Nos Lecteurs ont la Parole

Une farce nommée Taëf

Georges TYAN
OLJ
11/01/2019

C’était amusant à regarder, deux ministres et trois ou quatre députés venus applaudir un confrère qui se donnait en spectacle lyrique sur une chaîne de télévision locale à une heure de grande diffusion, au milieu d’un parterre de jeunes qui ont affolé l’applaudimètre, disputant la vedette à un chanteur des plus connus et aimés du public.

Désopilant. Faute de donner aux Libanais un gouvernement, on leur donne comme Néron des jeux et des chansons, sans pour autant se rendre compte que le pays, à défaut de brûler, les burlesques se donnant en spectacle, s’étiole comme peau de chagrin.

C’est vrai, nous avons eu des touristes, les hôtels et les restaurants étaient bondés au jour de l’An. Beyrouth a été classée septième au monde pour son beau feu d’artifice, mais tout cela n’est que poudre aux yeux de ceux qui veulent voir et dire la vérité, quitte à ce que personne ne les écoute et qu’on trouve leurs remarques oiseuses et ridicules.

Pourtant, le ridicule est là, devant nous, il est palpable, il saute aux yeux : en sept mois, nul gouvernement n’a pu être formé, et chaque fois que la coupe s’approchait des lèvres, il y avait toujours quelqu’un pour, d’un bon revers de la main, la jeter bas et reprendre à zéro le cirque.

Bien sûr, dans cette affaire, le Hezbollah a bon dos, je dirais même plus, il n’en est pas innocent. Pourtant, les autres partis, tout aussi religieux, gangrenés désormais par un communautarisme pur et dur, ne sont pas en reste.

Nous avons tous assisté, sidérés, au marchandage éhonté, à la valse satanique des portefeuilles ministériels juteux auxquels les parties prenantes à ce conflit de bas étage s’adonnaient effrontément, lorgnant, toutes babines bavantes, les bénéfices à en tirer, comme si les pays où les puissances étrangers dont ils sont les parfaits vassaux leur avaient suspendu leurs généreux subsides.

Quelle désolation pour un pays qui était il n’y a pas longtemps le carrefour de civilisation, de culture, de liberté, havre de paix, cœur battant de la région, lieu de rencontre des religions célestes, où il faisait bon vivre.

Un pays ne peut jamais disparaître, ceux qui le gouvernent oui. Vivement le tour des actuels, nous n’en avons jamais connu de plus nocifs dans nos annales, nous allons de mal en pis. Je me demande bien, à force de creuser, où ils nous mènent.

Le Liban actuel est bâti sur un accord, celui de Taëf, travesti en Constitution. Comme dans une auberge espagnole, chacun amène et emporte ce qui lui plaît, le plus leste rafle la mise. Mais tout ce qui brille n’est pas or, certains ont été bien attrapés, l’or n’était que du fer poli qui à la première goutte d’eau s’est rouillé.

Dès le départ, donc, il y eut maldonne préméditée. Il serait fastidieux de revenir sur les détails et les péripéties de cet affreux épisode de notre histoire récente que d’ailleurs tout le monde connaît.

On ne corrige pas une erreur par une autre. Taëf est une abomination, et ce n’est certainement pas les affairistes, ni les tenants du régime soi-disant fort ou encore ceux qui sont enfoncés jusqu’au cou dans la religiosité inquisitrice qui pourront y remédier. Une virée à l’étranger ne fera pas non plus l’affaire.

Je l’ai écrit il y longtemps, et j’y reviens, c’est au Liban et au Liban seul que doit naître la nouvelle Constitution, nulle part ailleurs. Nous possédons des juristes de grande renommée, doublés de constitutionnalistes hors pair, probes, propres, honnêtes, indépendants, consciencieux ; mettons-les à contribution et finissons-en une fois pour toutes de cette farce nommée Taëf.

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Les révoltes souvent viennent du peuple et le peuple, malheureusement, est moins bien informé et est moins lettré que vous. La force de ces partis politiques est de l’avoir dompté.

Je suis d’accord avec vous sur Taëf.

L’important c’est que le peuple le soit aussi.

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