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Liban

Les réseaux s’enflamment après les propos virulents d’un député CPL contre Ragheb Alama

Hikmat Dib vs Ragheb Alama

Boostée par la polémique, « Tar el-Balad » devient la deuxième chanson la plus téléchargée sur iTunes.

12/12/2018

Quelques jours à peine après le lancement de sa nouvelle chanson, Tar el-Balad, que l’on peut traduire par « le pays est perdu », le crooner libanais Ragheb Alama a violemment été pris à partie par le député Hikmat Dib du Courant patriotique libre. Lors d’une interview matinale et en direct, lundi sur la chaîne télévisée OTV (liée au parti du président Michel Aoun), M. Dib a appelé à « couper la tête » du chanteur (hayda lazem yitir rasso, un jeu de mots en arabe autour du titre de la chanson), car il a fait preuve d’une « irresponsabilité susceptible de provoquer le désespoir et de pousser la population à quitter le pays ». Sans élaborer sur ses propos, le député s’est indigné contre le nouveau tube du chanteur, se demandant ce qu’il veut dire par « le pays est perdu ».

L’élu de cœur des Libanais

La réponse de Ragheb Alama n’a pas tardé. « C’est mon pays avant d’être le vôtre. Moi, tout le peuple libanais m’a consacré élu de son cœur, et mon nom sera porté haut pour des centaines d’années. Alors que vous, et sur un signe du petit doigt du président de votre parti, vous pourrez être relégué dans le passé… Je vous conseille de présenter une demande d’adhésion auprès de Daech… Honte à vous ! » Le chanteur a même laissé entendre qu’il pourrait porter plainte.

Loin de s’excuser, le député de Baabda a alors rétorqué : « Ragheb Alama, continuez (à chanter) vos chansons d’amour et de passion, et laissez le pays tranquille ! »

L’affaire s’est rapidement transposée sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes, dans un élan de solidarité envers Ragheb Alama, ont condamné la virulence des propos du député, les qualifiant de menaces, traitant M. Dib de « daechiste » et affirmant aussi qu’« un tel langage n’est pas digne d’un élu ». Quelques voix ont, aussi, appelé le chanteur à vanter plutôt la beauté du Liban.

Le syndicat des artistes professionnels au Liban s’est joint aux internautes dénonçant « l’irresponsabilité des paroles » du député du CPL et faisant part de sa « solidarité envers le grand artiste ». À son tour, le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, s’est dit « surpris de tels propos de la part de son confrère du CPL qui a été, lui aussi, victime d’atteinte aux libertés, lors de l’occupation du pays ». Le ministre sortant de l’Information Melhem Riachi a, de son côté, estimé que les paroles de la chanson reflètent « la douleur du chanteur pour le pays » et « la douleur de chacun d’entre nous ». Même le député Neemat Frem, qui fait partie du bloc parlementaire du CPL, a observé lundi dans un tweet, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, que la chanson Tar el-Balad n’est rien d’autre que « le cri de douleur de chaque citoyen qui exprime son droit à avoir un pays ». « Nous sommes tous responsables », a ajouté l’industriel.

L’opinion publique a condamné le député

La chanson est un cri d’alarme qui met l’accent sur la situation catastrophique du pays. « Il est temps de crier, où est la justice ? Les rêves se sont envolés, le pays est perdu et personne ne nous écoute », dit notamment cette chanson.

Ragheb Alama était injoignable hier, car en tournage, mais son frère, Khodr Alama, qui est également son manager, a salué la vague de solidarité des internautes sur Twitter. Il a indiqué à L’Orient-Le Jour que « Ragheb Alama ne portera pas plainte, car l’opinion publique a déjà sévèrement condamné le député ». Ce dernier « bénéficie, en outre, d’une immunité parlementaire », a-t-il ajouté. « Non seulement les fans de Ragheb, mais tous les Libanais, indépendamment de leur appartenance communautaire et politique, de même que la presse et les hommes politiques ont dénoncé les propos du député Hikmat Dib. Cela est suffisant et ne nécessite pas un recours en justice », a-t-il précisé, estimant que « les mots du député aouniste sont dignes de Daech et non pas d’un responsable politique qui s’exprime en direct à la télévision ». « Nous rejetons de tels propos », a-t-il conclu. À souligner que Ragheb Alama est un défenseur des droits fondamentaux et ambassadeur de bonne volonté du Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP). Il a également fondé une école à Beyrouth pour les enfants à besoins spécifiques. Ce Beyrouthin est aussi connu pour ses sympathies à l’égard de la famille Hariri. Après l’assassinat de l’ex-Premier ministre, Rafic Hariri, en février 2005, il avait quitté le Liban pour une période, avant d’y revenir. Et lorsque Saad Hariri a été nommé Premier ministre, en mai dernier, le chanteur l’a chaleureusement félicité. « Ragheb n’appartient à aucun parti politique. Il n’est pas politisé. Il est proche de tous les Libanais. Et les paroles de sa chanson ont pour seul objectif de lancer un cri d’alarme, de dire que le pays est perdu à cause d’eux (les politiciens) », insiste son frère. Et d’accuser le député Dib d’avoir « politisé l’affaire », tout en espérant « qu’il ne réitère pas ses menaces ».

L’Orient-Le Jour a essayé à plusieurs reprises de joindre Hikmat Dib, sans succès. Une source haut placée du CPL a préféré, de son côté, ne pas commenter, estimant que c’est au principal intéressé de s’expliquer. Quoi qu’il en soit, Tar el-balad fait le buzz. Comme le révèle Khodr Alama, « le tube dont les paroles ont été écrites par Nizar Francis est aujourd’hui la deuxième chanson la plus téléchargée sur iTunes dans le monde, selon le Singapore World Chart ».

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gaby sioufi

deplorable niveau culturel atteint .

LIANE ZIAD

Quelle honte!!!!
"Tar El Balad "
C'est l'avis de la grande majorité des Libanais .
Eux même le savent très bien mais craignent l'entendre ..
Politique de l'autruche ..

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