« Corruption : le Liban, un pays “à surveiller” », estime Transparency International. Faisant la distinction entre les pays qui s’améliorent, ceux qui régressent et ceux qui doivent être « surveillés », TI classe le Liban dans les pays « à surveiller » (L’OLJ/AFP).
Un pays à « surveiller » ? À surveiller encore pour combien d’années, après des décennies de surveillance de la corruption endémique, à tous les échelons, d’observation passive de la mise à sac systématique et méthodique du citoyen libanais, de la trésorerie et des institutions, et cela sous toutes les formes (non exhaustives) : marchés publics « arrangés », enrichissement illicite, conflits d’intérêts, trafics d’influence, évasions fiscales, collusion, prête-noms frauduleux, abus de pouvoir, abus de confiance, contrebande, malversations diverses… Continuer à surveiller ? Surveiller avec des jumelles ou avec des vidéos de surveillance ? Les bras croisés ou un crayon en main, pour cocher, d’année en année, toutes les cases de la corruption ?
Mais ne savez-vous pas, messieurs dames de la transparence, que nos corrompus patentés et leurs corrupteurs n’ont cure de votre surveillance, de la nôtre, de celle de l’ONU, des organisations des droits de l’homme, des médias, tant et aussi longtemps qu’ils ne recevront que des mises en garde, des rapports avec la même teneur et la même note, sans aucune mesure punitive concrète, effective ? Tant qu’il ne s’agira que d’évaluation et d’avertissements creux, sans conséquences, de recommandations sans suite, ils se ficheront de vos rapports et de vos indices de perception de la corruption comme de l’an quarante, et pour encore les quarante ans à venir ! Avec cette note stable, ils vous diront que c’est bien, nous n’avons pas régressé ! Nous avons mérité la surveillance uniquement !
Saviez-vous que vos donateurs, les gouvernements d’Europe et d’Amérique, eux qui vous financent pour lutter contre la corruption, encouragent la corruption en continuant à traiter avec les États corrompus ? En nouant avec eux des partenariats, en faisant affaire avec ces mauvais élèves, ces détenteurs de la note 28/100 ? Avec ces cancres de la transparence ? Liban, un élève nul à surveiller ? Ou à mettre au piquet pour qu’il se corrige ? Saviez-vous que c’est à l’ombre de cette même note que la CEDRE a été organisée ? Et cela en pleine période électorale, comme pour redorer et « booster » l’image des corrompus au pouvoir ? Que de nouveaux millions, grâce à vos donateurs, sont destinés à être détournés, une fois de plus ? Vous me direz que les donateurs et prêteurs ont réclamé des réformes au préalable, et je vous répondrai « mon œil ! » puisque vous aimez la surveillance.
Vous devriez plutôt vous tourner vers ces bailleurs de fonds, ces alimentateurs de la corruption, pour leur demander de cesser de soutenir les États voyous, de n’accorder des prêts et bourses qu’aux bons élèves, ou du moins aux élèves moyens, qui font leurs devoirs, qui réussissent à l’examen, et notamment dans les matières de transparence et de bonne gouvernance, et non aux cancres qui présentent une note déplorable de 28/100 pour la sixième année consécutive ! Vous feriez mieux, par souci d’efficacité, et par pitié pour nous Libanais, de recommander à vos donateurs d’exiger une amélioration du score de leur partenaire corrompu pour traiter avec lui, après des années de stagnation mortifère.
On s’étonne, par ailleurs, que Transparency International ait retenu quelques aspects de la corruption libanaise, tels que la mauvaise gestion du processus électoral, le financement des partis politiques, au détriment d’autres, bien plus dommageables, comme la mauvaise gestion chronique des déchets qui enfonce le pays dans l’asphyxie et le cancer, ou les marchés publics douteux et juteux, les détournements de fonds (à fond), les pots-de-vin débordants, en cascade, du haut jusqu’en bas de la pyramide nationale, face au sphinx international.
L’ONG aurait pu (ou dû) retenir certains scandales révélateurs du taux de corruption, tels que la « vente » de la nationalité libanaise à des caïds proches du régime sanguinaire syrien. Elle aurait dû aussi pointer, non seulement le financement nébuleux des partis politiques, mais celui de certaines ONG locales, réputées pour leurs dépenses « incontrôlées », leurs surfacturations, leurs manipulations budgétaires, qui ont aussi besoin d’être surveillées, sans nullement exclure celles qui sont bien payées pour lutter contre la corruption, en vue d’un même résultat. Elle aurait pu rappeler cette loi d’accès à l’information, votée pour la forme, pour faire bonne figure (hypocrite), restée lettre morte, et réclamer la désignation d’un médiateur de la République (ombudsman) qui a été cryogénisée dès son accouchement, le 11 décembre 2004, date de passation de la loi correspondante (n° du décret 13 758, publié au Journal officiel le 10 février 2005, n° de référence 664).
Et, pour finir, une douce pensée, une petite mention pour le ministère de la Lutte contre la corruption, sur lequel l’opinion publique avait fondé tant d’espoirs (aujourd’hui fondus), une note spéciale, à part entière, sur ses performances depuis sa création en grande pompe, n’aurait pas été de trop.
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