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Liban

Face à la mobilisation massive des avocats, un officier de l’armée fait machine arrière

Justice

Plus de 200 hommes de loi désirant défendre leur confrère étaient présents à l’audience tenue par le juge pénal unique de Beyrouth.


Claude ASSAF | OLJ
01/02/2019

La solidarité massive des avocats avec leur confrère Fadi Kahil face à ce qu’ils considèrent comme une atteinte à sa dignité et une offense de ses droits aura porté ses fruits. L’officier de l’armée Fadi Kebbé, qui avait intenté en août dernier une action en diffamation contre Me Kahil, s’est désisté de son droit d’agir, lors d’une audience hier au Palais de justice de Beyrouth pour entendre l’accusé.M. Kebbé avait porté plainte contre l’avocat pour avoir publié le 11 juillet 2018 un commentaire sur Facebook fustigeant sans les nommer l’officier et son frère – qui l’avaient battu la veille, lors d’une dispute sur une priorité de passage – et critiquant avec violence « la situation délétère du pays au plan de la corruption et de la sécurité ». Cette plainte avait été rendue possible après que le conseil de l’ordre des avocats de Beyrouth eut estimé que l’incident était survenu en dehors du cadre de l’exercice de la profession.

L’information avait suscité l’indignation de très nombreux avocats, dont 337 se sont portés volontaires pour défendre leur confrère, une mobilisation sans précédent.

Dès 8h30, dans la salle des pas perdus, des dizaines d’hommes et femmes en robe ont afflué face à la salle consacrée aux affaires pénales, alors que l’audience n’était prévue qu’une heure plus tard. Lorsque le juge pénal unique, Bassem Takieddine, a ouvert l’audience, plus de 200 avocats parmi les 337 ayant une procuration de Me Kahil se pressaient à l’intérieur de la salle, et même au- dehors. Devant les parties au procès quasiment submergées par la foule, le juge a proposé aux avocats menés par les anciens bâtonniers Issam Karam et Nohad Jabre et des membres du conseil de l’ordre, notamment Aziz Torbey et Imad Martinos, de se faire représenter par quelques-uns seulement, à charge pour les autres de se retirer de la salle. Faute de quoi, a-t-il suggéré, le dossier de Me Kahil serait gardé pour la fin des audiences.

Coup de théâtre, le bâtonnier André Chidiac entre dans la salle et se fraie un chemin pour parvenir à la barre. Il demande au magistrat de prendre la parole et annonce que l’officier Fadi Kebbé veut renoncer à son action, lisant l’écrit que celui-ci avait rédigé en ce sens dans le cadre d’efforts mutuels déployés en vue de mettre fin au procès.

Sachant que le parquet peut décider de continuer les poursuites dans le cadre d’une action publique, Me Kahil et son principal défendeur, Issam Karam, ont alors soutenu que l’avocat « n’avait nullement l’intention de porter atteinte à l’institution militaire et (qu’) il a publié son commentaire sur Facebook pour exprimer l’injustice dont il avait été victime », avant de souhaiter qu’il ne soit plus porté atteinte aux libertés. Ils ont en outre affirmé que « l’armée et le barreau ont une même mission, la défense du citoyen ». « Notre pays est celui de la liberté », a ajouté Me Karam, concluant que « si celle-ci est supprimée, le pays se désagrégerait ».

Le juge Takieddine a alors fixé la prochaine audience au 28 février. Il semble toutefois que les chances d’une condamnation de Me Kahil soient très minimes, dès lors que l’action civile a été abandonnée.

Plusieurs avocats interrogés par L’Orient-Le Jour avaient affirmé avant la tenue de la séance, qu’ « un avocat ne doit pas être traîné devant la justice lorsqu’il a voulu exprimer une opinion quelque rude qu’elle soit ». Selon eux, « la sanction devrait relever du conseil de l’ordre qui se chargerait de lui adresser un blâme ou de décréter une suspension de son exercice de la profession pendant un temps déterminé en fonction de la gravité de son acte ».

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