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Nos lecteurs ont la parole - Par Georges Nassif

Bilan du désarroi*

Dans l’empire du grand chaos où valsent la panique et la souffrance, et dans un pays où tout, absolument, nous vient d’en haut – abus et obus – des têtes s’inclinent et Lui, tout seul, courageux et vaillant, retire le glaive moderne et s’en balance un plomb dans sa carcasse désespérée: sacrée sentinelle du refus.

Oui, nos parents ont vécu, unis au centre-ville, dans ce paradis tant et tant de fois évoqué. Quand notre tour est arrivé, on a croqué la pomme et nous avons été éjectés dans le monde du silence où la démocratie ne nous permettrait que de nous taire et de nous clouer tout droit, là-bas, derrière le mur de la honte...

Qu’avez-vous fait, chers messieurs, de ce pays qui vous a été offert, qui vous a nourris de festins et vous a remis sans effort toutes les clés de la réussite ?... Au nom de vos dieux et de vos religions, si tant est que vous en connaissez, vous vous êtes partagé les responsabilités, vous avez organisé la ronde de la hiérarchie suprême et vous vous êtes bien souvent empli les poches, sous prétexte que le Liban est « le pays des services » !

Et nous, avons-nous seulement le droit de dire notre révolte ? Satanées queues, pénuries aigues, pannes cauchemardesques... Notre jeunesse? Du carnage, une hécatombe. Nous sommes désormais ensevelis sous les restes de nos futurs ingénieurs, médecins, avocats, dentistes, car on en est venus à manipuler les professions comme tours de magie. Gare à vous, diplômes et manuscrits.

Et toi culture, où es-tu ? Serais-tu dans nos boîtes de nuit, là où les musiques font éclater les mœurs et tes coutumes, ces vieilles traditions mal copiées et ridicules, où les filles sont brodées d’hypocrisie et de mensonges alors que les garçons répètent sans se lasser les mêmes bêtises de la veille, à l’ombre d’un vieux proverbe qui dit que « la voilure ne fait pas le moine ». Oui, nous sommes vides et imbéciles.

Nous sommes une jeunesse terrassée sur la terre des exilés. De petits fous qui désertent leurs foyers pour s’assurer un avenir dans des pays où l’on se sent encore plus étrangers, mais qu’on refuse d’abandonner. Nous sommes trahis. Cette guerre nous a tout pris, et pourtant ce n’est pas la nôtre.

Voici ton drapeau, voyageur abandonné. Demande-lui de recommencer, mais de refaire à part entière ce qu’il a renversé.

*NDLR: Ce courrier des lecteurs a été publié dans notre édition du 27 novembre 1987, en pleine guerre civile. Son auteur, décédé le 27 janvier 1998, aurait pu l’écrire presque mot pour mot aujourd’hui: il aurait résonné tout autant…

Ce texte est le courrier d'un lecteur. A ce titre, il n'engage que son auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue de L'Orient-Le Jour.

Dans l’empire du grand chaos où valsent la panique et la souffrance, et dans un pays où tout, absolument, nous vient d’en haut – abus et obus – des têtes s’inclinent et Lui, tout seul, courageux et vaillant, retire le glaive moderne et s’en balance un plomb dans sa carcasse désespérée: sacrée sentinelle du refus. Oui, nos parents ont vécu, unis au centre-ville, dans ce paradis tant et tant de fois évoqué. Quand notre tour est arrivé, on a croqué la pomme et nous avons été éjectés dans le monde du silence où la démocratie ne nous permettrait que de nous taire et de nous clouer tout droit, là-bas, derrière le mur de la honte... Qu’avez-vous fait, chers messieurs, de ce pays qui vous a été offert, qui vous a nourris de festins et vous a remis sans effort toutes les clés de la réussite ?... Au nom de vos...
commentaires (1)

il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville. Feu mr G Nassif en a réchappé de témoigner de notre present - pardon a ses proches au cas ou je les aurais offense

Gaby SIOUFI

17 h 09, le 29 janvier 2019

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Commentaires (1)

  • il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville. Feu mr G Nassif en a réchappé de témoigner de notre present - pardon a ses proches au cas ou je les aurais offense

    Gaby SIOUFI

    17 h 09, le 29 janvier 2019

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