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Culture

Alex Baladi espère amener un jour sa Fabrique de fanzines au Liban

BD

C’est sous la rédaction en chef du dessinateur genevois que le collectif libanais « Samandal » a décroché le Prix de la bande dessinée alternative du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2019.

Zéna ZALZAL | OLJ
16/02/2019

Il s’appelle Alex Baladi et si son nom vous dit quelque chose c’est, sans doute, parce que vous avez dû tomber sur l’un des nombreux ouvrages de ce dessinateur de 49 ans, d’origine libanaise par son père et suisse de par sa mère. De l’Autoportrait (en bédés-cartes postales envoyées chaque semaine à son éditeur) à l’album western, de l’histoire de pirates dans Renégat à L’histoire de la Palestine, en passant par un Frankenstein revu et actualisé ou même une partition dessinée… Ce lauréat du prix Töpffer de la bande dessinée genevoise a plus d’une soixantaine de publications à son actif, dont pas une ne ressemble à la précédente ou à la suivante. Sa marque de fabrique : une ligne noire et sinueuse jusque dans les bulles, ainsi qu’une complexe, sinon expérimentale, mise en scène des cases. Chaque fois différente, chaque fois inédite. Il n’était donc pas étonnant que le numéro de la revue libanaise annuelle de bédé Samandal qu’il a dirigé ait été primé par le dernier Festival international de la Bande dessinée d’Angoulême (janvier 2019) dans la catégorie Bande dessinée alternative. Un bien nommé numéro Experimentation, qui s’accorde on ne peut mieux avec l’univers de ce bédéiste à la mine aussi pointue que sa personnalité est discrète. Mais qui est donc Alex Baladi ?

Comment a débuté ce projet avec « Samandal « ? Est-ce que c’est votre première collaboration avec cette revue libanaise ? Qu’est-ce qui vous a motivé pour y participer ?

Comme je l’explique dans la préface d’Expérimentation, c’est Barrack Rima (NDLR : illustrateur et bédéiste membre du comité de rédaction de Samandal) qui m’a présenté le collectif à Beyrouth en 2010, et j’ai alors participé à la plupart des numéros. Depuis quelques années, la revue est devenue annuelle avec un rédacteur en chef et un thème différents à chaque fois. C’est aussi Barrack Rima qui m’a proposé que je m’occupe d’un numéro expérimental. Je suis membre de l’OuBaPo (ouvroir de bande dessinée potentielle) et au sein de ce groupe ou tout seul, j’expérimente les possibilités du langage de la bande dessinée.


(Lire aussi : Samandal primé à Angoulême)


Quel processus avez-vous suivi pour réaliser ce numéro ? Quels sont les thèmes que vous avez abordés ?

Pour ce numéro, le thème étant, comme son titre l’indique, l’expérimentation, j’ai proposé un exercice formel.

Vous qui aimez varier les formats, les présentations, les paginations de vos publications, qui recherchez en somme les contraintes formelles pour booster votre créativité, quelles ont été les nouveautés que vous avez expérimentées dans ce projet ?

Au sein de l’OuBaPo, nous utilisons des contraintes pour explorer les possibilités du médium. Ici, il y avait déjà une contrainte, le fait que la revue est en trois langues. Je me suis dit que j’allais partir de là pour l’exercice et en rajouter une quatrième, muette, entièrement en images. Ainsi, il y a deux langues pour chaque sens de lecture. Quatre histoires de huit pages qui ont chacune quatre versions : française et anglaise d’un côté, arabe et muette de l’autre. Ce qui fait un livre symétrique, avec au milieu une histoire de quatre pages qui se lit dans les deux sens.

Qu’est-ce qui vous a amené à pénétrer l’univers de la BD ?

J’ai deux grandes sœurs qui en lisaient. On en avait beaucoup à la maison, j’ai commencé à les parcourir avant d’aller à l’école, sans pouvoir lire le texte, et assez vite je me suis mis à en dessiner moi-même.


(Pour mémoire : Le nouveau Samandal est arrivé !)


Quelle est votre relation avec le Liban? Y venez-vous fréquemment ? Est-ce que ce pays vous inspire d’une manière ou d’une autre ?

Je n’y viens malheureusement pas aussi souvent que je voudrais. J’ai grandi en Suisse, d’une mère suisse et d’un père libanais. La dernière fois que j’étais au Liban, c’était il y a un peu plus d’un an pour une résidence d’artiste à Plan Bey. J’y ai réalisé des dessins de Beyrouth, dont un panorama futuriste et uchronique basé sur une photo prise en 1952.

Vous avez créé avec des amis, en 2003, la Fabrique de fanzines. Quelle en est la finalité ?

La Fabrique de fanzines est composée de cinq ouvriers, moi inclus. On demande au lieu qui nous invite (Festival de BD, Salons du livre, bibliothèques, librairies, galeries d’art, musées, lycées, centres pour vieux, etc.) de nous fournir une photocopieuse avec de l’encre et du papier, et des tables et des chaises. On amène le reste : stylos, agrafeuse, massicot, de quoi passer des vinyles et des cassettes, et du fil avec des pinces à linge. On produit des fanzines (généralement une feuille A4 pliée en huit pages) en plusieurs exemplaires (entre 5 et 10) à distribuer gratuitement. N’importe qui peut venir faire des fanzines (enfants, auteurs confirmés, etc.). On l’a fait près d’une centaine de fois et, à chaque fois, la genèse et l’expérience du projet étaient différentes. C’est ce que nous relatons dans La Fabrique de fanzines par ses ouvriers mêmes, un livre paru chez Atrabile. C’est un moyen d’entrer en contact, de sociabiliser en envoyant, échangeant, distribuant ces fanzines... J’espère qu’on viendra en faire un jour au Liban.

Enfin, quel conseil donneriez-vous à un jeune dessinateur libanais de bédé ?

Cela dépend de son travail. Je ne donne pas de conseils en général, mais au cas par cas.

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