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Liban

Maurice Aouad, un maître de la poésie vernaculaire libanaise

Disparition
Fady NOUN | OLJ
10/12/2018

Considéré avec Saïd Akl, Michel Trad et May Murr comme l’un des maîtres de la littérature vernaculaire libanaise, Maurice Aouad est décédé hier, à l’âge de 85 ans.

Inclassable autodidacte, Maurice Aouad est l’un de ces géants qui, non sans souffrances pour lui-même et sa famille, s’est hissé au sommet de son art à la force de ses poignets, en l’occurrence ses vers et un code de conduite intraitable très particulier.

Né à Bsalim le 20 février 1934, Maurice Aouad fut inscrit par ses parents au séminaire jésuite de Ghazir à l’âge de six ans. Mais son parcours scolaire sera irrégulier. À 18 ans, il s’inscrit à nouveau chez les jésuites, mais cette fois à Bickfaya. Il y restera à peine deux ans.

À 20 ans, il est à Antélias, livré à lui-même. Pour gagner sa vie, il travaille la terre, transporte des briques, tire des filets sur la place puis trouve un emploi de typographe. Mais en 1957, la nostalgie le ramène au séminaire de Ghazir. Il envisage une vocation religieuse. C’est là que, paradoxalement et grâce à deux prêtres, les pères Boulos Élias Chawkat et Raphaël Nakhlé, il va découvrir sa vocation de poète rebelle ; une révélation qui l’investit d’une mission et le poussa à se consacrer corps et âme à la langue libanaise.


Né à « Kfar Ghorbé »
En quittant l’école de Bickfaya, Maurice Aouad avait écrit : « J’ai rabattu la porte sur les jésuites en prenant avec moi la poésie de Claudel, Péguy et Francis James, ainsi que les symphonies de Mozart, et un tout petit peu de théologie qui vous fait craindre l’enfer, qui vous apprend que les orthodoxes sont des hérétiques et les protestants, des athées. »

Cette tirade est typique de sa façon de s’exprimer, oralement et par écrit, avec des raccourcis à l’emporte-pièce qui disent bien plus sa réaction de souffrance que la réalité objective des choses, qu’il sait plus nuancée. C’est ainsi qu’il affirme venir d’un village imaginaire nommé « Kfar Ghorbé » (le village de l’exil) ; c’est aussi dans cet esprit qu’il juge aujourd’hui que « nous ne sommes pas parvenus en cent ans à édifier un État au Liban », qu’il regrette « l’absence d’une âme libanaise » et juge « ingouvernable un pays qui adore Dieu de seize manières différentes ». Durant la guerre pourtant, Maurice Aouad s’était investi dans l’élan patriotique qui a mobilisé la « société chrétienne » de l’époque. Il est d’ailleurs l’auteur des paroles de plusieurs des chansons emblématiques du Front libanais, dont le célèbre Sur tes pas nous avons marché, écrite pour le parti Kataëb. Il avait également été étroitement associé au Mouvement culturel – Antélias. Mais son aspiration à la perfection, ce que certains appellent son idéalisme, et sa lucidité ont fait de lui un révolté permanent, jamais un dogmatique, un idéologue ou un partisan, mais bien plutôt un iconoclaste. Son œuvre compte plus d’une centaine d’ouvrages, en général des plaquettes de poèmes, mais aussi de la prose poétique, des romans et de courts récits, des essais, une épopée, un pamphlet, des pièces de théâtre en vers et en prose poétique et des traductions. Il a notamment traduit (en libanais) le Nouveau Testament ainsi que le Petit Prince de Saint-Exupéry. Globalement, la production de Aouad se développe dans trois directions : humaine et amoureuse, chrétienne et patriotique. Contrairement à Saïd Akl, il n’a jamais écrit en caractères latins.

En 2015, la candidature de Maurice Aouad est acceptée par le comité Nobel, sur proposition de trois universités : en Pologne, à Malte et au Liban (Université libanaise), sous l’impulsion de Rabiha Abou Fadel. Ses œuvres ont été traduites en polonais, en italien, en anglais et en français. Au Liban, il a obtenu à deux reprises le prix Saïd Akl.


La vertu « espérance »
Marié, Maurice Aouad a deux fils, Melkar et Adon, des prénoms venant de la civilisation phénicienne. Le premier a une compagnie de recherche et d’études, tandis que le second s’est investi dans le théâtre. « Pas toujours facile de vivre avec un homme qui a un code de conduite aussi particulier que mon père », reconnaît l’aîné qui, en réponse à la question « De quoi vivait-il ? », répond : « Il arrivait à ne pas mourir de faim. » Chrétien, Maurice Aouad jugeait que « l’institution n’est pas à la hauteur des valeurs qu’elle défend », et vivait surtout, comme Péguy, de la petite vertu « espérance ».

Ses obsèques seront célébrées aujourd’hui à 15h30 en l’église Mar Nohra (Furn el-Chebbak). Les condoléances seront reçues avant et après la cérémonie, ainsi que le mardi aux heures traditionnelles.

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