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Idées

Le bitcoin va-t-il vraiment mourir ?

Point de vue
08/12/2018

«Le bitcoin a 10 ans, mais a-t-il un avenir ? » (L’Écho, 23 novembre); « Pourquoi sa valeur chute-t-elle à ce point? Parce qu’il n’y a rien derrière » (Europe 1, 16 novembre) ; « Une baisse sans espoir de redressement » (Sputnik France, 24 novembre)… Tels sont les commentaires souvent approximatifs que l’on pouvait récemment lire dans la presse généraliste au sujet de la série de baisses importantes qu’a connues le bitcoin ces dernières semaines. De fait, après plusieurs mois de stabilité autour de 6 500 dollars, le prix du bitcoin a chuté à quatre reprises – les 14, 19 et 24 novembre, et enfin jeudi – pour retrouver une forte volatilité entre 4 400 et 3 400 dollars (son taux jeudi en fin de matinée). Bien loin du sommet historique atteint le 17 décembre 2017 (environ 19 900 dollars).

Pourtant, ce type de variations n’a rien d’inhabituel sur le marché des cryptomonnaies (dont le bitcoin pèse 55 %). Ce qui a pu choquer, c’est bien la rupture après une longue période de stabilité qui avait vu le cours du bitcoin afficher une volatilité inférieure à celle de nombreuses valeurs boursières – comme Amazon, Netflix ou Nvidia – en septembre et octobre derniers. Deux questions se posent donc : comment analyser rationnellement la volatilité des monnaies virtuelles, et pourquoi le traitement médiatique qui en est souvent fait est-il aussi captieux ?


(Lire aussi : Le bitcoin sous les 5 000 dollars, une première depuis octobre 2017)

Imprévisibilité et constantes

Contrairement aux cours de la Bourse, ceux des monnaies digitales sont rarement réceptifs aux effets d’annonce et se caractérisent par une grande imprévisibilité. Pourtant, des constantes existent qui sont confirmées par les analyses techniques : depuis le pic historique de l’an dernier, le marché est globalement baissier. Dans ce contexte, même les événements positifs – tels que des annonces d’investissements massifs d’acteurs institutionnels dans l’industrie des cryptomonnaies – n’ont aucun impact haussier sur les prix, tandis que certains phénomènes négatifs – comme le report de la décision du régulateur américain sur VanEck, un produit en Bourse appuyé sur le bitcoin – risquent à tout moment d’entraîner une chute subite et disproportionnée des cours.

Il en est de même des événements majeurs qui créent une effusion des investisseurs par anticipation. Ainsi devait-il en être à la veille de la mise en œuvre, le 15 novembre dernier, du « fork » de l’une des principales « blockchains », c’est-à-dire du schisme entre deux versions du réseau Bitcoin Cash (lui-même issu d’une scission du bitcoin en 2017). Cet événement résultant d’un désaccord entre les développeurs d’une communauté « blockchain » sur les améliorations techniques à y apporter, il aurait pu n’avoir qu’un impact temporaire. Mais la confrontation violente et prolongée entre les deux camps, interprétée comme une fragilité de la technologie due à des comportements humains manipulateurs, a eu un impact psychologique sur les investisseurs. Or les facteurs techniques, la psychologie et la manipulation demeurant les trois moteurs les plus déterminants du marché, les prix ont commencé à baisser.

Les tendances à long terme sont bien plus simples à mesurer que les mouvements de prix de court terme. Il est donc important de ne pas réagir émotionnellement. Le prix n’est que l’une des mesures de la valeur d’un actif. Bien qu’il soit important, cet indicateur ne permet pas de prédire la valeur future du bitcoin. C’est là l’erreur faite par certains investisseurs impatients, nombre de médias généralistes, voire certains économistes, dont les Prix Nobel d’économie Jean Tirole ou Paul Krugman (lequel avait annoncé en 1998 qu’internet n’aurait pas plus d’impact sur l’économie que le fax…). Un site web ironiquement intitulé « Bitcoin Obituaries » (« Nécrologie du bitcoin ») recense ainsi les 316 annonces de la mort du bitcoin dans la presse anglophone depuis 2010. Des critiques qui portent essentiellement sur sa volatilité – pourtant toute relative – et des a priori sur sa sécurité et son utilisation par des criminels et terroristes. Or ces derniers points ont été nuancés par de récents rapports d’Europol, de la Commission des services financiers de Corée du Sud et de la « Foundation For Defense of Democracies Center on Sanctions and Illicit Finance » américaine.


