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Liban

Tarek Mitri : « Le Liban est une chance que nous n’arrivons pas à saisir »

Dialogue

L’Académie Hani Fahs remet son prix à l’ancien ministre, ainsi qu’à la communauté Sant’Egidio, à l’Institut d’études islamo-chrétiennes de l’USJ et au chercheur irakien Abdel Amir Kassem.


Fady NOUN | OLJ
07/12/2018

La grande figure de Hani Fahs, l’uléma chiite disparu, a dominé comme de juste la cérémonie d’attribution du Prix de l’Académie Hani Fahs pour le dialogue et la paix, dans sa troisième édition. Le prix a été décerné à l’ancien ministre de la Culture, Tarek Mitri, qui a eu des mots très émouvants pour parler de l’amitié qui le liait au sayyed, de sa passion pour le dialogue et l’ouverture, de son questionnement perpétuel et des risques qu’il a pris en allant à contre-courant des idéologies habillées de religion.

La cérémonie s’est tenue dans l’amphithéâtre principal du campus de l’innovation de l’USJ, rue de Damas, en présence d’une pléiade de personnalités politiques parmi lesquelles figuraient Amine Gemayel et Michel Sleiman, Hussein Husseini, Fouad Sinora et Nouhad Machnouk. Elle était co-organisée par l’académie en question, l’Institut d’études islamo-chrétiennes (IEIC) de l’USJ, ainsi que par la Chaire Unesco de religions comparées à l’USJ et la Chaire Unesco à l’Université de Koufa (Irak), représentée par Hassan Nazem.

Hani Fahs fait partie de ces hommes de foi musulmans qui ont assumé l’aventure spirituelle du dialogue avec le christianisme avec toutes ses conséquences, s’arrêtant au seuil de la doctrine, mais franchissant courageusement le seuil de la relation au Christ, révéré dans l’islam comme prophète. C’est ainsi que l’ont décrit beaucoup de ceux qui l’ont connu, et en particulier le recteur de l’USJ, Salim Daccache, qui l’a présenté comme un homme s’adressant à « l’autre différent qui, en même temps, fait partie de lui ».

Le P. Daccache a en outre rendu hommage aux différents récipiendaires de l’académie qui, en même temps que Tarek Mitri, ont été récompensés par des prix subsidiaires : la communauté chrétienne d’origine italienne Sant’Egidio, qui s’est distinguée par ses initiatives de dialogue discrètes à dimension diplomatique et qui était représentée à la séance par son responsable aux relations extérieures, Andreas Tarantini ; le chercheur irakien Abdel Amir Kassem pour un essai exégétique; et enfin l’équipe d’un documentaire réalisé par les étudiants de l’IEIC, dont les héros sont les Libanais de toutes confessions qui ont refusé la logique de la guerre et ont continué à s’entraider malgré les barrières artificielles dressées par le conflit confessionnel qui, un moment, a fait rage.


(Pour mémoire : Le prix Hani Fahs, pour perpétuer la pensée modérée face à l’extrémisme)


« Un pionnier de la recherche »

En écho à cette présentation, Antoine Messarra, l’un des fondateurs de l’Académie Hani Fahs, et Tarek Mitri ont souligné le caractère « pionnier » de la recherche de « l’authenticité et du renouveau dans la pensée religieuse au Liban et dans la région » des nombreux essais de Hani Fahs.

Pour sa part, dans un mot de remerciements, Tarek Mitri a déclaré : « Recevoir ce prix est une invitation à renouveler les questions qui nous ont tous deux occupés, et l’aventure ou le risque que la lecture des Écritures saintes nous ont poussés à prendre. »

Penché sur « les leçons des erreurs qui ont permis au passé de (…) refluer sur nous par des voies imprévues (…), pas une seule fois sayyed Hani n’a manipulé la mémoire, pas une seule fois il n’a plié la réalité et les textes à ses vues », a encore dit M. Mitri.

Et l’ancien ministre d’assurer qu’à chacune de leurs rencontres, il découvrait Hani Fahs « encerclé de questions », mais attaché d’autant plus au verset coranique de la sourate al-Ma’ida qui assure que si Dieu avait voulu une humanité une, il l’aurait créée telle, mais qu’il l’a voulue dans sa diversité et que c’est en quelque sorte de lui qu’il faut apprendre le sens ultime des différences religieuses.

Tendu dans un effort pour « réconcilier libanité et arabité », a encore dit Tarek Mitri, Hani Fahs « ne craignait pas de se tromper en tout pour apprendre la vérité de tout », pesant les différences et les ressemblances entre le Liban, l’Irak, la Syrie et la Palestine, et ne craignant pas « d’engager le dialogue là même où il est apparemment absent, enseveli sous les décombres des mots ».


(Pour mémoire : Les lauréats de la seconde édition du Prix Hani Fahs récompensés)


Un semeur

À des questions posées par L’OLJ sur l’héritage spirituel de Hani Fahs, les possibilités que son discours religieux gagne en audience et le fait que le Liban soit une chance pour l’islam dans la mesure où, au contact d’une société bienveillante, il prend le risque de l’ouverture et de la modération, l’ancien ministre de la Culture devait déclarer : « Sayyed Hani Fahs fait partie des semeurs, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, dont on ne peut dire si la semence va tomber en bonne terre, ou se dessécher sur un sol rocheux et sans profondeur. »

« Il est évident qu’avec des réveils identitaires infranationaux et agressifs, ajoute M. Mitri, il y a peu de place, ou pas suffisamment de place, pour une réflexion sereine sur la convivance. Beaucoup de gens partagent ses idées, mais ils sont désillusionnés, découragés par le déferlement des fanatismes et des haines. »

« Le Liban est une chance que nous n’arrivons pas à saisir. Nous tirons fierté que ce pays est un message, mais on ne développe pas cette vocation ; nous nous donnons bonne conscience en le disant, mais ce n’est pas sûr que dans la pratique, nous soyons à la hauteur de cet appel. »


Pour mémoire 

Hani Fahs : Il semble que la mémoire impérialiste iranienne se soit réveillée

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