimé en 2006, a pris les Marocains par surprise, y compris la classe politique. Annoncée en août dernier, la mesure vise à « renforcer le sens de citoyenneté chez les jeunes » et à ouvrir « la voie de l’intégration dans la vie professionnelle et sociale », selon un communiqué du palais royal.

« C’est un retour en arrière, s’alarme Mohammad Elbekhti, 24 ans. On nous présente l’objectif de renforcer la citoyenneté des jeunes, la cohésion nationale. Mais comme cette mesure arrive juste après une série de manifestations dans le pays, on dirait que c’est pour museler les jeunes. » Depuis 2016, plusieurs mouvements de revendication sociale ont secoué le pays, notamment le « Hirak » du Rif, qui s’est soldé par des centaines de condamnations.La chercheuse en sciences politiques Mounia Bennani-Chraïbi estimait dans l’hebdomadaire Tel quel, en septembre, que la réintroduction du service militaire « se profile comme une tentative de mise au pas de la “jeunesse inutile” et, plus globalement, des “classes dangereuses” ».

« Le service militaire a existé pendant 40 ans. Est-ce que la situation des jeunes était meilleure ? » souligne Mohammad Elbekhti, qui se dit favorable à un service militaire facultatif. Originaire de la petite ville d’el-Jadida, au sud de Casablanca, il poursuit actuellement des études de médecine en Russie. « Comment cela se passera-t-il lorsque les Marocains qui font des études à l’étranger reviendront ? Ce n’est pas très clair », s’inquiète-t-il.

La loi prévoit une série d’exemptions, notamment pour la poursuite d’études, mais les modalités d’application ne sont pas encore définies. Quid des Marocains de l’étranger ? Les décrets adoptés début février prévoient une « procédure de déclaration spontanée » qui concerne aussi les femmes.

« Il faut que le service militaire soit facultatif pour les femmes. Pour les hommes, je comprends la décision. L’armée peut les rendre plus forts, même si je crains que ça ne les rende aussi plus violents », assure Imane, une lycéenne de 19 ans.

La décision est aussi présentée comme un moyen de réduire le chômage, qui touche 26,5 % des Marocains de 15 à 24 ans. Mohammad, 20 ans, soutient le retour du service militaire : « Cela va me permettre d’être mieux formé. Je pourrai ensuite devenir militaire de carrière », assure ce Casablancais, qui suit actuellement une formation en électromécanique.

Omar Balafrej est l’un des deux parlementaires à avoir voté contre le projet de loi. « Nous avons proposé de mettre en place un service militaire ou civil facultatif. Et l’on pourrait alors récompenser les jeunes qui le feraient par des avantages, par exemple dans les concours de la fonction publique. Beaucoup de jeunes seraient volontaires car ils sont au chômage, sont attirés par la formation proposée ou parce qu’ils veulent servir le pays. C’est notamment le cas dans les zones les plus pauvres », assure le député de la Fédération de la gauche démocratique.

Le parlementaire craint aussi que l’appel sous les drapeaux ne serve de punition. « Par cette mesure, l’État ne se donnera-t-il pas le droit de choisir arbitrairement des gens qu’il voudrait punir ? » s’interroge-t-il. Les critères de sélection des appelés ne sont pas encore définis. Les 10 000 appelés représentent pourtant une part infime des jeunes Marocains de 19 à 25 ans.

« Les seuls à être favorables au service militaire sont ceux qui veulent ensuite s’engager dans l’armée », assure Younès, un étudiant de 19 ans. Pour lui, à cause de leur situation, la plupart des jeunes de son âge veulent partir à l’étranger. « Un service civil serait une meilleure idée. Mais on ne peut pas obliger quelqu’un à devenir soldat pour un pays qu’il veut quitter. »


Pour mémoire
Au Maroc, le retour du service militaire obligatoire divise


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FAKHOURI

c'est une bonne chose
il y a trop de jeunes désœuvré

Yves Prevost

« renforcer le sens de citoyenneté chez les jeunes » et ouvrir « la voie de l’intégration dans la vie professionnelle et sociale ».
A quand le retour au service civil en France?

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