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Moyen Orient et Monde

Netanyahu a un mois pour rester politiquement en vie

Israël

La campagne a mis en lumière la droitisation de l’opinion israélienne, où être « de gauche » ou « gauchiste » est souvent synonyme de concessions faites aux Palestiniens.

OLJ/Michael SMITH / AFP
09/03/2019

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu entame, tambour battant malgré la menace d’une inculpation pour corruption, la dernière ligne droite avant des législatives qui décideront le 9 avril de son avenir politique.

M. Netanyahu, 69 ans dont près de 13 années au pouvoir, est engagé dans une bataille incertaine contre une alliance centriste conduite par un nouveau venu, l’ex-chef d’état-major Benny Gantz, et l’ancien ministre Yair Lapid. Le pacte conclu en février par MM. Gantz et Lapid a changé la dynamique d’une compétition dont M. Netanyahu était, auparavant, donné gagnant. La victoire lui ouvrirait la voie vers un cinquième mandat et un record de longévité à la tête du gouvernement dans l’histoire de l’État d’Israël.

À un mois du vote, le Likoud, le parti de droite de M. Netanyahu, pointe dorénavant à la deuxième place dans les sondages, derrière la liste Gantz-Lapid, appelée Bleu-blanc, d’après les couleurs nationales. En annonçant le 28 février son intention d’inculper M. Netanyahu pour corruption, le procureur général a injecté encore davantage d’incertitude sur les intentions des électeurs. Histoire de compliquer les pronostics, les sondages donnent Bleu-blanc en tête, mais les projections en sièges des autres listes indiquent que les centristes auraient plus de mal que M. Netanyahu à former une majorité de gouvernement. Le scrutin a toutes les allures d’un référendum pour ou contre M. Netanyahu, figure dominante jusqu’à en paraître imbattable. Certain de les rassurer avec ses lettres de créance militaires, son adversaire M. Gantz proclame aussi vouloir réconcilier ses concitoyens divisés par les manières et l’autoritarisme dont ferait preuve selon lui M. Netanyahu.



(Lire aussi : Les rivaux de Netanyahu veulent une "séparation" avec les Palestiniens)



L’électeur de base

Dans une campagne où les méchancetés ne laissent guère de place au débat de fond, M. Netanyahu dénigre ses concurrents centristes comme une bande de « gauchistes » et de « faibles », malgré la présence de trois anciens chefs d’état-major aux quatre premières places de la liste Bleu-blanc et les différences pas toujours perceptibles avec le programme du Likoud.

« D’un certain point de vue, je pense que ce qu’ils font va nous aider », dit Ofer Shelah, candidat de Bleu-blanc, en parlant de la campagne à charge du Likoud. « Nous n’arriverons sans doute pas à atteindre l’électeur de base du Likoud, mais je crois que beaucoup d’autres préféreront nous faire confiance », ajoute-t-il.

Stature et réussite de M. Netanyahu, insuffisances de ses concurrents « gauchistes »... Le Likoud n’a aucune intention de changer d’argumentaire, « parce que c’est la vérité », dit Eli Hazan, directeur du Likoud pour les affaires étrangères. « C’est ça que nous avons à proposer au public. » Sa destinée politique en jeu, M. Netanyahu n’a pas seulement déclenché un tir de barrage contre ses compétiteurs, les médias et les enquêteurs quand le procureur général a dit son projet de l’inculper. Réputé pour son farouche instinct de survie, il a aussi donné un sérieux coup de barre à droite. Il s’est attiré la réprobation en Israël et à l’étranger en poussant deux partis nationalistes religieux à accepter sur leur liste des candidats d’un parti d’extrême droite largement considéré comme raciste. Objectif : garantir à la droite le plus de sièges possible pour former une coalition. Il a appelé à la rescousse le président américain Donald Trump, tweetant une vidéo où celui qu’il appelle son « ami » tresse les louanges du Premier ministre israélien.


(Repère: Elections israéliennes et menace d'inculpation de Netanyahu : des clés pour comprendre)



Une question de feeling

La campagne a mis en lumière la droitisation de l’opinion israélienne, dans laquelle « de gauche » ou « gauchiste » (le mot est le même en hébreu) est souvent synonyme de concessions faites aux Palestiniens.

Le programme de Bleu-blanc évoque une « séparation » d’avec les Palestiniens, sans parler d’État palestinien. M. Netanyahu se garde d’aborder le sujet, sinon pour fortifier le crédit sécuritaire qui contribue tant à sa popularité. Il s’est prononcé ces dernières années pour une formule de « state minus » (« État minimum » en anglais), un État palestinien qui n’en aurait pas toutes les prérogatives et dans lequel Israël resterait en charge de la sécurité.

La sécurité demeure une préoccupation primordiale dans un pays qui a livré huit guerres, dont certaines pour sa survie, depuis sa création en 1948, selon un décompte officiel ne prenant pas en compte une multitude d’opérations militaires toujours d’actualité.

Mais les Israéliens se déterminent aussi beaucoup sur la personnalité de leurs leaders et leurs affinités avec eux. L’opinion qu’ont les électeurs de centre droit sur la campagne agressive menée par M. Netanyahu et sur ses ennuis judiciaires pourrait faire la différence le 9 avril, dit Gideon Rahat, professeur de science politique. « S’il perd la droite modérée, alors sa stratégie aura échoué. »


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