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Liban - Tribune

Nous pouvons sauver la rivière Litani

Philippe Lazzarini pendant sa visite à la rivière Litani, le mercredi 28 novembre.

« Je ne veux pas mourir du cancer », scandaient il y a un mois les manifestants dans le village de Haouch el-Rafqa, au cœur de la Békaa. Au cours des derniers mois, le niveau de pollution du fleuve Litani a atteint des niveaux alarmants, suscitant de vives inquiétudes pour la santé des populations locales.

Le Litani a longtemps été l’une des ressources naturelles les plus précieuses du Liban, mais il est aujourd’hui à l’épicentre d’une catastrophe environnementale. Dans les années 1960, on pouvait arroser ses légumes avec l’eau de la rivière ou s’y baigner en toute sérénité. Aujourd’hui, des études montrent que les eaux du Litani ont le niveau de salubrité d’eaux d’égout. Nous ne pouvons plus ignorer cette crise.

Ces derniers temps, la pollution a été attribuée à la présence de campements informels de réfugiés syriens le long de la rivière. Si celle-ci a probablement des effets sur l’environnement, le problème est plus vaste et bien plus ancien. La pollution du Litani date de plusieurs décennies. Elle est d’abord et surtout le résultat de mauvaises pratiques, notamment de systèmes de traitement des eaux usées inefficaces, d’une gouvernance défaillante, de la faible application des lois existantes ainsi que du comportement des industries. En effet, de nombreuses usines situées le long des rives du Litani déversent des effluents industriels non traités dans la rivière. La rivière fait également office de déversoir de déchets solides ainsi que d’eaux usées.

Au mois de novembre, le ministère de l’Industrie a ordonné la fermeture de 79 usines non autorisées qui violaient la loi en polluant le Litani. Cela montre qu’il existe un recours juridique en cas d’infraction aux lois environnementales, et que nous pouvons dissuader d’autres acteurs de polluer le Liban.

Pour redonner vie à cette rivière, l’Office national du Litani, en collaboration avec les ministères de l’Environnement, de l’Industrie et de l’Énergie, a reçu un prêt de 55 millions de dollars de la Banque mondiale et d’autres bailleurs afin d’améliorer les réseaux d’égouts municipaux, la gestion des déchets solides, la dépollution industrielle et le contrôle de la qualité de l’eau le long du fleuve.

Aux Nations unies, nous mettons également en œuvre des projets pour aider à résoudre cette situation catastrophique. Cela inclut l’amélioration des systèmes de traitement des eaux usées dans les campements informels de réfugiés ainsi que la prévention du rejet direct des eaux usées dans le Litani. De récentes évaluations montrent que presque 95 % des campements informels respectent les directives pour la gestion des eaux usées, et nous visons une conformité totale. Les déchets collectés dans les campements informels sont déversés dans des installations de traitement agréées, telles que Jeb Jannine dans la Békaa. L’ONU soutient également la réhabilitation des stations de traitement des eaux usées existantes, par exemple à Aïtanit, afin d’améliorer la collecte et le traitement des eaux usées dans les villages du bassin versant du Litani. Enfin, nos programmes visent à sensibiliser toutes les populations et à collecter les déchets sur les rives du fleuve.

Sauver le fleuve est un problème majeur qui nécessite l’engagement de tous, des particuliers aux entreprises, et des municipalités aux ministères. À cette fin, l’ONU est prête à collaborer avec toutes les organisations voulant résoudre ces problèmes environnementaux urgents qui touchent les populations libanaises aussi bien que les réfugiés.Il y a encore beaucoup à faire. De nombreuses pratiques inappropriées continuent. La gouvernance doit être améliorée, les comportements doivent changer, les lois antipollution doivent être appliquées et, plus important encore, les pollueurs pénalisés. Une législation visant à renforcer le pouvoir de mise en œuvre de la police de l’environnement et des procureurs généraux de l’environnement serait une avancée positive.

Le Litani est au cœur d’un désastre écologique, mais nous pouvons encore le sauver si nous agissons ensemble maintenant. Pour que les rivières du Liban soient sources de vie, non de maladies.

*Coordonnateur résident des Nations unies et coordonnateur de l’action humanitaire au Liban

twitter : @UNLazzarini


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commentaires (3)

Les rivières du Liban étaient jadis les veines vitales du pays. Elles le sont toujours mais pleines de cancers et de pollution tout à l'image des mentalités pourries. Un appel aux jeunes: mobilisez vous sérieusement pour remettre le pays sur le chemin du progrès. Formez des groupes pour concevoir, des systèmes de dépollution et de traitement qui profiterons au Liban et à votre avenir

Wlek Sanferlou

17 h 54, le 30 novembre 2018

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Commentaires (3)

  • Les rivières du Liban étaient jadis les veines vitales du pays. Elles le sont toujours mais pleines de cancers et de pollution tout à l'image des mentalités pourries. Un appel aux jeunes: mobilisez vous sérieusement pour remettre le pays sur le chemin du progrès. Formez des groupes pour concevoir, des systèmes de dépollution et de traitement qui profiterons au Liban et à votre avenir

    Wlek Sanferlou

    17 h 54, le 30 novembre 2018

  • Cette catastrophe écologique est en grande partie due à la corruption généralisée et à la négligence de certains responsables qui ont d'autres préoccupations plus importantes et...personnelles ! Enseignons aussi dans les écoles, faisons des programmes pour les élèves. Et si tous ces beaux responsables de toutes les couleurs, durant leurs meetings partout au Liban, et surtout dans la Bekaa, se donnaient la peine de parler aussi de ce problème de pollution du Litani ? Notre si belle nature, n'est-elle pas aussi un don de ce DIEU qu'ils évoquent sans cesse dans leurs discours ??? Irène SaïD

    Irene Said

    15 h 55, le 30 novembre 2018

  • LE LITANI JADIS UN GRAND FLEUVE N,EST PLUS QU,UN DEPOTOIR MOUVANT. POUR LA SAUVER IL FAUDRAIT AGIR SANS PITIE ET DRASTIQUEMENT CONTRE SES POLLUEURS BIEN CONNUS...

    LA LIBRE EXPRESSION

    09 h 16, le 30 novembre 2018

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