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Moyen Orient et Monde

Au Soudan, les États-Unis ferment les yeux sur les droits de l’homme

Focus

Alors que la diplomatie américaine confirme son rapprochement avec le Soudan d’Omar el-Béchir, les organisations de défense des droits de l’homme s’inquiètent de la mainmise du dictateur sur le pays.

29/11/2018

L’opinion publique américaine avait les yeux rivés sur les élections de mi-mandat, le 6 novembre courant, lorsqu’un représentant du département d’État américain a confié à une poignée de journalistes que les États-Unis seraient en passe, d’ici six mois à quatre ans, de retirer le Soudan de sa liste des États soutenant le terrorisme.

Vingt-cinq ans après la décision de l’administration Clinton de sanctionner le régime d’Omar el-Béchir, l’hypothèse d’une normalisation des relations entre Khartoum et Washington n’est pas sans faire réagir les ONG de défense des droits humains. Pour Jehanne Henry, responsable des questions africaines à Human Rights Watch, « c’est ignorer la très forte probabilité que le gouvernement soudanais continue de commettre des atrocités contre son propre peuple ». Contactée par L’Orient-Le Jour, elle rappelle que « le Soudan a une longue histoire d’échecs à respecter et maintenir la liberté de religion. Les non-musulmans comme certains groupes musulmans sont toujours affectés par cette intolérance ».

En officialisant sa seconde phase de rapprochement avec Khartoum, le département d’État américain entend faire du Soudan l’un de ses alliés dans la lutte contre le terrorisme, en particulier sur le front libyen. Israël fait pression d’un autre côté à Washington pour un rapprochement entre les deux pays. Devenue un enjeu prioritaire pour les autorités soudanaises, la sortie de la « liste noire » est un préalable obligé pour pouvoir émettre des demandes de prêts et de réductions de dette au Fonds monétaire international. Un premier volet d’assouplissement et de levée des sanctions avait été lancé dans les dernières années de l’administration Obama, qui louait des « progrès continus » vers la diminution de l’intensité des opérations militaires menées au Darfour, au Kordofan du Sud et au Nil Bleu, les trois régions les plus touchées par la guerre qui frappe le pays depuis des dizaines d’années.

Un constat que ne partage pas Jehanne Henry, qui reconnaît qu’« il y a eu relativement moins de bombardements de la part du gouvernement ces dernières années, mais que des milices et des forces d’intervention rapide, qui ont été mandatées pour s’occuper des opérations liées aux migrations, poursuivent leurs exactions au Darfour et dans ces zones clés. »


Béchir est accusé de génocide et crimes contre l’humanité

La politique de la terre brûlée menée par Khartoum n’est pas récente. Depuis l’indépendance du pays au milieu des années cinquante, la guerre civile entre musulmans et chrétiens, dont deux millions sont morts et encore plus ont été forcés à fuir le territoire, a conduit à la partition du pays en 2011. À la tête du pays depuis 1989, Omar el-Béchir est accusé de génocide et crimes contre l’humanité par l’administration américaine et la Cour pénale internationale de La Haye (Pays-Bas). En toute impunité, son régime « continue d’arrêter les non-musulmans pour apostasie, qui est punie de mort au Soudan », précise Human Rights Watch, qui est toujours interdite sur le territoire soudanais.

Assurément politique et soutenue par des figures venues autant du camp républicain que des rangs démocrates, la récente prise de position du département d’État américain est conditionnée par une série de six prérequis que devra remplir le Soudan pour sortir de la « liste noire », dont la cessation des hostilités et l’amélioration de la situation des droits de l’homme. L’année dernière encore, un rapport interne du département d’État, récupéré par l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) à la suite d’une action en justice, décrivait le Soudan en ces termes : « La situation des droits de l’homme au Soudan est extrêmement pauvre, avec des assassinats extrajudiciaires, des disparitions, des arrestations et des détentions arbitraires, des déplacements de population, des viols, de l’esclavage et une liberté de rassemblement sévèrement limitée. » Rien n’atteste que les autorités soudanaises, engagées dans une lutte acharnée contre la liberté d’expression depuis le début de l’année, soient promptes à envisager des progrès sur ces questions. Le 29 octobre dernier, le tribunal pour la presse condamnait le rédacteur en chef du journal al-Mustagila à la prison pour des articles soutenant que Khartoum entretiendrait des liens avec l’organisation État islamique.


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