Le président Michel Aoun est l’allié stratégique et tactique du Hezbollah, aux dires du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah.
Le gouvernement est aussi, par excellence, celui du Hezbollah. Son bloc élargi compte 20 ministres : 3 à lui, 3 à Berry, 1 à Frangié, 1 sunnite du 8 Mars, 10 à Aoun-Bassil, et 2 à Joumblatt (qui, depuis le 7 mai 2008 ne rentre pas en contradiction avec le Hezbollah surtout concernant les questions qui lui sont importantes). Les 10 autres sont des adversaires dont la fonction, à la vue du Hezbollah, est de lui assurer une couverture politique face à ses ennemis régionaux et internationaux.
Kassem Suleimani avait bien déclaré à l’issue des élections législatives que le Parlement comptait 74 députés du camp de la « résistance ». C’est vrai aussi.
Ainsi, le Hezbollah détient directement et indirectement le pouvoir dans les trois institutions constitutionnelles du pays.
De plus, tout responsable dans n’importe quelle institution étatique qu’elle soit administrative, militaire ou sécuritaire, soit reçoit ses directives du Hezbollah, soit il est naturellement enclin à prendre des décisions en harmonie avec ce qu’il croit être les intérêts et les desiderata dudit parti, réel détenteur du pouvoir.
Ses armes, même s’il ne les utilise pas à l’intérieur, lui permettent d’y exercer son hégémonie. Ainsi, il est le plus fort à l’intérieur de l’État comme à l’extérieur. L’État est virtuel et son pouvoir est réel.
Mais, ce n’est pas un secret que le Hezbollah depuis ses débuts est le membre principal de la légion du Qods, responsable de l’exportation de la révolution islamique au sein des pasdaran. De ce fait, il est partie intégrante de la République islamique d’Iran.
Sans aucune exagération et en toute objectivité, on peut donc dire que le Liban est sous une occupation iranienne via le Hezbollah.
La gente politique libanaise « au pouvoir », toutes tendances confondues, occulte sciemment cette réalité évidente et amère.
Sa composante appartenant à l’ex-14 Mars se réfugie dans le mirage d’une illusoire libanité du Hezbollah ou la possibilité de sa libanisation qui lui ferait perdre sa raison d’être.
Elle murmure tout bas son attachement aux principes de liberté, de souveraineté et d’indépendance de l’État pour concilier l’inconciliable : ménager sa base populaire et les susceptibilités du Hezbollah.
À l’opposé, elle met en exergue la nécessité de l’édification d’un État « au véritable sens du terme », donne le prima à la ridicule « politique de distanciation », totalement bafouée par la vadrouille régionale du Hezbollah, à une stabilité tributaire de son bon désir, à la lutte contre la corruption par les corrompus eux-mêmes, à la sortie de la crise économique qui ne peut être que temporaire et partielle tant que le Liban est sous occupation iranienne et qui se ferait avec elle ou sans elle… autant de subterfuges pour cacher les véritables raisons de sa participation aux miettes du pouvoir.
Elle dénomme la soumission cohabitation. Elle justifie sa cohabitation aujourd’hui par le fait qu’elle a été pratiquée par le 14 Mars depuis 2005, oubliant que les rapports de force ont substantiellement changé depuis, en nette faveur du Hezbollah. De plus, l’accord quadripartite et la cohabitation ont été deux énormes bourdes stratégiques du 14 Mars. Elle découvre tardivement que le réalisme et pragmatisme politique est la bonne voie à suivre.
Le rapport de force régional qui, certes, influence le rapport de force intérieur, demeure jusqu’à l’heure en faveur de l’Iran. Il est difficile d’estimer qu’elle a perdu la bataille au Yémen où les houthis se sont imposés face l’État. En Irak, l’influence iranienne prédomine face à l’influence américaine. En Syrie, Assad a été maintenu au pouvoir et la présence militaire iranienne assurée à travers la légion du Qods, demeure massive avec une Russie qui ne veut et qui ne peut les retirer de Syrie. Au Liban, elle est maître du pouvoir. Son influence sur les Palestiniens va grandissante.
D’aucuns clament le contraire pour justifier leur participation au gouvernement en se targuant de faire contrepoids au Hezbollah. Il est vrai que l’Iran est ciblé par ses ennemis. Mais rien n’est dit pour le moment quant à l’éventualité et l’issue de la confrontation en cours qui pourrait se développer en guerre partielle ou totale ou pas. En dernière instance, tout dépendrait du degré d’engagement américain.
Tenant compte de la nature théocratique du pouvoir en Iran, la politique américaine basée sur son encerclement, son étouffement économique et sa déstabilisation résulterait vraisemblablement en un surplus de politique iranienne agressive et expansionniste.
En conclusion, il aurait mieux valu pour la sauvegarde du Liban que les partis de l’ex-14 Mars participant au gouvernement ne se fourvoient pas dans ce deal inégal avec le Hezbollah, de le laisser former son propre gouvernement et de participer à la réunification des forces souverainistes qu’ils ont disloquées, exhibant ainsi la volonté des Libanais de résister pacifiquement à la mainmise iranienne sur le pays du Cèdre et lui permettant de minimiser les dégâts dans l’éventualité d’une guerre régionale dont un des terrains serait inévitablement le Liban.
Malheureusement, on ne peut que déplorer que leur appétit de pouvoir et d’argent ait eu le dessus sur leur devoir national.
Cela dit, un mauvais gouvernement, avec ou sans la participation de l’ex-14 Mars, est mieux que l’absence de gouvernement.
Ce texte est le courrier d'un lecteur. A ce titre, il n'engage que son auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue de L'Orient-Le Jour.

C'est dit noir sur blanc.
10 h 41, le 16 février 2019