Le ministre sortant des Affaires étrangères, Gebran Bassil, a affirmé à la chaîne américaine CNN, depuis Davos, où quelque 3 000 grands patrons et décideurs politiques sont rassemblés à l’occasion du Forum économique mondial, que l’économie libanaise n’était pas « si mauvaise » et qu’il encourageait d’autres pays à imiter le Qatar, qui a acheté des eurobonds libanais « parce que c’est sûr et rentable ».
L’entretien s’ouvre sur une boutade du ministre libanais interrogé par la journaliste Becky Anderson sur la situation du pays : « Non, mais (au Liban) c’est différent de Washington et de Londres. Nous devrions peut-être leur apprendre comment gérer un pays sans budget, dit-il, ironique avant de poursuivre : Parce que le Liban, vous le savez, s’adapte à toutes les situations difficiles. »
Ces propos de M. Bassil ont suscité des réactions diverses sur les réseaux sociaux, allant de la stupéfaction à la colère ou la dérision.
« Je pense que nous pourrons bientôt former un gouvernement et nous sortir de cette situation », ajoute ensuite M. Bassil, affirmant que « notre économie a besoin d’être remodelée ».
« Parlons de l’économie, poursuit la journaliste. Parce que, pour être francs, elle est au bord de l’effondrement à l’heure actuelle. Beaucoup l’appellent un désastre (...). » « Je ne peux pas dire que notre économie est si mauvaise. Parce que c’est une petite économie. Le peuple libanais a un excellent sens de l’initiative. Et nous pouvons le faire revivre », répond M. Bassil. « C’est le troisième pire ratio dette sur PIB au monde, Monsieur », l’interrompt alors la journaliste.
« Oui, mais nous sommes toujours capables de le faire. Nous sommes pleins de ressources. Nous avons des compétences et nous avons la capacité de le faire, assure le chef de la diplomatie. Et nous avons des pays qui croient encore au Liban. Nous avons des gens qui croient encore en la nécessité du modèle libanais pour contrer tout ce à quoi nous sommes confrontés. »
« Je ne pense pas qu’avoir un Liban qui s’effondre (peut faire du bien à qui que ce soit), poursuit-il. Il y aura davantage de terrorisme. Il y aura davantage d’extrémisme et de violence. Je pense que le Liban peut absorber une grande partie du choc des civilisations auquel nous assistons. Et notre économie est capable de faire face à de telles situations. »
Interrogé au sujet du Qatar qui a déclaré son intention d’acheter des titres de dette libanaise alors que la situation financière du pays fait l’objet de spéculations, M. Bassil répond : « Les Qataris sont de bons investisseurs. Ils sont en train d’acheter des eurobonds libanais. Et j’invite les autres à faire de même. Parce que c’est sûr et rentable. »
La journaliste lui rappelle alors que Moodys, l’une des trois principales agences de notation américaines avec Fitch et Standard & Poor’s, a annoncé lundi sa décision de dégrader la note souveraine du Liban, de » B3 « à » Caa1 «, tout en révisant la perspective du pays de « négative » à « stable ». « Nous avons traversé des situations pires et nous nous en sommes sortis », répond M. Bassil.
Interrogé sur la réaction de Riyad en froid avec le Qatar depuis juin 2017, il répond : « Vous savez, (les Saoudiens) sont les bienvenus pour faire de même et plus. Et je sais qu’ils l’ont déjà fait. Et je crois que nous sommes en train d’encourager les Saoudiens, ainsi que d’autres pays, à aider le Liban à rester stable. Le monde ne peut pas permettre d’avoir un Liban qui s’effondre. »
Le ministre saoudien des Finances, Mohammad al-Jadaan, a d’ailleurs assuré mardi depuis Davos que Riyad allait soutenir le Liban « par tous les moyens ».
« Le Liban respecte les lois internationales »
La journaliste l’interroge alors sur le conflit entre le Liban et Israël. Affirmant en citant des « experts de renom » que « la frontière israélo-libanaise est la frontière la plus dangereuse en 2019, elle lui demande : « Cela vous empêche-t-il de dormir la nuit? » « Ce qui me tient éveillé, c’est le silence qui accompagne les violations quotidiennes par Israël de notre indépendance et de notre souveraineté, se défend M. Bassil. Nous avons plus de 150 violations aériennes et terrestres de la résolution 1701. C’est ce qui est inquiétant. »
« Israël veut vraiment assurer sa sécurité, et c’est son droit, alors il devrait cesser d’agresser les autres pays. (...) Au Liban, tout ce que nous demandons, c’est nos droits et notre terre », ajoute-t-il. « Nous demandons également d’explorer nos ressources pétrolières et gazières au large des côtes libanaises. Vous savez quel est le problème ? Le Liban respecte les lois internationales. Israël ne le fait pas. Très simple. Israël lance des guerres. Le Liban n’a jamais agressé ni Israël ni aucun autre pays. Nous respectons les lois et résolutions internationales et Israël ne se soucie de personne. »
Par ailleurs, le ministre libanais a annoncé mercredi sur son compte twitter avoir assisté à Davos à une réunion à huis clos consacrée à la Syrie. Plusieurs de ses homologues ainsi que des ministres de la Défense et des chefs de services de sécurité concernés par le dossier syrien étaient présents à la réunion. M. Bassil a aussi indiqué s’être réuni en marge du forum avec le Premier ministre arménien, les ministres jordanien et palestinien des Affaires étrangères et le nouvel émissaire de l’ONU pour la Syrie, Geir Pedersen.


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