(Lire aussi : Quand votre téléphone fabrique du bitcoin à votre insu)


Maturation

Ce qui n’est pas décrypté, c’est la maturation de l’industrie et le perfectionnement des technologies sous-jacentes. Ce processus long, comparable à celui de l’adoption des ordinateurs et d’internet, se manifeste par une adoption progressive des technologies blockchain et des monnaies digitales dans de nombreux secteurs (logistique, assurances, notariat, e-gouvernement, énergie, transferts bancaires internationaux etc.). En outre, l’intérêt croissant des acteurs institutionnels – États et banques en première ligne – n’est pas du tout mis en valeur par les médias généralistes.

Enfin, les fondamentaux du bitcoin continuent à se renforcer, notamment du point de vue du nombre d’utilisateurs et de transactions ou de la puissance totale de calcul affectée au système. Le coût par transaction, lui, a continué à diminuer sur 2018.

Quels sont donc les prochains événements qui pourraient influencer le marché ? ICE, le groupe propriétaire du New York Stock Exchange, a lancé cette année la plateforme d’investissement Bakkt, sur laquelle sera proposé dès janvier prochain un produit financier appuyé sur le bitcoin. Autre événement très attendu par la communauté : la décision, début 2019, de la SEC, le régulateur financier américain, sur la proposition d’entrée en Bourse de neuf produits financiers axés sur le bitcoin.

Mais en fin de compte, l’élément qui sera déterminant dans la réussite globale du bitcoin sera d’ordre essentiellement éducationnel. Le manque d’éducation qui caractérise la majorité de ses utilisateurs actuels – de petits particuliers plutôt que de larges investisseurs professionnels – fait qu’à l’emballement collectif autour de l’un des actifs les plus rentables de la dernière décennie succède trop facilement la panique au moindre signe de faiblesse. Ce qui changera la donne, c’est de rendre l’accès et l’utilisation des cryptomonnaies plus facile et intuitif, de sorte qu’elles seront de plus en plus utilisées pour leur rôle initial de monnaie d’échange, auprès d’un nombre toujours plus élevé de commerçants, que comme un actif spéculatif.

par Alexis MALOUX

Chef du service d’intelligence économique à CSI, société de conseil et d’intelligence économique basée à Beyrouth et spécialisée dans la blockchain, le big data et les services de sécurité et d’audit de risques.


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Bery tus

je voudrais aussi rajouter qu'on ne stoppe pas le progrès c'est clair la monnaie électronique est pas mal s'il n'était pas énergivore et pourrait laisser un impact sur l'écologie …


mais cependant on ne devrait pas opter pour ce type de monnaie

Bery tus

on l'avait prevu et on avait prevenu !! le bitcoin dans sa forme actuelle ne resistera pas .. surtout pas a l'ecologie lol … cela n'a était qu'un coup des détenteurs de bitcoins qui avaient parier en achetant a sa creation pour quelque cents, a son envole … vue qu'Il ne la jamais alors ils l'ont fait artificiellement et le tour est jouer plein de moutons ont suivis

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TOUTES CES MONNAIES PARALLELES SONT VOUEES A DISPARAITRE CAR CE SONT DES BALLONS VIDES... NAIFS QUI Y AVAIENT CRU...

Marionet

Intéressant. A mon avis, il faut aussi lire à tout prix l'étalon-bitcoin, de Saifedean Ammous, enseignant à la Lebanese American University et selon qui Bitcoin réunit toutes les propriétés nécessaires pou remplacer l'étalon-or. Son livre contient aussi une histoire passionnante de la monnaie depuis l'Empire romain à nos jours. 0 jargon et pourtant plein de leçons économiques!

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