X

Campus

Stéphanie Challita, la jeune Libanaise qui voulait « clarifier le langage des nuages informatiques »

RENCONTRE

Pour son travail, la chercheuse a décroché une bourse de recherche du programme « L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science 2018 ».

09/03/2019

Parmi 900 candidates aux bourses de recherche L’Oréal-Unesco, 10 postdoctorantes et 20 doctorantes, issues de domaines scientifiques divers, ont été récompensées. Dont une Libanaise : Stéphanie Challita. « Je suis honorée d’être une ambassadrice pour les femmes scientifiques. C’est une juste récompense pour le travail que j’ai fourni durant ma thèse. Ce prix m’encourage à poursuivre et à explorer plus loin le chemin sur lequel je me suis engagée. J’apprécie aussi cette initiative, car elle permet aux femmes de reprendre confiance en leurs capacités », affirme la jeune femme.

Depuis 1998, le programme L’Oréal-Unesco s’engage à accompagner les femmes passionnées de sciences et à les soutenir dans leur parcours de chercheuses scientifiques. C’est dans la catégorie « Améliorer notre quotidien grâce aux mathématiques et à l’informatique » que Stéphanie Challita a reçu une bourse de 15 000 euros pour sa thèse de doctorat « Clarifier le langage des nuages informatiques ». L’informatique en nuage ou Cloud Computing met à la disposition d’un client des services à distance comme le stockage. « Ma thèse introduit le premier cadre informatique, basé sur un langage mathématique, qui permet de décrire précisément les offres du cloud, actuellement décrites en anglais de manière ambiguë. Ce cadre permet alors de mieux comprendre ces offres et aussi de les comparer et d’identifier les enjeux de migration d’un fournisseur à un autre », explique la jeune chercheuse. Le cadre établi dans sa thèse permet au client d’éviter une dépendance exclusive à l’égard des produits d’un fournisseur, comme Google Cloud Platform ou Amazon Web Services. De plus, sa thèse « permet de vérifier les propriétés des services de cloud avant leur provisionnement en production. Ces services engendrent un surcoût en cas d’erreur, et donc les vérifier a priori diminue leurs frais et bien sûr assure leur fiabilité », ajoute-t-elle.

« Les femmes sont aussi capables que les hommes »

Grâce à sa thèse, Stéphanie Challita, qui a combiné sa passion de jeunesse des maths et le monde du numérique qui l’intriguait, a voulu « contribuer à l’avancement des connaissances de (son) domaine et les communiquer au monde ». Les stéréotypes de genre imposés par la société ne l’ont jamais empêchée de se forger un chemin dans un univers scientifique, dominé par une majorité masculine. « J’estime que chacun peut et doit faire ce qui l’épanouit le plus (…) Le plus grand défi des femmes est de ne pas s’autocensurer. La plupart des femmes pensent ne pas être capables de faire telle ou telle activité. Leur légitimité est remise en cause par l’éducation et la société (...) Mais il faut que les femmes aient confiance en leurs convictions et leurs compétences, car elles sont aussi capables que les hommes. Il ne faut pas avoir peur », affirme cette chercheuse dont le parcours académique en dit long sur la détermination.

En effet, après avoir entamé des études en ingénierie de télécommunications, systèmes et réseaux à l’Université antonine, Stéphanie Challita obtient son master recherche à l’Université de Bourgogne à Dijon, pour se consacrer ensuite à sa thèse de doctorat qu’elle effectue au sein de l’équipe-projet Spirals du centre de recherche Inria Lille-Nord. Après trois années d’études, elle l’a soutenue en décembre dernier.

La bourse du programme L’Oréal-Unesco vient enfin la récompenser, mais aussi l’aider à poursuivre sa carrière et ses travaux de recherche. En effet, cette lauréate a déjà commencé un postdoc à Inria Sophia Antipolis – Méditerranée. « Mon nouvel objectif est la vérification formelle des propriétés de sécurité des objets connectés ou de ce qui est connu sous l’appellation « IoT » ou Internet of Things, qui restent des systèmes distribués tout comme le cloud. Ce postdoc est une nouvelle étape importante dans la construction de ma carrière », note-t-elle. Pour cette ambitieuse chercheuse, il s’agit surtout d’innover dans son travail, « avoir un esprit ouvert et créatif, et être à jour avec les dernières approches et technologies », mais aussi « persévérer et donner le maximum, apprendre de ses erreurs et ne pas abandonner face aux premières embûches ».

Enfin, aux jeunes Libanaises tentées par le monde scientifique ou numérique, Stéphanie Challita adresse un message : « Quel que soit leur rêve ou leur passion, rien ne doit les arrêter, et surtout pas les autres. Ces jeunes sont le futur du Liban et, si l’on veut un avenir brillant, il faut qu’elles prennent part à sa construction, en y apportant ce qu’elles savent faire de mieux et donc ce qui les passionne. » Pour la lauréate du programme L’Oréal-Unesco, « elles sont le symbole d’une société égalitaire vers laquelle nous devons tendre ».



À la une

Retour à la page "Campus"

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Entre Hariri et Bassil, l’entente vacille, mais ne tombe pas

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué