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Culture

Voyage musical entre l’Italie et son cinéma

Concert Dans le cadre de l’édition « Crescendo : célébration de la musique italienne »

du festival de musique d’al-Bustan, ce sont les plus grands thèmes musicaux du cinéma italien qui ont été mis à l’honneur ce mercredi 20 février. Compte rendu d’une soirée aussi dynamique et poétique qu’un film de Fellini.


21/02/2019

Mercredi soir dans l’amphithéâtre de l’hôtel al-Bustan, il suffisait de fermer les yeux et de tendre l’oreille pour revoir les plus grands films de Fellini. Face à une salle comble, et un public sur son trente et un, se tenaient les contrebasses, percussions, violons et violoncelles de l’orchestre académique du festival al-Bustan. Dirigés par le chef d’orchestre Ginaluca Marcianò, les jeunes musiciens ont successivement joué les compositions de Nino Rota, Ennio Morricone, Roberto Di Marino et Roberto Molinelli. Ces noms italiens se cachent derrière les bandes originales de certains des films les plus incontournables de l’histoire du cinéma : La Dolce Vita, Huit et demi, Il était une fois en Amérique… Avec ces compositions savamment enchaînées et mêlées les unes aux autres, c’est une véritable aventure à l’italienne qui s’est orchestrée sur la scène de l’auditorium Emile Bustani.

Aux côtés du chef d’orchestre, une inratable silhouette, celle d’un grand homme chauve, vêtu d’un simple t-shirt et d’une écharpe multicolore, en contraste saisissant avec l’élégance générale qui régnait dans la salle. Assis sur une chaise, face au public, il tient entre ses mains un gros instrument à l’allure métallique. Cet homme, c’est Mario Stefano Pietrodarchi, et ce qu’il tient, c’est un bandonéon, un instrument à vent et à clavier de la famille des instruments à anches libres. Sortant complètement du lot, Pietrodarchi a impressionné non seulement par la virtuosité avec laquelle il plongeait l’audience dans la nostalgie des ruelles romaines ou florentines, mais également par son attitude puissamment enjouée, cassant avec les codes parfois austères des concerts philharmoniques. Inspiré au point que la salle entière entendait l’air infiltrer ses narines, le bandonéoniste vit la musique de tout son corps et met à l’honneur un instrument bien souvent négligé, le soulevant haut dans les airs à chaque applaudissement comme pour indiquer que c’est le bandonéon qui est le héros de la soirée.

S’il y a un bien un avantage pour un orchestre philharmonique à jouer des musiques de cinéma, c’est de pouvoir se livrer tour à tour aux registres épiques, comiques, dramatiques et mélancoliques, le tout avec la même fluidité et la même quantité de retournements de situation qui font un bon film. En chœur avec un public conquis, ému et amusé, le chef d’orchestre Marcianò frôlait la danse en se dandinant, et sur sa queue de pie mouvante pouvait se lire le plaisir que lui-même prenait à revivre, le temps d’une soirée, la légende du cinéma italien. A ses côtés, le bandonéoniste Pietrodarchi, de par ses larges grimaces, ses mouvements incessants et l’extase qu’il affichait, aspirant d’immenses bouffées d’air, semblait quant à lui complètement habité par les compositions et transporté dans les films racontés en musique.

Entre le chef d’orchestre devenu spectateur et ce bandonéoniste pareil à un acteur de la commedia dell’arte, la symphonie des grands compositeurs italiens du vingtième siècle a été un ravissement pour l’assemblée de l’hôtel al-Bustan. Puisant ses forces dans le sentiment de nostalgie déjà si présent dans les films référencés, l’orchestre a raconté à son public une longue et entraînante histoire, abolissant la distance et la froideur qui trop souvent s’imposent autour de telles performances.


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