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Nos lecteurs ont la parole - Jana Mrad

« Quelle vision pessimiste de Beyrouth ! »

Retenant mon souffle, je déambule, après trois ans d’exil, dans les rues de Beyrouth. Ces rues bordées de déchets et de détritus. Je hume l’odeur de la poussière. Et, accélérant le pas, je lève les yeux vers les poteaux de la ville. Là où Paris affiche discrètement quelques annonces pour la prochaine exposition de Vasarely, Beyrouth exhibe partout d’affreux posters politiques. Je laisse mes pas s’égarer dans la crasse de la ville, j’erre dans ses quartiers sordides. Dans sa laideur. À droite, un type adossé à un mur matte indiscrètement mes fesses, je remarque sa main sur son entrejambe. Je presse le pas. J’avance. Plus vite. Et je bifurque. Un peu plus loin, une fausse rousse habillée en Vuitton mitraille du regard une petite Syrienne. « Saro aktar menna », lance-t-elle avec dédain. Elle laisse éclater un Chicklets dans sa bouche (peut-on l’éclater celui-là ?) et elle s’en va.

Pourquoi sommes-nous si arrogants ? J’avance. Pourquoi cette ville est devenue si laide ? Qu’est-ce qui me sépare de Beyrouth ? J’avance. J’ai emprunté le chemin de l’exil il y a maintenant trois ans. Je me suis barrée pour les études, oui. Mais aussi parce que je me sens bien à l’étranger. Non, l’exil n’est pas pingre avec moi. Marcher sous la pluie quand il fait -2°C ne me gêne pas. Manger les plats du Monop’ non plus. J’avance. Quand je me retrouve seule le soir dans mon 15m², je ne pleure plus. Je me sens plutôt libre et indépendante. J’aime Paris. Je le trouve tellement beau. Et Beyrouth ? J’avance. Je l’aime aussi, Beyrouth. Un peu. Beaucoup. Passionnément. À la folie. Comme le répète la ritournelle. Mais disons que j’en ai ras le bol de ses défauts.

Dis, toi, oui, toi, lecteur, tu ne me comprends pas ? J’ai l’impression que tu me juges. J’avance. Je sais que tu me juges. De quel droit me traites-tu d’« orgueilleuse expatriée » ? Laisse-moi t’expliquer. J’avance. Tu sais, la vie à Beyrouth se fait minuscule. Au Liban, je ne rêve pas parce qu’ici, les big dreams sont des chimères. « Les choses vont changer », me dis-tu, « ça va s’arranger ». Arrête tes conneries. Tout va mal. Tu le sais bien, au fond de toi. Et puis, les dernières élections n’ont...

Soudain, je ne peux plus avancer. Le trottoir est coupé, je dois traverser la route pour pouvoir continuer à marcher. Et moi, les autoroutes, je n’aime pas les traverser. Je m’arrête et me fige. Comme la ville.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Retenant mon souffle, je déambule, après trois ans d’exil, dans les rues de Beyrouth. Ces rues bordées de déchets et de détritus. Je hume l’odeur de la poussière. Et, accélérant le pas, je lève les yeux vers les poteaux de la ville. Là où Paris affiche discrètement quelques annonces pour la prochaine exposition de Vasarely, Beyrouth exhibe partout d’affreux posters politiques. Je laisse mes pas s’égarer dans la crasse de la ville, j’erre dans ses quartiers sordides. Dans sa laideur. À droite, un type adossé à un mur matte indiscrètement mes fesses, je remarque sa main sur son entrejambe. Je presse le pas. J’avance. Plus vite. Et je bifurque. Un peu plus loin, une fausse rousse habillée en Vuitton mitraille du regard une petite Syrienne. « Saro aktar menna », lance-t-elle avec dédain. Elle laisse...
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Moi aussi je t’abandonne demain et pour toujours Beyrouth que j’ai aimé ,beaucoup, passionnement. Tu m’as deçue,trahie,apres m’avoir pris 60 annees de ma vie. Je te quitte pour ma propre survie,mais j’en ai le coeur brisé.

Marie-Hélène

09 h 16, le 04 février 2019

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Commentaires (1)

  • Moi aussi je t’abandonne demain et pour toujours Beyrouth que j’ai aimé ,beaucoup, passionnement. Tu m’as deçue,trahie,apres m’avoir pris 60 annees de ma vie. Je te quitte pour ma propre survie,mais j’en ai le coeur brisé.

    Marie-Hélène

    09 h 16, le 04 février 2019

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